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IL — CHALDÉE

L'Egypte s'est maintenue comme foyer de population humaine, tandis que d'autres foyers ont dépéri et, comme la Chaldée, attendent une hypothétique résurrection. Ce n'est pas qu'à l'origine les sources de développement aient manqué. C'est aussi le sol de couleur sombre, mais plus jaune et plus imprégné de calcaire que celui du Nil» al Sawod, qu'apportent le Tigre et l'Euphrate, qui servit de noyau à la primitive Chaldée^. L'Euphrate, dont le flot de printemps charrie cette alluvion, subit, dans les grands marécages que l'ancienne puissance de Babylone parvint, pour un temps, à assainir, une première décantation. C'est ce qui permit,, en attendant les grands travaux de canalisation que devait accomplir la monarchie babylonienne, aux plus anciens habitants de se grouper déjà en nombre, de former de petits royaumes, de bâtir ces villes dont les noms, depuis longtemps éteints, retentissent dans les plus vieilles légendes bibUques.

Il est douteux cependant que les ressources de la contrée aient jamais suscité une densité de population telle qu'on peut la supposer dès lors en Egypte. Les conditions de crue étaient moins régulières ; leur aménagement, plus incertain et plus précaire. Les dynasties babyloniennes semblent incessamment préoccupées d'augmenter par des transplantations de peuples la somme de main-d'œuvre qu'exigent les grands travaux et l'entretien de cette civilisation urbaine. Volontairement ou non, les étrangers aflluent. La population présente un aspect cosmopolite qui frappe les observateurs et qu'ont plusieurs fois exprimé les Grecs *.

A travers tant de siècles, le fil de continuité s'est rompu. On voit encore, aux approches de Bassora, les lambeaux de ces palmeraies qui faisaient, le long de l'Euphrate, l'admiration des Romains au

1. Voir : Sir Wiluah Willgocks, Meaopolamia : PoMt^ Présent, and Future (Geog. Journ., XXXV, 1910, p. 1-18, 4 pi. phot. et carte).

2. II6Xu «X^doc dvOp<&icuv iXXoiOvûv, dit Bérosb au iii* siècle avant notre ère. ^ IId(i|LtxTov ix^ov, avait dit Eschyle.

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iy« siède de notre ère K Mais, peuples et cultures semblent aujourd'hui réduits en poussière. Le corps de population qui constitue l'ossature résistante de FÉgypte n'existe plus ici Où le trouver, parmi ces groupes hétérogènes, vaguement évalués à un million d'hommes, composés de Bédouins nomades et d'agriculteurs ensemençant à la volée quelques fonds humides ? La reconstitution de ces antiques populations de l'Élam, de la Chaldée, d'Âssur qui multiplièrent jadis sur les bords du Karbun, de l'Euphrate et du Tigre, ne serait probable» ment pas au-dessus des forces d'un grand État moderne. Mais ce serait une œuvre de longue haleine. Et si, reprenant à pied d'œuvre le travail séculaire de l'ancienne Chaldée que les six derniers siècles d'anarchie ont réussi à anéantir, on essayait de vivifier à nouveau le territoire qu'elle embrassait, ce territoire, en fin de compte, ne dépasserait pas, comme on l'a montré, 20.000 à 25.000 kilomètres carrés *. Précieuse conquête assurément, mais pour laquelle les prévisions les plus optimistes restent bien en deçà des chiffres d'hommes que peuvent aligner l'Inde, la Chine ou l'Europe.

Situés dans la zone sèche qui traverse l'Asie occidentale, séparés par de grands intervalles déserts, ces lieux de concentration, de même que ceux du Ferghana et de Samarkand, sous les massifs neigeux de l'Asie centrale, ne sont que des taches de densité sur un fond presque vide*. L'Egypte seule, grftce à sa position entre l'Afrique et l'Asie, la Méditerranée et la mer Rouge, est un carrefour d'espèce humaine. Elle présente en petit le spectacle d'une de ces collectivités persistantes qui fixent pour longtemps sur certains points le pivot des relations des hommes.

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