‹ Principes de géographie humaineChapitre 58 sur 129 · IV. — TYPE EUROPÉEN SEPTENTRIONAL · texte numérisé non relu

IV. — TYPE EUROPÉEN SEPTENTRIONAL

Tout ce faisceau de cultures nourricières se dénoue à mesure que le chêne fait place aux essences aciculaires, la terre-noire aux sols pauvres en humus, et que la végétation, des plantes annuelles cesse de disposer de quatre ou cinq mois de hautes températures : le porc désormais fait défaut à l'élevage, le mab et le blé d'hiver aux céréales ; avec eux disparaissent nombre d'arbres fruitiers, et surtout le cortège de l^umineuses variées, fèves, lentilles, haricots, pois, qui contribuent pour une si forte part à l'alimentation des peuples d'Europe : invasion venue du Sud qui expire vers Moscou.

Il semblerait donc qu'au Nord du 55^^ de latitude, l'économie rurale n'eût qu'à enregistrer un appauvrissement successif. Mais c'est alors qu'au Nord-Ouest, et jusqu'assez avant dans le Nord, les avantages du climat océanique entrent en jeu. Certains végétaux tels que le chou, les raves ou navets à racines charnues, probablement indigènes dans l'Europe occidentale, ont tenu de bonne heure leur place dans le régime alimentaire des peuples celtes et germaniques. Avec le sei^e, céréale rustique, et l'orge, qui entre toutes les céréales se contente du cycle le plus court, ces plantes ont à pourvoir à la nourriture végétale des hommes, en attendant les ressources subsidiaires qui sont venues

s*y ajouter par la suite. Ce sont ces graines qui» avec l'avoine, ont contribué à fixer» très loin vers le Nord» des populations agricoles. Les trouvailles archéologiques en donnent la preuve. On discerne distinctement ces spécimens d'ancienne agriculture dans l'empreinte qu'ils ont laissée sur la pflte encore molle de poteries qui ne datent pas de moins que de l'époque néolithique.

Les vents d'Ouest qui» par la Manche» la Mer du Nord et la Baltique» prolongent jusqu'au Nord du lac Ladoga les influences océaniques» compensent la faiblesse de l'insolation et la brièveté des étés par une douceur relative de température qui restreint les risques de gelées» et qui surtout engendre une humidité favorable à l'herbe. Dans la rapide croissance des prés» le développement des parties tendres des ajoncs et autres plantes de l'Ouest» la vache laitière de proportions modestes trouve des conditions aussi propices que le porc dans les 109

pays à graines» que le mouton dans la zone mi-pastorale et mi-agricole '

qui borde les contrées arides. Cette facilité à trouver sa subsistance j^ \

en a fait une propriété accessible aux plus pauvres» comme la chèvre en d'autres pays. Par là a commencé de se généraliser en Europe l'usage alimentaire du lait» auquel les grands peuples agriculteurs de l'Extrême- Orient sont obstinément restés réfractaires. Une céréale longtemps dédaignée par les peuples du Midi» l'avoine» a dû aux mêmes circons* tances de climat sa fortune. Sans avoir une maturité aussi rapide que ^

l'orge» elle dispose néanmoins jusque dans l'intérieur de la Scandinavie d'une durée suffisante entre les gelées de printemps et d'automne. C'est elle qui» dans la zone des herbages» devient de plus en plus la céréale favorite; soit qu'elle fournisse à l'homme une nourriture combinée avec le laitage» le porridge cher aux Écossais ; soit qu'elle serve à l'engraissement du bétail bovin» hôte naturel de cette zone de ^

cultures. Enfin» ce type de genres de vie» déjà constitué dans le Nord- Ouest de l'Europe» s'est enrichi d'un auxiliaire inattendu avec une plante venue du Pérou» la ponune de terre. Moins bornée dans ses exigences que l'avoine» ayant aussi des préférences pour un régime doux et pluvieux» elle a fourni un appoint de premier ordre aux besoins nouveaux nés de la civilisation contemporaine.

n fallait en effet une série d'acquisitions supplémentaires pour assurer l'existence de populations dont les rangs n'ont cessé de s'épaissir depuis un siècle et demi environ. Là où l'insufi^nce des chaleurs d'été s'opposait au rendement des céréales» comme en Irlande ou dans les Grass Couniies d'Angleterre» là également où les tourbières et marécages laissés par les anciens glaciers durent être colonisés comme en Scandinavie et dans le Nord de l'Allemagne» de nouveaux groiv)es

•d*habitant8 te sont formés et ont grossi. Nulle part» en ces deux derjiien sièdes, TEnrope n'a vu an plus rapide accroissement de popuktion. n a co&icidé, comme eflèt et cause, avec le développement de k grande indnstrie et des agglomérations urbaines. C*est justement an ^uil de cette zone, entre 2M)^ et 55^ de latitude, que s'échelonnent les prindpanx bassins hooillers où l'emploi de la force mécanique de la vapeur a locaUsé les principaux foyers industrieb du monde. Une énorme demande de moyens de nourriture a été le résultat de cette révolution démographique. Non seulement les produits du monde entier ont été attirés vers les ports d'approvisionnement, mais une impulsion extraordinaire a été donnée sur place aux cultures que favorisait le climat et que réclamaient les exigences des habitants. Par •exemple, la pomme de terre servit au xviii* siéde à la oolonisation d'une partie de la Prusse ; elle rend possible aujourd'hui l'existence de petits groupes de cultivateurs au seuil des régions arctiques.

On peut donc suivre de nos jours une évolution qui se propage dans l'Europe septentrionale, et de là se conununique à d'autres contrées en vertu de certaines analogies de conditions générales. Ce fut jadis à la faveur des changements économiques qui suivirent la conquête romaine, que le blé, la vigne et d'autres cultures du Sud acquirent une expansion nouvelle qui ks porta jusqu'à leurs extrêmes limites -au Nord. Le christianisme, à son tour, contribua à les reculer ; la vigne gagna encore vers le Nord un terrain qu'elle n'a pu conserver, et œ n'est qu'à la fin du xii* siècle que la culture du blé atteignit la Norvège. De même, nous assistons aujourd'hui à l'extension d'un type de nourriture qui a des origines lointaines, mais dont le développement est récent. Dans ce régime, la pomme de terre, conune les cultures propices à l'élevage, la viande de bœuf et les produits de fabrication laitière jouent un rôle capital. Les statistiques attestent ce mouvaooent. En Finlande, tandis que, dans ces dernières années, une sensible dimi-t nution s'est manifestée dans les vieilles cultures d'orge et de sei^e, on constate l'augmentation notable de la ponune de terre et de l'avoine. Danemark, Suède méridionale, Finlande, Néeriande deviennent producteurs et exportateurs de plus en plus apti& de beurre et fronnage, comme la Sibérie occidentale» le Canada et peut-être deoiain le Sud du Chili. Car la consommation de ces produits s'accrott sans eesfee, non seulement dans les contrées où ib constituent une cultare natureUe, mais partout où va se multipliant et s'accroissant la vie urbaine; la production du lait et le développement des villes apparaisagit conmie deux faits synchroniques et connexes. Des canses géographiques et sociales se combinent ainsi dans un résultat commun.

Page 1