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LES INSTRUMENTS ET LE MATÉRIEL

Beaucoup de ces choses appartiennent au passé : une note â*ar>

chabme se mêle ainsi à la note d'exotisme. Nos yeux en Europe sont

accoutumés à associer ces diilérences tranchées de costumes et d'aflu-

blements à des régions exceptionnellement restées à l'écart» vivant

de leur vie propre. Il s'en trouve encore de telles» bien que plus rares

chaque jour, dans nos montagnes d'Europe» autour de la Méditerranée»

et sporadiquement dans les Alpes et les Carpathes. Le pâtre castillan»

le Palikare» le berger valaque» le Tirolien» l'Uzule des Tatras» sont des

exemplaires à peu prés intacts de ces survivances déjà partiellement

en péril de mort. Quelques pièces de costume» le plus souvent, demeurent

les seuls indices des exigences locales des milieux. Aujourd'hui» comme

de temps inunémorial, le Touareg» cavalier voilé du désert» protège

par le lUham son visage et ses yeux contre la fine poussière qui flotte

dans l'air. Contre les inégalités du soir et du matin, du soleil et de

l'ombre» la ddamyde velue en peau de mouton» la maainica sarde» le

capuchon du burnous protègent les épaules et complètent l'image

toujours vivante de types connus» que figurent les terres-cuites antiques*

Sous différentes formes» avec ou sans broderies» on peut observer»

de l'Espagne à l'Iran» l'existence d'une pièce de vêtement» la guêtre

de feutre ou de cuir» rendue indispensable par les taillis et broussailles c3

qui encombrent le sol en l'absence de véritables forêts. 5E

V. — SURVrVANCBS ET DÉVELOPPEMENTS AUTONOMES DANS LES ZONES TEBfPÉRÉES ET FROIDES

L'empreinte locale est tenace. Elle subsiste dans nos contrées civilisées sous les formes multiples des objets de première nécessité que continue à fabriquer l'industrie domestique : les jarres» les vases et poteries en Espagne» comme en Berbérie et en Egypte» s'y reproduisent tels encore qu'ils sortirent des mains des premiers potiers qui pratiquèrent l'art de façonner la matière argileuse. L'habileté à plier le bois aux formes et aux usages les plus variés trouva» dans ks forêts à feuilles caduques de l'Europe centrale et orientale» matière à s'exercer en sens différent : nous verrons le parti que l'art de la cons* tmction et celui du transport surent tirer de ces bois résistants et flexibles ; mais» si l'on veut encore aujourd'hui se faire une idée de la familiarité avec laquelle en usèrent nos pères» on n*a qu'à considérer ce qui reste de leur mobilier dans quelques campagnes reculées ; ou mieux encore qu'à voir à combien d'applications les emploie l'industrie domestique dans les gouvernements forestiers de Russie d'Europe. Le bois» pour bien des choses» y tient lieu de métal ; le moujik est

Vtoal-La9Lacbb, Géographie bumaine. 9

no LES FORMES DE CIVILISATION

diarpentier oomme le fdhdi «t potier. Les deltas du Tonldn et de la Guyane amasonieniie ne sont guère inf érieus à cet égard au delta éafBL

^ LiMdemeat, la qpéeialisatfam des genres de vie sont, pour qnekine temps enooie» des jinmtifs de eonservation. Dans les steppes de TAsie eenbale, le matériel des pasteurs Uq^dz, tentes de feutre, laaiéRs de euir, cordes de lame, tapis et vêtements, ustensiles, est entièrement emprunté an bétail qui oonstitne la richesse ; et il garde, malgré Tin* vaaion du coton et des importations étrangères, ce caractère local qui, chez nos numtagnards, nous frappe comme un archabniA.

n existe, le bog des fioids et des Heuves poissonneux qui sillonnent dans le Nord-Ouest de l'Amérique la bande en partie vieige des forêts de la Colombie hritanniqne, un groupe de tribus dites Nuikm qol tonnent un chapitre curieux et unique d*ethno0raphie américaine. Là se conserve un ensfanhie encore à peu près complet de dviUsation matérielle portant à vu haut degré l'empreinte d'un milieu spécial. Le bob domine dans les eonstmctlotts et les ustensiles. Dans ces maisons de planches, que précèdent des pBien sculptés représentant des figures totémiqnes, la poterie est Inconnue, et c'est dans des vases de bois qu'au moyen de pienes brfllantes on procède à la cuisson des aliments.

Cependant pour trouver des sociétés gardant plus strictement encore l'empreinte locale, H faut pousser jusqu'à ces peuples que la configuration de rhémisphère boréal relègue autour des mers arctiques, au ddà de la ceinture forestière qui entoure le Nord de l'ancien et du nouveau monde. H est vrai que ce qu'on appelle par antiphrase la civilisation les assiège, aous forme d'akool, et les décime. Ceux, toutefois, ipii, comme ks Samcgfédes, ont pu s'accommoder du séjour de la toundra, des stqppes de l*Extrême-Nord, échappent plus que les chasseurs de fourrures an péril qui les guette. Ib trouvent dans l'élevage

du renne et dans l'eodstenoe du bouleau, seul arbre qui se hasarde jusqu'en oes parages, la matière des vêtements dont ils se couvrent, des peaux ou des éooroes dont ils revêtent leurs tentes d'été, desrédpients dont ils font usage.

Plus spécialise dans un antre genre de milieu aorctique est l'ensemble des tribus IiMMiil ou Bequimanx, qui ont su se créer une patrie depuis

le wxd de l'Alaska jusqu'au Groenland. Là, ce n'est pas l'élevage du renne, ni la pêche dans ks fiords qui subviennent à l'existence : mais les grands mammifères marins, qu'il faut, l'été, poursuivre au large, ou, pendant l'hiver, surprendre dans les trous de glace où ils viennent resi»rer. Pour subvenir au vêtement, à la nourriture, à l'abri, à l'armement, au transport, lîen que les peaux, les défenses ou les os, l'huOe

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de ces uiimaox ; la neJge pour y pratiquer des demenies Uvemales ; «t ce qoe les coonmts nurins peuvent rejeter de bois flottés sur les rivages I Ce que l'Eskimau est parvenu à réaKser avec ces moyens est extraordinaire. Nul autre qne ce spédoUate des re^oBs ptdaires tmè' ricaines n'a pu s'acconunoder de ce milieu : cet isolement a prot^li ■on Miginalité. C'est avec an mdange de Ixms et de peaux de moraes on de phoques qu'il lalirique ses embarcations, avec les dents oa dékaaea de œs auànaux qu'il anne ses harpons ; il n'est pas Jusqu'à l'arc dont jadis le bois était lemplaoë par nn assemblage d'os artlcnléa' Dans re»toition technique et le fini titistiqne des iriijets variés qu'exigeait leur genre de vie, ■ les Baqnimaaz, dit B*tisel, ont réaUaé de pasdes duiaes >. Ce qu'il y a ehex eux de pins vranarquable, aînés le vêtement qui est l'arme contre le elimat, ce sont les instruments de toeomotiiHi : le tialnean. que des attelages de chiens lont glisser sur la neige ou le tqtis de mousse, et surtout le eagak, la longue et mince barque couverte de cuir, dans l'orifice duquel s'introduit le pêcheur et qui «st oonuiw le prolongement de sa penonne.

CONCLUSION I£S CIVILISATtOKS WtÉBÉOTrTÉES

L'intérêt qu'excitent de nos jours ces exenlplaires de civilisations autonomes se justifie. On y voit comment, spontanément, indépendamment ks ans des autres, sur des pdnts très diven. ont pu s'otgaaiaer des genres de vie. Forcé de tirer parti des ressources fournies fttr le milieu, ne pouvant taire dépendre sa vie de l'apport Eaihle et aléatoire du commerce, l'homme a concentré son ingéniosité sor nn wHubre parfois très restreint de matériaux, et a su les plier k une extracndinaire multiplicité de services. Tel a été le rêle du bambou on du cocotier sons les tropiques, du dattier ou de l'agave dans les «ontzées arides, du bouleau dans les régions subarctiqnes, du renne dans le Nord de l'ancien monde, du phoque ou du morse dans le Nord du nouveau ; de telle sorte qu'on pouirait, à l'exemple de cotains ffio^aphes botanistes, attzitmer à telle ou telle de ces espèces vivantes la valeur d'au l^pe et en faire le signàlenient de certains domaines de civilisation.

Mais, si iatéiessantes que paraissent ces civilisations, par cela même qu'elles sont attachées & des milieux spéciaux, elles sont frap* pées d'inflmité. II leur manque le don de se communiquer et de se répandre. Toatefols, si leur d^tendance enven le milieu local est une infériorité, die ne bit que mieux éclater en certains cas la puissance

et la variété d'inventions dont l'homme est capable. Car il s'en faut que ces civilisations autonomes» que nous sommes tentés de traiter de rudimentaires et primitives, soient toutes au même niveau et se montrent sur le même plan. Le temps n'est plus où le Centre africain nous apparaissait sous l'aspect d'une morne uniformité barbare, n y a» ou il y a eu parmi ces sociétés des degrés divers ; quelques-unes, comme ces Mongbouttous qu'a décrits Schweinfiirth, étaient parvenus à un assez haut degré d'évolution, par comparaison avec d'autres groupes. Entre les Esquimaux de TExtrAme-Nord de l'Amérique et les Fué^ens de l'Extréme^Sud, l'inégalité est un abhne : tous ces peuples pourtant ont eu à se débattre, livrés à leurs propres ressources, contre une nature plus ou moins inhospitalière. Le succès a été inégal comme l'effort.

On remarque toutefois, à travers la variété des matériaux fournis par la nature, une ressemblance dans les procédés d'adaptation mis en œuvre. Les instruments que l'homme a fabriqués pour l'attaque ou la défense, pour le transport, ou comme récipients, ne s'écartent pas sensiblement de certaines formes générales. Que ce soient la pierre, Tor, la coquille ou le bois qui entrent dans leur composition, la hache, la massue, l'arc, présentent le même ensemble. La pirogue creusée dans un tronc, le canot d'écorce, le cayak revêtu de peaux, le gréement des voiles de nattes, de lin et de cuir comme chez les anciens Celtes» diffèrent plus par les matériaux que par les formes. Ce qui s'exprime ainsi, c'est l'intention qui préside^ à l'adaptation de la matière, c'est l'élément inventif par lequel l'homme y imprime sa marque. D y a dans l'esprit humain assez d'unité pour qu'elle se manifeste par de^ effets à peu près semblables.

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