‹ Principes de géographie humaineChapitre 60 sur 129 · VL — PROPAGATION DES TYPES DE CULTURE · texte numérisé non relu

VL — PROPAGATION DES TYPES DE CULTURE

La dvilintion s'est emparée de ces cultures favorites ; elle en a étendu au ddà de toutes prévisions le domaine primitif. Elle a su tirer de la plante erigmelle une foule de variétés adaptées i divers genres de dimats ; de sorte qu'il est arrivé souvent que son importance est plus grande dans les contrées où die a été acclimatée que dans son pays d'origine. Ce n'est pas aujourd'hui dans les régions où la culture du froment a pris naissance qu'elle est la plus productive ; les moissons des pays méditerranéens ne sont pas à comparer avec celles que ^i ]Rt)duisent les plaines centrales de l'Europe. C'est dans les prairies

Jdu Centre-Ouest des États-Unis, et non plus sur les plateaux tropicaux que le mab grossit le plus largement ses épis. On peut dire de même que ce n'est pas dans les basses contrées ddtalques que s'est dévdoppé l'art d'aménager les eaux en vue du maximum de production des rizières. Il y a en Chine une région restée à cet égard classique. Au débouché des montagnes qui encadrent au Nord la plaine de Tcheng-tou dans la province des Quatre-Rivières (Szé-tchouan), subsiste un temple que la reconnaissance des peuples a devé à l'ingénieur qui a su pratiquer et codifier l'art de maîtriser et manier les puissantes masses d'eau du Min. Un système de barrages et d'appardls démontables, acconmiodé aux crues périodiques, adapté aux pentes, assez puissant et assez souple à la fois pour diviser l'eau en rigoles

«I la distrilmer en ipadins : teBe «i Foeavre nlnntieiise qui, probabkment tccompHe ven k m* dèda aimnt notre tre, transfonna de vastes grèves àb saUes et de eaOlcmx en me des plus fertiles et des pins populeuses plaines dn monde. Les rizières de la plaine de Tchengtourfon passent pour produire, à surface égale, une fois et demk la quantité de graines obtenue dans les autxes provinces K

La culture dn thé, elle aussi, est fille du milieu chinois. Cette plante qui, dans les hautes vallées de l'Assam d'où elle est originaire, présente le feuillage luxuriant et les proportions d'un aihre, n'a acquis qu'en diminnant la hauteur de son ttt, en rétrécissant la surface de ses feuilles, l'arôme délicat qui rend célèbres jusque dans le Nord de la Chine les jardins de thé du Yunnan. C'est de là, et sous forme arbustive, <pie cette culture s'est propagée à l'Est et au Nord,, finalement jus- ^^

qu'au Japon. L'art du oiltivateur a consisté à réaliser, dans un milieu nouveau, ks meilleures conditions de croissance : par le drainage, les amendements, le sarclage, la taille pratiquée an moment propice, c'est^-dire un peu avant l'arrivée des pluies et l'ékn de la sève, il a su transformer et aflBner k sauvagerie du produit naturel. De même <pie k vigne, en passant des forêts de k Cokhide aux contrées sèches de k Méditerranée, k plante sud-tropicale du Ifenipour n'a pris qoe CJf

dans ks régkns tempérées de k Chine les proportions et les qualités qui k distinguent.

Le ritte de ces plantes d'ékction, devenues pour des millions d'hommes une base de nourriture ou un besoin physiologique, a maintes fois attiré l'attentkn des géographes. Le thé, k café ont fourni à Kari Ritter k sujet d'importants chapitres de YErdkundt. A l'intérêt des conditions sociales liées à leur culture, s'ajoute celui du vaste commerce dont elles font l'objet. Ces pkntes ont une histoire qui se mâe à oeUe des hommes. Ce sont des pkntes de civilisation. Dans l'extension qu'elles ont acqmse s'exprime l'inlhience de l'homme sur l'économk de k vk terrestre. Chaque espèce aspire d'elle-même i s'étendre hors de son centre d'origine ; mais son expansion, quand de ne s'appuk que sur ses propres moyens, rencontre bientôt des Bmites. Ces limites reculent au contraire par l'intervention de l'homme. Sans doute, k thé, k vigioe, k mak, le blé, etc., restent assujettis à des conditions immuables dans kur généralité et le plus souvent incompatibles; mab, pour kur culture comme pour k plupart des ^lénomènes auxqueb prend part l'intelligence de l'homme, une marge

1. Abcbibald Lrtub, Thâ Far-BoMtt p. SI sq. et La MiuUm lyonnaise en Chine (Lyon, 1S98), t. I, p. 175 tq.

anez ample se dessine entre one aire minima et une aire maxima d'expansion. Ce qu'il y a de ressources et de variétés dans le fond mystérieux des foroes créatrices» se dégage, se consdide et s'amplifie par les soins vigilants de l'homme : la nature agit sous sa conduite. Chose non moins remarquable : l'art qui a été nécessaire pour adapter la plante utile à un miUeu nouveau, s'emploie aussi à la perfectionna^, n arrive ainsi que ce n'est pas toujours dans son lieu d'ori^oie, mais dans son lieu de transplantation qu'elle obtient Vopibnum voulu et recherché par l'homme. La plante eUe-même s'imprègne du traitement dont die est l'objet. L'homme dsâe et pétrit la matière brute ; il communique à la pierre et aux métaux les formes plastiques qui lui conviennent ; mais à l'égard des espèces vivantes, suitout cpiand il s'agit de ces plantes annuelles plus sensibles et plus soumises à son attention vigilante, il fait plus. Chaque moment de leur évolution lui oflbie prise. Pénétrant, pour ainsi dire, dans l'intimité de leur être, s'identifiant en elles, il parvient à modifier dans une certaine mesure les opérations successives de leur cycle d'existence.

Page 1