‹ Principes de géographie humaineChapitre 20 sur 129 · III. — ASIE CENTRALE · texte numérisé non relu

III. — ASIE CENTRALE

Ce n'est jamais en les considérant isolément, dans leurs avantages propres, qu'on se rendra compte de grandes agglomérations occupant de vastes étendues terrestres. Ces avantages peuvent rester nuls, s'ils ne sont vivifiés par un apport d'énergies et d'intelligences qui se communique de contrées à d'autres. Il y a donc à considérer les liaisons qui

1. Ammien Mahcblun (XXrV, 3, 12), témoin de l'expédition de Julien, décrit vivement ces forêts de palmiers, « instar ingentium nemoram ».

2. Voir la discosslon de Hbrmann Wagner : Die Ubenehàizung der Anbauflâehe Babyloniaiê (Naehriehien K. Ge$. Wi». Gôtiingen, Phil-hisi. Klasu, 1002, Heft 2, p. 224-298, 1 pi.).

s. La densité, dans l'ensemble des districts agricoles dn Ferghana, ne dépasserait gnère 30 habitants au kilomètre carré. Mais, dit A. Wobikop, t le Ferghana est le pays des contrastes. On y trouve des oasis à population fort dense : k peine a-t-on dépassé les mais en loess des jardins d'un grand village, qu'on aperçoit les Jardins du village suivant. • (Le Turkestan russe, Paris, 1914, p. 139.)

existent entre Tensemble continental et les régions où sont venues s'accumuler les alluvions humaines. C'était une des idées chères à Karl Ritt^ que certaines contrées avaient exercé une sorte de vertu édncatrice sur les peuples : cela n'est vrai qu'autant que l'on obsove par queb chemins ces peuples y sont parvenus, c'est-à-dire par quelle initiation progressive ils sont passés. La connexité de contrées se prolongeant sur de grandes distances^ capables d'ouvrir des perspectives aux groupes qui s'y échelonnent, est, sous ce rapport, un fait de première importance. Elle fournit des occasions de contact, sans nécessairement donner lieu à des chocs.

L'attention est attirée par là vers la périphérie extérieure des hautes chaînes de plissements qui sillonnent le continent asiatique. Sur une frange plus ou moins étroite qui les borde, se déroule une série de contrées dont qudques-unes sont très anciennement spécialisées comme contrées historiques. Ainsi le long des chaînes de l'Arménie et de l'Iran, se succèdent les noms d'Osroène, d'Assyrie, d'Élam. Autour du nœud où se croisent les chaînes de l'Asie centrale, se déroulent d'une part la Bactriane et la Sogdiane, de l'autre la Sérique ; et enfin, au Sud des Himalayas, le Pays des Cinq-Fleuves, l'antique Panischanada, aujourd'hui Pendjab. Terres de culture, en même temps que voies de relations et de commerce, elles ont servi de cheminement aux hommes. Les voies historiques par lesquelles la Chine communiquait avec l'Asie centrale longeaient, l'une au Nord, l'autre au Sud du bassin du Tarim, les grandes chaînes des Tian-chan et des Kouen-lun. Tandis que, dans les replis des chaînes et dans l'intérieur des bassins qu'elles abritent, les obstacles aux libres communir cations s'accumulent, elles trouvent au contrahre des directions tracées d'avance sûr les terrasses qui se Lont étalées au pied des montagnes.

Les points où les rivières s'échappent des défilés montagneux ont toujours été des sites de choix pour les établissements humains. L'eau est d'un maniement plus facile qu'ailleurs : on peut, gr&ce aux cônes de déjections, dériver des saignées en tous sens, etia pente reste encore assez forte pour étendre au loin le réseau des rigoles. Les Espagnols du Mexique, habitués à ces pratiques élémentaires d'irrigation, désignaient sous le nom de bocca dd agua les issues par lesquelles les rivières sortent des Montagnes Rocheuses : déjà avant eux les Indiens Pueblos avaient su en tirer parti. Si même le tribut versé par les neiges et les glaciers est très abondant, il arrive qu'en aval l'eau souterraine afilue. Sous les sables qui succèdent aux amoncellements de blocs et de graviers dont le fleuve s'est déchai^gé d'abord, die s'infiltre pour reparaître en sources, en fonianili, ou être f'^dk^

56 LA RÉPARTITION DES HOBfMËS SUR LE GLOBE

ment atteinte par des puits. En toat cas, l'emploi agricole des eaux n'exige qu'un aménagement simple, et nuUement hors de la portée de ces indigènes qui, suivant le mot d'un des meilleurs connaisseurs de l'Asie centrale, c savent fort bien utiliser les moindres ruisseaux, mais sont incapables d'exécuter des travaux d'irrigation importants ^ ». Le sol n'est pas moins propice que l'eau. Composé de terrains de transport, il reste imprégné, sous le climat sec des régions subtropicales, des substances que l'action des vents ou le ruissellement des eaux y ont accumulées. Soustrait au lavage épuisant des pluies tropicales, il tient en réserve une foule de résidus solubles, d'éléments tels que chaux, potasse, magnésie, et par là une fertilité intrinsèque prête à surgir. Chaque année les hommes voyaient se renouveler le même miracle : une poussée subite de végétation, une floraison merveilleuse jaillissant, au premier contact des pluies de printemps, de terrains qui, auparavant, présentaient toutes les apparences de mort. Et ces l^ons de plantes annuelles remplissaient en quelques mois leurs promesses de grains I Cette leçon ne fut pas perdue pour les hommes. Nulle révélation, si ce n'est celle du feu, ne fit sur eux une impression plus forte. Sans parler des mythes qu'elle engendra, elle leur apprit à surprendre et à épier l'arrivée de l'eau du ciel, à adapter leurs cultures en conséquence. U y eut, à côté des oasis d'irrigation, des cultures de terrains non irrigués. On appelle hangar, dans le Pendjab, les plateaux intermédiaires entre les vallées irriguées ou khadar : c'est, semble-t-il, le même mot que bagara, par lequel les agriculteurs iraniens de l'Asie centrale* désignent les terres qu'ils ensemencent dans l'espoir de l'humidité hivernale et printanière ; terres qui, gênétalement, sont contiguês aux oasis irriguées. Ainsi les deux principaux modes de culture se pénètrent. Le blé, ro]i^e, le mil sont à la fois des plantes d'irrigation et de terrains secs. Il n'y a point entre l'oasis et le désert, entre le limon sombre et le sable fauve, cette limite inflexible qui semble enfermer dans un étau le cultivateur des Ksour. Des conditions variées et extensibles s'offrent à l'établissement des honmies : pentes de lœss arrosées irrégulièrement par les pluies, rivières grossies par les neiges, et tous les suintements que, dans les hautes altitudes, ont préparés les neiges et les glaciers. Sur ces bandes longitudinales que dessine l'allure du relief, l'agriculture ne s'interrompt que pour recommencer ensuite d'après un type semblable. L'usage de la charrue et des mêmes céréales est pratiqué d'un bout à l'autre.

1. GoMMiSBioN Impériale db Russie a l'Exposition Universelle de 1900, La Rtmte Extrct-Européenne ef Polaire,,., par P. de Semenop, Paris, 1900, p. 143,

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