V. — RACaSS ET GENRES DE YIB
On est amené à penser que les ensembles de caractères physiques et moxBux qui spécifient les divers groupements» sont chose très complexe, dans laquelle entrent des âéments qui appartiennent à un passé périmé. Je ne parle pas seulement du proUème anthropidogique» celui des principales variétés de races humaines dont les origines se perdent dans un passé si lointain qu'elles échappent entièrement à la géograpbie humame. Mais dans les ftges qui se rapprochent davantage du nôtre, il est possible d'entrevoir des conditions susceptibles d'engendrer des effets qui, aujourd'hui, ont cessé de se produire. Lorsque l'humanité était répartie par groupes rares, disséminés, étroitement bornés dans leurs contacts, combien plus stricte était la concentration des traits de race I La rudesse des exigences quotidiennes de la vie, ne laissant subsister que les plus rigoureusement adaptés, tendait à éUminer les différences dans l'intérieur des groupes. Comme les sauvages actuels, les hommes de ce temps' se pliaient difficilement aux changements de toute sorte, et vivaient entre eux : les « caractères somatologiques » qui constituent ce qu'on appelle à proprement parier une race, pouvaient acquérir, à la faveur de cet isolement relatif, une contexture solide assurant leur perpétuité. D'autres indices nous avertissent que nous ne pouvons pas tout à fait juger de ces anciens temps d'après les nôtres. H s'est produit dans ce passé, qui pourtant se coordonne encore directement avec notre présent, certains faits qu'il paraît difficile, sinon impossible, de reproduire dans les conditions actuelles. Ne semble-t-il pas, par exemple, que la domestication^ d'animaux, accomplie dès Fàurore des principales civilisations, soit aujourd'hui un art en quelque sorte périmé, devenu incompatible avec les rapports actuels de l'animalité et des hommes ? Une défiance incurable s'est pissée, a sans doute rompu une intimité primitive, n faut donc qu'à bien des égards, lorsque nous essayons de comprendre les réalités très complexes qui s'offrent à notre analyse, nous tenions compte de conditions maintenant abolies, mais dont les effets persistent à travers les transformations des temps.
Ce qui, au contraire, prévaut avec les progrès des civilisations, ce qui se développe, ce sont des modes de groupements sociaux originairement sortis de la collaboration de la nature et des honmies, mais de plus en plus émancipés de l'influence directe des milieux. L'homme s'est créé des genres de vie. Â l'aide de matériaux et d'éléments pris dans la natuire ambiante, il a réussi, non d'un seul coup, mais par une
tramuniMion héréditaire de procédés et d'inventions» à constitaer quelque chose de méthodique qui assure son existence, et qui Im fait un milieu à son usage* Chasseur, pêcheur, agriculteur, il est cela grftce à une combinaisoii d'instruments qui sont son œuvre personnelle, sa conquête, ce qu'il ajoute de son chef à la création. Même dans des genres de vie qui ne dépassent pas un d^gré assez humble de civilisation, la part d'invention est assez sensible pour attester la fécondité de cette initiative.
Et par là s'introduit entre les groupements un nouveau principe de différenciation. Car le genre de vie, par la nourriture et les habitudes qu'il implique, est, à son tour, une cause qui modifie et pétrit l'être humain. L'Eskimau, pêcheur de phoques, gavé d'huQe, et, par ce régime, capitonnant contre le froid les couches adipeuses de son épiderme, ne ressemble guère au chasseur toungouse et iakoute, pas plus qu'au pasteur lapon, ses congénères des régions arctiques. Bien que soumis les uns et les autres aux mêmes dimats, le Bédouin se distingue physiquement du Fellah, le Sarte du Kirghiz ; et jusque dans l'uniformité de la zone équatoriale, les tribus de pagayeurs vouées à la navigation de l'Oubangni ou du Congo, Sangas, Bayandzi, etc., diffèrent par le développement de leur thorax aussi bien que par leur mentalité, de celles que leurs habitudes casanières claquemurent dans leurs villages agricoles.
Cependant, quoi qu'on puisse attendre des genres de vie, il y a autre chose. Certains traits de races, venus de lo|n, distincts de ceux que peuvent expliquer les conditions actuelles, pumagent, persistent avec une singulière ténacité. Malgré les mélanges qui, dès à présent, font qu'un groupé homogène de quelque étendiie est une extrême rareté, même dans l'intérieur de l'Afrique, certains caractères de races déposés en nous par une incommensurable hérédité, remontent comme des vagues de fond. L'énergie accumulée qu'ils portent en eux se ramasse en des pehonnalités qui tranchent en bien ou en mal sur les autres ; ou, plus souvent même, les forces diverses que nous portons en nous s'y livrent bataille.
Dans certains groupes, la vertu de la race est plus vivace qu'en d'autres; elle les marque d'un trait saillant qui les distingue, qui est pour eux une force. D'autant plus remarquable est cette persistance des traits de race, que bien des causes conspirent pour les amortir, pour les noyer dans des groupements hétérogènes : langues, religions, formations politiques, villes. Les groupes linguistiques englobent tant d'éléments disparates 1 Les États sont œuvres de l'histoire, avec ses hasards. Pour des religions telles que l'islam, il n'existe que des
croyants. La grande ville est un rouleaa de nivèllement. Malgré tout» pourtant, le germe ethnique, quand on le croît mort, a des réveils. Les mélanges ne parviennent pas entièrement à le détruire. Ce que des siècles lointains ont d^>osé en nous, rèdame ainsi contre une tendance à Tuniformité par la moyenne, qui, si elle devait prévaloir, serait en &i de compte, un assez triste aboutissement du progrés des relations humaines.