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CHAPITRE II

L — UrrÊBÊa DE L'ÉTUDE DES UOSÊBS EIHNOGRAPHIQCES

IL était boa d'eimsager d'abord» dans un coup d*ceil d'ensemble* ce complexe qui ecuistitue la population d'une contrée : les différents éléments qui entrent dans la composition des groupes ; tout ce qu'ont a.s«fmMéles circopstanees et tout ce que tient réuni la force des milirox. n y a peu de groupes homogènes^ si même il en existe, au prânt de vue de la race. Mais, sous l'iniluence des divers mSieux, l'activité et Tindustrie humaines se sont orientées en sens différent ;*des suggestions locales ^nt agi, et, pour réaliser les intentions qui se sont faut jour, des instruments ont été imaginés. Bref, un travail s'est fait qui représente autant d'essais indépendants de résoudre en communauté le problème de l'existence sous la pression des influences géc^raphiques.

Ces influences se dessinent avec le relief des choses concrètes, lorsqu'<Mi examine un de ces musées ethnographiques comme il en existe dans certaines villes d'Europe ou des États-Unis, où l'on a eu soin de eo(«donner d'une façon systématique, et en nombre suffisant, les spécîmens d'objets et d'instruments en usage chez les différents peuples. Les savants qui ont présidé à ces collections en ont cherché de préférence les éléments «dans les sociétés offrant le plus de chances. d'origH nalxté, par leur isolement, leur autonomie, et souvent dans les civilisations les plus menacées de périr. Cette juxtaposition prête i comparaisons instructives. A côté des matérids relativement riches qu'offrent les civilisations de la Mtilanésie ou du Centre-Africain, il en est de chétiEs et de rudimentaires, et qui sont teK non par le hasard des trouvaffles, mais par l'indigence des nnlieux. Quelques coquilles tranchantes, quelques pomtes de flèche ou amulettes en os : voilà tout ce qui représente les insulaires Andamans dans ce musée des civilisations ; qudques engins de pédie^ avec une peau de phoque pour vêtement» résument i pen près l'outiHage des Fuégîens» tandis qu'à l'autre extrémité du

même continent» les Eskimaux ont su tirer d'une nature plus ingrate encore un matériel infiniment plus riche. Parfois, certains spécimens ftppartiennent déjà au passé» ils évoquent un état de civilisation décapitée» qui a déjà perdu en partie, avec sa raison i^'itre, ce qui faisait son orgueil et son luxe : ainsi disparaissent les peaux de bisons sur lesquelles les Sioux bariolaient leurs textes hiéroglyphiques» les manteaux de plumes dont s'ornaient les grands chefs polynésiens» les boucliers en peaux de bufDes qui figuraient dans l'attirail guerrier des riverains des grands lacs africains» les belles haches en serpentîpe ou en néphrite qu'on fabriquait en Nouvelle-Calédonie et en Nouvelle- Zélande. Elles vont rejoindre dans le passé ces grandes pirogues à becs richement sculptés que virent les Cook» les Bougainville» les Dumont d'UrviUe» et dont ils nous ont laissé des dessins» témoignages d'industries en train de s'éteindre . et de civilisations .condanmées, dont quelques-unes n'auront bientôt plus que les vitrines de musées pour dernier asile I

Quelles qu'elles soient cependant» humbles ou riches» ces collections évoquent des sociétés qui ont vécu» évolué» qui ont subi l'action des temps comme celle des lieux. Jusqu'en Nouvelle-Calédonie des indices attestent une civilisation qui fut jadis moins rudimentaire.

Ce n'est pas» en effet» sur l'impression superficielle d'exotisme qui résulte de la réunion d'objets rassemblés de toutes parts, qu'A faut s'arrêter. Lorsqu'une idée méthodique a présidé à leur classement» on ne tarde pas à percevoir qu'un rapport intime unit les objets de même provenance. Isdés» ils ne frappent que par un air de bizarrerie ; groupés»' ils décèlent une empreinte commune. Peu à peu» par la comparaison et l'analyse» l'impression géographique se précise. De même que l'aspect du feuillage et des organes végétaux d'une plante» que celui de la fourrure et des organes de locomotion d'un animal permettent à un botaniste ou à un zoologue de discerner sous quelles influences générales de climat et de relief ces êtres pratiquent leur existence» fl est possible au géographe de discerner» d'après le matériel soumis à son examen, dans quelles conditions de milieu il a été formé. Est-ce à une région de silves tropicales, de steppes, ou de bois résineux qu'appartiennent ces types d'habitations, d'armes et d'ustensiles ? Pour quel genre de proie ou de moyens de subsistance» ces instruments ont-ils été combinés ? La matière et la forme de ces appareils de chasse» de capture, de défense, de travail, de dépôt» de transport» dénoncent une provenance et une approximation se rapportant à certains genres de vie» formés eux-mêmes sous l'influence de conditions physiques et biologiques qu'il est possible de déterminer. En ce sens une leçon de

LES INSTRUMENTS ET LE MATÉRIEL 12t

géographie comparative se dégage des témoignages des sociétés les plus humbles. Et quant aux sociétés évoluées dont le matériel infiniment accru ne saurait se circonscrire dans les vitrines d'un musée, il s'y conserve, du moins provisoirement, assez de vestiges locaux d'usages et de costumes, pour que les spécimens en soient instructifs. L'émancipation du milieu local n*est jamais aussi absolue que nos yeux de citadins nous le feraient croire.

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