V. ^ ROLE DBS MONTAGNES
Les montagnes bordières de la Méditerranée atteignit rarement. 3.000 mètres, mais un grand nombre culminent entre 1.500 mètres et 2.000 ;i|ètres, c'est-A-dire dans la zone où les précipitations ont leur valeur maximum. CeUes-ci appartenant surtout à la saison froide amassent des neiges en même temps qu'elles produisent des pluies. Ainsi se nourrissent les rivières, se gonflent de fortes sources, s'entretiennent de précieuses réserves pour les sécheresses d'été. En général, U manque à ces montagnes une étendue de zones supérieures où pût se former, comme dans nos Alpes, une féconde économie pastorale. C'est comme ^cAd/eoiix (Teaux et à leur pied qu'elle sont productrices d'agglomérations humaines. Depuis le mont Olympe de Thessalie jusqu'à la Sierra Nevada de la Cordillère' bétique apparaît nettement ce rôle de la montagne.
Les chaînes fragmentaires qui se dressent sur le pourtour effondré de l'andenne Égéide, seraient une région d'exemples classiques.
1. Très nettement en Gone, par exemple à Evisa (716 m.). En Vlvarab, ven 400 m. à 500 m., la châtaigneraie rannonte le mûrier et la vigne.
2. La CoMiagniceia de Goise, qui embrasse, entre 600 m. et 700 m. d'altitude, la TaDée d'Orezza et qui correspond à peu prte au canton de Piedlctoce, a une den* site de population de 90 au kmq.
3. C'est ce qu'on observe notamment entre la Cerdagne et le RoussiUon. M' Sobbb (Leâ Fgréaées médUenanéennes, Paris, 1913» p. 410) dte un proverbe œrdan : t Baixar $empre, mouiUar no — toujours descendre, ne Jamais remonter ».
RÉGIONS MÉDITKKRANÊENNES 89
A leur pied, grâce à elles» ont existé de très anciennes agglomèFations hnmaines. L'antique Lydie, la Bithynie, la Thrace, la Macédoine sont des contrées historiques dont les racines plongent dans la préhistoire. An pied de l'Olympe de Bithynie, sur sa terrasse ravinée par les torrents. Brousse, toute ruisselante d'eaux vives, est un site dont ks hommes ont de tout temps recherché la fécondité puissante K
Ce n'est pas, du moins dans le principe, sur les bords marécageux de l'Hermos, du Caystre, du Méandre, que se sont installés les étabUssements hnmaîna ; les appellations filiales dont les hommes ont ailleurs qualifié leurs fleuves, Gange, Nil, Volga, Rhin, devraient s'appliquer ici aux montagnes : c'est au pied du Sipyle, du Tmole, du Messôgis, aux endroits* mêmes où jaillissent les sources, où courent les ruisseaux f noyant les fleurs et les feuillages, les tailUs et ks futaies, dans la continuelle vapeur d'un bain nourricier »*. Sous les noms hellénisés de Magnésie, Philadelphie, etc., défigurés ou remplacés à leur tour par des vocables turcs, se déguisent des sites bien plus anciens. A mesure que la puissance politique s'y est formée et que s'y sont développées des relations commerciales, des villes, capitales politiques, sont nées soit sur ks côtes, soit sur les promontoires formant acropoles. Car ces vallées mènent au fond de l'Asie. Sardes, dans celle de l'Hermos, fut la tête de route ^conduisant à Suse. Mais, avant ces périodes, tant de fois trouvées et qui ont entassé tant de ruines, c'est dans la fécondité naturelk, l'abondance exubérante de ce qui est nécessaire à la vie que réside le secret de l'attirait qui a rassemblé ici ks hommes. Par ces couloirs, à l'écran des montagnes, se glisse la végétation méditerranéenne : ce «ont des forêts d'arbres fruitkrs, où noyers et mûifers se mêknt au figuier, à l'olivkr et à la vigne.
Un rapport étroit, confirmé par l'ethnographie, unit ici l'Europe et l'Ask. L'Olympe thessalien se laisse entrevoir aussi comme un centre de formation de peuples. La chaîne du Karatas, qui le prolonge au Nord, domine de 1.800 à L900 Aiétres environ ' la Kampania^ la plaine où fut Pel]a,^capitale de Philippe de Macédoine, l'Ëmathie des anckns, à l'extrémité de laquelle Salonique naquit de Therma, le lieu de sources chaudes. De nombreux tumuli ne montrent qu'un village à J'emplace-
1 Brousse, «a pied de l'Olympe de Bltli3rnie (2.250 m.)- De même, Afloun Kara Hlssar, sur la plateau intérieur de l'Asie Mineure, à 1.000 m. d'altitude, au pied d'an TOC andésitique de 1.220 m. ; Magnésie, à 50 m., au pied du Sipyle (1.800 m.) ; Aldln, à 65 m. au pied du Messôgis (1.050 m.) ; Alachebr, à 190 m., au pied du Tmole (2.050 m.).
2. G. Radbt, La Lydie et le monde grec au tempe des Mermnades, Paris, Thoiin, 1892» p. 14. Le même auteur, note (p. 38) « te nombre prodigieux de ruines d'acropoles» d'enceintes fortifiées, qui bordent les routes de la péninsule ».