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III. — L'ADAPTATION DE L'HOMME AU MILIEU

Dans les conceptions simplistes des anciens, à chaque principale zone terrestre correspondait une race spéciale ; et lorsque par hasard certains faits contraires à la théorie survenaient, on cherchait des explications plus ou moins vraisemblables. C'est ainsi que, dans leurs relations avec le Nord, les Romains ayant eu connaissance, un jour, d'honmies à teint foncé, les savants d'alors se hâtèrent de supposer <iue des Indiens avaient été jetés dans ces régions par un naufrage K

1. Anecdote rapportée par Coraelius Nepos, cité par Pomponius Mêla (III, 45).

LES GROUPEBIENTS JgT LES MILIEUX 10»

L'expérience a fait justice de ces idées ; mais il n'en reste pas moins que, de toutes parts, s'offrent des cas d'adaptation physiolo* gique des plus remarquables. La forte pigmentation de la peau, l'activité des glandes de sécrétion dont elle est pourvue, constituent pour les Nègres un avantage sur les autres races qui se trouvent aussi dans, les r^ons tropicales ; l'active évaporation qui se produit à la surface des tissus, et le refroidissement qui en est la suite, maintiennent l'équilibre entre la chaleur du corps et celle de l'extérieur. L'Indien de l'Amazonie est loin d'être aussi bien armé contre son climat.

Si nous passons des régions humides et chaudes à celles où les contrastes de température sont plus précipités, où la sécheresse de l'air est susceptible d'atteindre les plus hauts degrés, d'autres traits d'adaptation nous frappent. Ce climat sec resserre les tissusi de la peau,.

précipite la circulation du sang. Le sang, plus pauvre en eau, agit |Sg

vivement sur le système nerveux et en excite la fonction. Associée '^^

à des variations brusques, heure par heure, de température, au rapide renouvellement des éléments de l^air, cette sécheresse est un tonique ££

et un stimulant. Hippocrate Pavait dit, en pensant aux Méditerranéens. *^

L'observation s'applique mieux encore aux populations sahariennes Z

ou steppiques par rapport aux Nègres du Soudan. Partout où se pro- ^

duit ce contact, de l'Atlantique à l'Océan indien, depuis les Maures Z

du Sénég^ jusqu'aux Massai des régions nilotiques, on voit comme S:^

un fait naturel; fondé sur la supériorité intellectuelle, la domination ^

ou la prépotence des races vivant sous l'atmosphère désertique. ix.

Mais, d'autre part, l'altitude intervient comme principe perturba- ^

tenr engendrant d'autres conséquences. Des populations relativement >-

nombreuses sont établies, à 2.000 mètres et plus, sur les plateaux qui, dans les contrées les plus éloignées du globe, en Abyssinie comme dans les Andes, occupent une partie des régions tropicales. Elles s'y sont acclimatées de longue date et forment comme des Ilots - distincts. La sécheresse de l'air, par l'obstacle qu'elle oppose aux fermentations de la vie microbienne, y garantit cette remarquable salubrité dont l'attrait rassembla sans doute les hommes à l'âbri de la maladie des terres basses. Issus de races assurément bien diverses, ils semblent néanmoins avoir contracté sous l'influence ambiante un caractère commun qui s'est enraciné : l'antipathie pour l'effort. L'égale douceur (ies températures et la facilité du climat n'en sont probablement pas ta seule cause. Comme la tension atmosphérique diminue sensiblement dans ces hautes altitudes, la combinaison de l'oxygène de l'air avec les ^obules du sang s'opère plus lentement dans les poumons : l'apathie, la répugnance à toute prolongation d'effort musculaire ou autre»

seraient, d'après des observations dignes de foi, la conséquence de ce ralentissement du mécanisme essentiel qui, par le sang, agit sur la vie nerveuse. Que de phrases on a répétées sur l'air d'atonie et de tristesse •qu'exprime la physionomie de 'ces indigènes d'Amérique 1 Le lait est réel ; et je me rappelle avoir été frappé, au Mexique; de l'absence de mouvement et de gaîté, même chez les enfants, dans les groupes qui se formaient pour les repas autour des gares. Cela ne serait-il pas un simple effet d'hérédité physiologique ?

Où recueillerait sans doute beaucoup d'autres exemples d'accords semblables, entrés dans le tempérament et cimentés par l'h&^dité, si l'on possédait une connaissance plus complète des peuplades perdues dans l'intérieur des continents. Lorsque Nachtigal pénétra dans le Tibesti, un des coins alors les plus inaccessibles du Sahara, l'aspect •des habitants lui rappela ces « Éthiopiens troglodytes » dont l'adresse à courir et à sauter était proverbiale du temps d'Hérodote ^ : peuple de chèvres vivant dans un pays de rochers. Leur corps maigre et bien proportionné, aux attaches fines, exprime la prompte obéissance des muscles aux nerfs moteurs. Au contraire, dans la région du Haut-Nil, Schweinfurth nous décrit des tribus que leurs longues jambes étiques -et leurs attitudes d'échassiers en sentinelle au bord de l'eau, ne singularisent pas moins comme peuple de marécages. Ainsi, conmie £1 arrive dans l'animalité, c'est dans les organes de locomotion qu'apparaissent surtout les différences entre ces primitifs.

On comprend qu'une adaptation extrêmement rigoureuse à de certains milieux rende ceux qu'elle a ainsi façonnés, réfractaires à des Biilieux différents. Darwin remarque que, plus un groupe humain est bas dans l'échelle des civilisations, plus il est incapable d'acclimatation. L'observation est d'une grande portée, mais elle n'exclut nullement pareille incapacité chez des peuples avancés en civilisation. L'Âlqrssin se tient à l'écart des marécages qui bordent sa citadelle naturelle, comme le Chibcha ou le Quitchua des Andes évite l'humidité forestière de la Montafia, et comme le Hova de l'Imérina laisse aux Sakalaves le séjour des plaines. Réciproquement le Chinois et l'Annamite, peuples de plaines, répugnent aux séjours montagneux dont les Lolos, les Mois et autres tribus ont su parfaitement s'accommoder. La zone marécageuse qui, sous le nom de Térm, borde au Sud-Est les Himalayas, n'est point absolument inhabitée ; cependant c'est une région où ne se hasarde guère l'Hindou et qui forme, entre la montagne et la plaine, une des limites ethniques les plus marquées qui existent.

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