IV. *- LE MONDE DES SAVANES DÉCOUVERTES
Plus on 8*éloigne ven les Tropiques, plus la v^ètation cesse d'être souveraine maltresse. A la savane boisée succède la savane herbeuse» à celle-ci la steppe. Avec ramoindnssement de la v^ëtation diminuent les emprunts dont elle est l'objet. Mais la substitution d'une faune de steppe à la faune de forêt donne lieu à des combinaisons nouvelles. C'est le règne animal qui devient lé guide de l'industrie humaine. Par troupeaux, par hordes innombrables, antilopes, gazelles, autruches, bisons, ovidés, animaux coureurs adaptés par leur pelage ou leurs plumes à de plus grandes diversités de milieux et à de plus grandes intempéries de climat, s'offrent comme matières vivantes. Le cuir découpé en lanières, tendu en boucliers, assoupli en vêtements ou récipients, remplit l'office dévolu dans la zone tropicale humide aux lianes, filaments, cylindres de bambou, écorce végétale. Le développement de la vie pastorale en Afrique dans l'un et l'autre hémisphère a accentué cette empreinte commune. Pasteurs et guerriers, les Massai et Gallas au Nord de l'Equateur, les Cabres et Zoulous au Sud« s'accordent pour emprunter aux dépouilles d'animaux leur équipement et leurs ustensiles. Mais le goût de chacun ou les circonstances locales introduisent des variantes. Le bouclier oblong en peau de boeuf prend chez les Zoulous, ces Spartiates de l'Afrique, des proportions en rapport avec leur haute taille. Le guerrier matébèlé s'entoure d'une ceinture où pendent des peaux die bêtes. Plus pacifique» le pasteur héréro a consacré un soin particulier à l'outiUage transportable qu'exige son genre de vie ; il oppose un ample manteau de peau, le Jraro/, aux brusques variations de température. Chez les peuplades guerrières de l'Est africain, l'édifice de la chevelure ressemble à une crinière léonine que rehausse un encadrement de plumes d'autruche : et la figure ainsi affublée des guerriers massai ou du Kavirondo ressuscite à nos yeux ces chasseurs berbères que représentent, au Nord du Sahara, les gravures rupestres de la période néolithique, ou les Libyens que nous montrent les monuments égyptiens de la dix-neuvième dynastie.
Si inférieure que soit la faune des steppes du nouveau monde elle ne fit pas défaut à l'industrie humaine : Dans l'Amérique du Sud le guanaco fournit aux Tehuelchés de Patagonie le cuir nécessaire pour le maniement de la to/a, et, après l'introduction du cheval, pour le harnachement de leurs montures. Les Sioux dans l'Amérique du Nord dressèrent leurs tentes avec des peaux de bison, ou en firent la trame de ces étoffes sur lesquelles des figures peintes retraçaient des signes généalogiques ou parlaient un langage symbolique.