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IV. — FORMATION DBS GROUPES ETHNIQUES COMPLEXES

Nous sommes donc en présence de groupes qui semblent chez eux, dans leur milieu naturel ; quelques-uns même ont cristallisé sur place ; d'autres, arrachés à leur milieu, tendent à s'en rapprocher. Que faut-il penser? Est-ce à un cantonnement régional, voué à l'endémisme, qu'aboutit la notion du milieu ? Tel n'est point assurément le spectacle que présentent les réalités actuelles.

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Rkn n'est à ce point tranché ; ni dans la nature huntldne dont la plasticité égale les ressoarces» ni dans la nature physique qui admet dans son jeu tant de diversités et de nuances. Les contrastes ramassés, opposant brusquement les climats» sont relativement rares : c'est par transitions graduelles que les zones s'atténuent et se transforment N'est-ce pas par addition de touches de plus en plus marquées, mais éventuellement interrompues par des retours de physionomies qu'on croyait disparues» que se déroulent» suivant les clinuits, silves» savanes» steppes» prairies et forêts ? Conditions propices au mélange des hommes. A mesure que les groupes tendaient à conquérir et à occuper plus d'espace» rien dans la nature ne s'opposait sérieusement à la formation de groupes intermédiaires servant de traits d'union entre les distinctions fondamentales de races. Comme dans les peintures pharaoniques où voisinent côte à côte les figures claires» rougefttres» jusqu'au noir le plus pur» l'image de l'humanité dut apparaître de plus -en plus composite.

L'analogie des climats fournit le fil conducteur. Elle favorise l'infiltration» guide l'accoutumance. Les brusques transports de groupes d'un certain milieu à un milieu tout différent ont été rarement couronnés de succès ; ils ont été parfois payés de désastres» comme l'attestent les tentatives avortées dont abonde» presque jusqu'à nos jours» l'histoire de la colonisation moderne.

Si l'Afrique du Nord est le champ où ne cessent de se croiser Sémites» ' Berbères et Nègres» c'est en raison des affinités qu'elle ofibne respecti* vement au Nègre par ses oasis» aux autres par les similitudes de périodicité saisonale» la correspondance des cycles de végétation» l'usage des mêmes animaux domestiques. On a souvent constaté par quelles transitions presque insensibles on passe des Fellahs égyptiens aux Barbarins de Nubie» de là aux Bedjas et aux Éthiopiens de l'Afrique orientale. Il y a plus : entre ceux-ci et les Maures de l'Afrique occiden* taie» l'ethnographie signale de singulières ressemblances ; comme si aux deux extrémités du continent les mêmes causes avaient produit les mêmes effets» et que» de ces mélanges hamitiques ou sémitiques avec une proportion de sang nègre» fussent résultés des groupes très analogues. De bons observateurs ont décrit le processus de ce métis* sage : c'est d'abord» chez le Berbère ou l'Arabe, la coloration de la peau qui se fonce ; les autres caractères, nez droit» lèvres minces, cheveux hsses, persistent plus longtemps \ — et sans doute aussi la

1. Nachtigal, Sahara und Sudan, II, p. 436 ;< Auguste Chbvaubr» L'Afrique centrale française^ Paris, 1908, p. 389.

sapérioritë cérébrale. On a rimpression d'un phénomène en marcbe» en voie d'expansion.

L'Inde représente» dans son immensité» une des régions dont le dimat est le plus homogène ; entre le Pendjab et Ceylan, sur 26 degrés de latitude» la température moyenne de Tannée n'accuse pas même deux degrés de différence ; il est vrai que les quantités de pluie sont très inhales. Ce vaste espace servit d'arène à une race qui tient le milieu entre les tribus aryennes venues par le Nord-Ouest et les Négroïdes dont on discerne les restes dans l'Extrème-Sud. Sous le nom de Dravidiens» se range toute une série de types connexes» dont on peut suivre la gradation» depuis le sauvage des monts de Thivancore jusqu'au Tamoul dvilisé des plaines» depuis le Sautai noir et trapu du Chota Nagpour jusqu'au Brahmane olivfttre et élancé de la plaine du Gange ; race» d'ailleurs» solide et fortement enracinée. C'est dans ce fond» resté original malgré les mélanges» que puise l'émigration actuelle vers l'Assam et vers la Birmanie ; de là» sans doute» vinrent jadis les Khmers du Cambodge. Les multiples croisements» inévitables dans une si vaste contrée» ont eu pour effet de rendre la race malléable» apte à absorber un grand nombre d'éléments.

Plus souple* encore est peut-être la combinaison ethnique qu'on désigne sous le nom de race malaise. Elle a trouvé son expansion dans le monde d'archipels et de détroits qui s'étend à l'Est du continent asiatique» comme sous son ombre; Entre le réservoir humain de l'Inde» le groupe mélanésien très mélangé lui-même» et les races mongoloïdes» s'interpose un ensemble de types» qui participe plus ou moins des uns et des autres. H se charge au Sud-Est» au voisinage mâanésien» d'éléments plus foncés ; tandis qu'aux Philippines» et déjà même aux Célèbes» se montrent des individus qu'on prendrait pour des Japonais. Aucun hiatus» dans cette zone de moussons» n'interrompt la chaîne des races.

Le doctetur Hamy insistait fréquemment dans ses leçons sur « l'extrême difficulté d'une délimitation scientifique entre Jaunes et Blancs i. La formation d'un peuple sibérien fournira» un jour, le commentaire de cette remarque. Celle du peuple russe la confirme indirectement en une certaine mesure. Entre la Volga et la Baltique» dans une zone qui ne s'écarte guère du 55^ de latitude» et que caractérise l'alternance de clairières à sols meuble^ et de forêts à feuilles caduques» qui présente par conséquent la même combinaison de matériaux de construction et de terroirs agricoles,' Slaves et Finnois ne cessent de s'entrepénétrer et graduellement se confondent. Tour à tour les Mordves» Tchérémisses» et autres tribus finnoises s'incorporent au peuple des

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n4 LES FORMES DE CIVILISATION

Grands^Riuses, dans une individiialité qui ne s'affinse que davantage en se renforçant de nouvelles recraes.

Je n*ajoaterai i cette suite d'exemples qoe càm des bords européens de la Méditenanée. Par une raie fortune» les lueurs de lliistoire y plongent assez loin dans le passé pour permettre de saisir une longue série chronologique. Elle montre une continuité de rapports» qui est Texpression non méconnaiuable d'influences naturelles. On assiste depuis trois mille ans à un a£Qnz sans cesse répété de peuples venus du Nord : tour i tour Doriens et Hellènes, Rhètes et Étrusques, Celtes et Gaulois, Germains, Slaves, Normands s'y créent des établissements.* Ces nouveaux venus ont plus ou moins payé leur tribut anxiétés dévorants, à la malaria, à tout ce qui se mêle de perfidement dangereux à l'attrait du climat méditerranéen. Mais après des éliminations, ces contingents se sont absorbés dans la masse, non sans l'enrichir de nouveaux germes. Et aujourd'hui ces mêmes Méditerranéens s'implantent en Californie, au Chili, dans l'Argentine, guidés par l'analogie des climats, y transportant leur individualité intacte.

Sur tous ces phénomènes, vivant et agissant sous nos yeux en diverses parties de la terre, plane l'influence souveraine des milieux. Nous la voyons s'exercer de proche en proche, en des cadres naturellement appropriés. Mais on saisit aussi dans ces exemples l'importance de ce qu'on peut appeler le facteur social. Cet instinct de rapprochement qui pousse les hommes à s'assimiler les uns aux autres est fait de mobiles divers ; il y a chez les uns le désir d'une oiganisation sociale fondée sur la hiérarchie et particulièrement sur l'esdavage ; chez les autres, l'ambition et le besoin de s'agréger à un état social jugé supérieur. En tout cas, l'imitation, le prestige du nouveau, l'éveil d'une foule de suggestions nées du contact et du voisinage d'autres groupes, travaillent à créer une mentalité différente de celle qui. s'élabore dans l'isolement de certains milieux. Les incompatibilités ethniques, les différences irréductibles ne résistent pas à cette ambiance, impérieuse dans son ampleur, qui les enveloppe. Elles se fondent, comme au creuset, pour donner des produits nouveaux. Telle est donc l'impression double et quelque peu contradictoire que laisse l'examen comparatif des faits de groupement. Tandis que certains milieux nous montrent des groupes retranchés et comme parqués dans unç jalouse autonomie, d'autres, au contraire, impriment aux sociétés qui s'y forment un cachet de syncrétisme, qui est et sera sans doute de plus en plus la marque de l'humanité future.

LES GROVFEKEtnS ET LES MILIEUX IIS

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