L'AGGLOMÉRATION EUROPÉENNE
Le grand épanouissement de population et de richesse que, dans les cinq siècles qui précèdent l'ère chrétienne, les étiquettes de HaUstaUf. puis de La Tène, signalent au Nord des Alpes et dans le Nord-Est de la Gaule, coïncide avec rafQuence croissante de relations méditerra'néennes^ L'imitation deis monnaies macédoniennes, des objets, étrusques, la formation d'un art mixte « de stylé romain provincial » que révèlent les trouvailles sur les bords du Rhin et du Danube K sont les indices d'une transformation économique qui a pénétré l'état sodal.
On peut conclure du témoignage de Strabon * qu'un accroissement de population fut, en Gaule, un des premiers résultats de la paix romaine, bien que ces fertiles contrées d'Occident ne dussent pas échapper à, la longue à f la disette d'hommes » ^ au dépeuplement, dirions-nous» qui atteignait déjà la Grèce et les contrées ayant, comme elles, supporté le faix d'un long effort de civilisation. L'impulsion qu'avait éprouvée l'Europe centrale, celle du Nord la ressentit à son tour» lorsque, vers le v« siècle de l'ère chrétienne, la navigation et l'agriculture eurent à leur disposition un outillage plus perfectionné que celui des anciens figes de bronze *. Le Nord Scandinave devint alors le foyer de cette fermentation' de peuples qui avait secoué, quatre ou cinq cents ans auparavant, le monde celtique.
n faut avoir les yeux sur ces causes générales pour se rendre compte du fait qui est proprement le sujet de notre étude : la formation en Europe du principal groupe humain qui existe actuellement sur le globe. C'est le résultat d'une œuvre de longue haleine, qui a procédé, non d'un mouvement continu, mais par saccades ; qui a été traversée par des catastrophes, qui a connu des périodes de régression, mais dont pourtant on peut marquer les étapes, et qui, finalement, se tota-
à ragriculteor n'a Uen que sous rinfluence et à l'exemple d^ voisins agricoles. Ainsi ki Magyan, gnerriers nomades» sont devenus agrieulteun à l'exemple des Slaves et des AUemands leuis voisins. »
1. J. DÉCRBLBTTB, Momul d^OTchéologie préhistorique,,., t. Il/ 2* et 3* parties, Paris, 1913-1914, p. 629, 650, ^A, etc.
2. Voir :*J. J. A. Worsajb, La eoiordsaiion de la Russie et du Nord seandlnaot cf leur pbu ancien Hat de civilisation,,. (Mém. Soc, R. des Antiquaires du Nord, Nouv. Sér., 1872-77, p. 73-198).
3. Strabon, IV, 1, 2 ; id., 4, 3 (où revient le mot iroXuxvOpcoTcia;.
4. c Le manque d'enfants et en définitive la disette d'hommes s'empara, de nos Jours, de la Grèce entière », dit Polybb (XXXVII, 4). — PLOtARQUB s'exprime à peo près dans les mêmes termes.
5. J. J. A. WoRSAiB (mémoire cité, et La duilisation danoise à V époque des Vikinge, dans MéOL Soc. R. des Antiquaires du Nord, Nouv. Sér., 1878-1883, p. 91-130^ note l'accroissement de la population pendant la deuxième période de l'ftge du fer (450-700 après J.-C). — Voir : C. Enoblhardt, Influence de Vindustrie el de la HpUisation classiques sur celles du Nord dans l'antiquité (ibid,, 1872-1877, p. 258 et sniv.).
lise par un progrès de beaucoup supérieur aux prévisions de la plupart des penseurs du xviii^ siëde K Par additions successives, dont approximativement on peut estimer les dates» le domaine d'occupation intensive s'est agrandi Dans cette série de conquêtes, les principales batailles ont été gagnées sur les forêts, qu'on a détrichées ; sur les marais, qu'on a desséchés ; sur les montagnes, qu'on a adaptées à l'économie pastorale ; sur les alluvions, qu'on a arrachées à la mer. Enfin, il y a un siècle et demi, l'aurore de la grande industrie s*est levée dans une contrée de la Grande-Bretagne, où se concentraient le fer^et la houille. Parmi les artisans de l'œuvre qui s'élabora alors autour de Birmingham, de Manchester, de Sheffidd et de Ne^castK plus d'un promoteur est sorti de ce milieu social que nous chercfaiom^ dans les pages qui précèdent, à caractériser d'après les budgets d'oùvriers. L'exemple de l'Angleterre a gagné le continent. Les nécessités de la grande industrie se #ont traduites par un accroissement en proportions inouïes des forces de transport, de sorte que le mouvement commercial n'a pas cessé et ne cesse pas de s'étendre.
Qu'une période sans exemple d'inventions mécaniques ait donné l'essor à un accroissement sans précédents de population, c'est un fait de nature à jeter quelque lueur sur le genre de causes qui ont la prépondérance dans l'évolution du peuplement humain. Il correspond à l'éveil d'initiatives, à une plus grande somme d'énergie et d'intelligence appliquées à l'exploitation des ressources naturelles. La création de richesses nouvelles réclame et appelle à son secours un plus grand nombre de forces humaines ^ un accroissement en résulte. Mais le flot s'aplanit en s'étendant. Il arrive tôt ou tard que cette création engendre aussi de nouveaux besoins, qu'elle introduit des habitudes qui peu à peu produisent à leur tour leurs effets sur la marche du peuplement. Des répercussions diverses, même en sens contraire, peuvent naître suivant les temps '^et les lieux. Le progrès porte en lui-même ses correctifs. Devant ces faits «gros de conséquence^ il faut s'attendre à ce que Je phénomène démographique, en se dérou« lant dans son ampleur, se montre sous des faces très diverses.
1. « On suppose, écrivait Adam Siotb, qu'U ne faut pas moins de 500 ans ponr doubler le nombre des habitants de la Grande-Bretagne et de la plupart des autres pays de l'Europe. » (Rtcherchu mut la nature et le$ causes de la rieheem det ntâlon», livre I, chap. vni.)