I. LA 1BRRE DilMS LA ZONE ARIDE
Biais le climat de la grande zone sèche qui se prolonge en diagonale du Soudan à l'Inde n'est pas propice au bois, n envie à l'homme le plus commode et le plus familier des matériaux dont il ait généralisé l'emploi. L'abfttardissement graduel de la végétation aiiiorescente ne tarde pas, dès qu'on s'éloigne d'une douzaine de degrés de l'équateur, à se rendre sensible. La psdilote cylindrique foisonne, règne Uentèt sans partage. La végétation buissonneuse, précieuse il est vrai pour ht défense, fournit aux pasteurs ou chasseurs d'esdaves les branchages épineux et les inextricables fourrés dont se hérissent les enceintes circulaires des Ziriha»^ comme aujourd'hui les haies de cactus de nolie Algérie* Mais elles se prêtent mal à la construction. L'arbre n'y est plus représenté que par des sujets rabougris et rachitiques, capables tout au plus de mettre au service du constructeur des perches plus ou moins tordues, parfaitement impuissantes à supporter le poids d'un grand édifice.
A défaut du bois, un autre genre de matériaux s'offre à souhait dans la zone sèche. La terre argileuse, pétrissable, susceptible d'absorber dans sa pâte des ingrédients qui la consolident, séchée au sokfl ou cuite, au feu, est la matière de maniement facile qui se prête à de multiples usages. Sous les doigts du potier, elle a commencé par reproduire certaines f onnes de récipients végétaux, couffins, calebasses, que la nature cessait de fournir. On peut remarquer que la poteik, devenue un art quasi-universel en Guyane comme au Pérou, en Chine comme en Grèce, n'a été négligée que dans quelques Hes d'Océanie où la végétation elle-même se chargeait d'y pourvoir. Dans la construction, le règne de la terre s'est généralisé sous forme de brique : unie au fer, celle-ci tend aujourd'hui à supplanter toute autre matière ; dk répond au besoin tout moderne d'improviser, de faire vite, qu'A s'agbse de simili-palaii ou d'usines. Mais si l'on remonte aux origines, on doit reconnaître que œ n'est pas dans les contrées où elle sévit aujourd'hui, qu^est née l'architecture de briques ; mais dans les zé^ons sèches de l'ancien monde. Les grands palab chaldéens et assyriens, et même ceux qui leur ont succédé dans l'Asie occidentale et l'Iran
LB8 UATÈMAini DE OONSTRUGTION 151
JQsqa'à l'époque d'Alexandre, étaient des oonetraetioiis presque entièrement composées d'aigOe. C'est dans les régions de sécheresse permettant l'emploi de briqaes cmes qn'eDe a maintemi sa prépondérance» Elle règne encore sons cette forme primitive et presque dépoorvap d'ajqirêts depuis le Maroc jusqu'à la Perse, en dépit des pluies d'hiver qui parfois risquent de liquéfier ces muis de terre. Au mobilier de ces majucwis, la terre ne fournit pas seulement les vases à contenir et i rafraîchir les liquides, mais des objets pour lesquds sim emploi senMe paradioxal : il y a dans l'Iran comme en Nubie des meubles en argile» des coftes en terre sèche. L'homme de ces contrées est terrien au sent le plus absolu du mot : terrien par l'habitat, soit qu'A édifie sur le scd, soit qu'il s'y niche.
Ceet en Afrique qu'on peut le mieux suivre, avec l'appauvrissement gmdud de la végétation, l'emploi de plus en plus exclusif de la terre pour les constructions. Oiez les ChiDouks du Haut-Nl le toit seul et l'enceinte sont en paille, la case cylindrique est en terre. On signale déji dans l'arrière-pays du Togo, d'amples ouvrages de fortifications, dont les tours en terre battue, reliées par des courtines de mémo matière, n'ont que leur toit conique fait de feuilles ou de paille. Plus loin, vers 14^ de latitude, la viUe soudanaiee de Zinder a une encehite ea terre, enfermant dans ses rues tortueuses des maisons en loaio; Ç9
oa briques sécbées au solefl. Enfin dans le Soudan saharien, l'emidoî de k terre et du pisé l'emporte décidément : remparts, maisons, gre- Bien, iatas, ou forteresses en sont ccmstniits ; de sorte que la gènéralisation de ce mode de bâtir marche de pair avec la sécheresse. C'est btt qui est presque exclusivement employé dans les oasis sahariennes. Dans le Maroc méridional, la matière de construction est la loàia, ^
variante de la même matière, c'est-à-dire une terre grasse foulée et g^
mélangée avec de la paille hachée et de petites pierres. La snbetteition K
de la terrasse ou de la coupole surixiiasée au toit et l'emploi exclusif >
de la terre sont deux faits caractéristiques quise tiennent. Avec le toit B
sur lequd ^isse la pluie, disparaît l'échafaudage de matière végétale '
qui loi servait de support.
NuQe matière ne se prête plus aisément à fournir à l'homme des moyeus âémentaires d'établissement, nulle n'a été plus tôt utilisée dans les contrées où le dlmat se prêtait à son emploi. On n'avait», suivant les cas, qu'à creuser pour obtenir des pands toutes faites» ou à se baisser pour en recuefilir les éléments. Les sables durcis et cimentés par les infiltrations, le sol alluvial et compact de l'Egypte et de la Mésopotamie, les terres argileuses des plateaux arméniens, de l'Iran, et même dans l'Europe et l'Asie centrale jusqu'au Nord de
la Chine» les vastes nappes de ces sols steppiens, imprégnés de concxétiens calcaires connues sous le nom de lœss, ont été ainsi, sous une forme ou une autre, utilisés par les établissements humains.
En Espagne, l'habitat dans la terre est pratiqué à Guadix, province de Grenade. Chez les Matmata du Sud tunisien, l'habitat se compose d'une cour rectangulaire taillée dans le sable et flanquée de réduits. Ailleurs, c'est dans les parois à pic qu'est pratiquée l'excavation. Tout le monde connatt, depuis Richthofen, ces villages nichés comme des alvéoles sur les parois perpendiculaires de loess dans les provinces du Nord de la Chine. Tout un réseau de sentiers taillés dans la terre relient ces habitations. D'autres fois, le village se tapit assez profondément pour qu'on ne le devine qu'à la cime des arbres qui le signalent.
Si au contraire la construction se dresse sur le sol, elle s'improvise à peu de frais ; et il est facile d'en élever une autre, %'û y a lieu, à la place de la précédente. D serait vain d'essayer de tirer parti des mottes de boue qui ont déjà servi et ne se prêtent plus à aucun usage. La maison est donc abandonnée aussi facilement qu'elle est construite ; elle n'a guère plus de permanence que la tente du pasteur. Mais elle persiste à peu prés à la même place ; car elle est retenue par les occupations agricoles. Tous les recensements faits en ces dernières années en Egypte, s'accordent pour accuser, en même temps qu'un fourmillement de cases éparses, la multitude extraordinaire des cases abandonnées. Elles subsistent, délaissées, sans qu'on ait pris la peine d'en utiliser les matériaux, jusqu'à ce que le tassement des débris les ait rendues informes et méconnaissables. Cette facilité de remplacement est un fait de climat qui n'a pas été sans influence sociale aux premiers temps de l'occupation humaine en ces contrées alluviales. Le sol y fournissait alors un moyen aussi facile qu'économique de multiplier ces demeures sur place, de s'y ménager des séjours temporaires suivant les saisons et les crues du fleuve, de substituer une installation saine à la place contaminée par un trop long séjour : autant de raisons qui ont dû contribuer à favoriser en ces lieux la formation de groupes si denses. N'oublions pas que l'implantation durable d'une forte densité de population est une œuvre de longue haleine, qui suppose le concours de bien des causes diverses. Une de ces causes a été, sans nul doute, l'emploi général d'un matériel que le soleil se charge de cuire et que la sécheresse du climat permet d'utiliser presque sans apprêt.
La terre, la brique crue ont été des matériaux économiques que l'homme a largement utilisés, même hors des climats qui en favorisent l'emploi. En Moravie et en Alsace même, aux temps préhistoriques.
LES BfATÉRIAUX DE CONSTRUCTION 153
comme de nos jours en Bulgarie danubienne ou en Dobroudja, le lœss a servi d'habitat. On est moins surpris de constater l'emploi combiné du pisé et du roseau dans les palissades construites par les Chinois en Asie centrale. Mais il manque à ce mode de construction ce qui donne essentiellement aux établissements humains leur signification géographique : la durée. Des villages et même des villes, dans les contrées sèches de Chaldée, de Susiane» du Selstan et de l'Asie centrale, ont emprunté exclusivement à l'argile et aux briques crues leurs maté^ riaux : des amoncellements informes avec des débris de poteries en sont les seub indices. Le nom arabe de Tetl, si répandu en Babylonie, signale dans ces plaines alluviales des monticules qui ne sont autre chose que des restes d'établissements humains. Les éboulements de ces murs, qui s'effritent faute de pierres en garantissant les saillies, forment l'obstacle contre lequel les innombrables particules sableuses qtt'ent;alnent les vents arides se déposent. Elles s'amoncellent bientôt en telles quantités que le tout finit par se confondre en une masse qui prend naturellement la forme d'une accumulation de matiért^ meubles. L'œuvre de l'homme a cédé ; la nature a repris possession du sol. Des cadavres anonymes de villes dormaient ainsi sous un linceul de poussière, quand Xénophon parcourait avec les Dix-Mille les plaines de Mésopotamie. SS
Notons en passant que cet état de dégradation n'est pas lui-même ^
une preuve certaine d'ancienneté reculée; car les agents physiques conspirent sous ce climat avec l'inconsistance des matériaux pour anéantir promptement toute forme vive et accentuée. Il ne faut pas non plus se laisser illusionner par le nombre de ces témoins qui peuplent aujourd'hui, dans les plaines de Chaldée ou du Sélïtan par exemple, fZ
les espaces presque réduits à l'état de solitude. Sans nier les effets M
d'une décadence qu'expliquent suffisamment les causes historiques, S
les établissements ont pu, suivant les hasards de guerres ou d'obstruc- ^
tiens de canaux, dépérir et se reformer en successions si rapides que les ^
calculs de populations qu'on fonderait sur leur existence simultanée seraient très probablement entachés d'erreurs.
Quand ce n'est pas par émiettement, c'est par éboulement que périssent les édifices de terre. L'^u est leur principal artisan de destruction. Les murs des villages persans tombent en liquéfaction sous les pluies d'hiver. Trop rapprochés des fleuves à mondation, Garonne, Loire, Rhône, Rhin, les murs en pisé et cailloux s'écroulent : la pierre seule a permis le contact des fleuves. Plus incorruptible que le bois et moins exposée aux incendies, plus apte que la brique à fixer les formes et à fournir des supports, la pierre garantit toute la durée compatible
avec l€t OBBvm de Hiomme. Si Ton compare les pays de k pierre, uàk autour de la MéditcrraBie, soit sur les plateau d'Amérique» soit dans Tlnde da Nord» i ceux oA la terre et la briipie ont régné ea mattressea» on est frappé d*un sinflalier contraste : les pynunkles de la quatrième dynastie se dressent presque aussi intactes qne loisqns les blocs en furent extraits des carrières da Molcattan ; cm cberche ea vain en Chaldée les traces de nombreuses viHes mentionnées par ks textes ; on a de la peine i situer en Mongolie la place de KaiakorounL De lares témoins des pistes qui y sillonnaient l'Asie centrale subsistent sous ionne de toun de pitnt dont parlait Ptolémée ; et c'est tout aa plus si quelques palissades de roseaux et de boue révëent çà et là A l'arcbéoiogne et au géograi^e les vestiges de ces voies commerdalei ou militaires qu'avait réussi à établir d'un bout à l'autre da ccmtiaeat la domination chinoise. Voyez au contraire le réseau des voies romaines presque entier sur le sol où il s'est incrusté. Ne seniit41 pas impossible de se taire une idée exacte des vieiDes ctyilisations américaines si l'on n'avait que le témoignags des moands ou tumuli en terre qui sont disséminés dans la vallée du IfiauBsipi ? Une mesure de ces civilisations nous est fournie au contraire par les vastes constructions pynimidaks et les édifices à gradins qui frappèrent d'étonnement les Espagnols chez les Mayas du Yucatan (Paknqui) ou chez les Quitchuas du Pérou fiyahuanaco i^ès du lac Uticaca), ou encore par les vestiges de la route pavée qui» à la façon des voies romaines» rdiait Guasco à Quito sur les plateaux du Pérou. La présence et l'usage de la pierre cakaire ou volcanique ont permis à ces peuples» Mayas» Aymaras» Quitchuas» etc.» d'imprimer sur le sol une trace indélébile qui a empêché leur nom dépérir.
t fl IL — Lik PIERRE DANS LA RâaiON MâDrrBRRANÉBNNX
L'édat de certains mat&iaux minéraux a fasdné le regard et tenté le travail de l'homme. 11 s'est attaqué aux matières ks pins dures» fût-ce même avec les instruments la plus inqparfaits» pour peu que leur poH et leur brillant eussent le don de séd^iire ses yeux. Le sUex n'a pas été seulement pour ks hommes des anckns Ages une arme taillée pour les besoins de k cause» mais une matière» dont l'industrie paléolitliique» en Suède par exempk» a su tirer des formes ciselées de haches et de poignards» qui passent pour des merveilles d'exécution. Le jade dans k Turkestan orfental» l'agathe» k jaspe» k serpentine et k cristal de roche au Japon et en Chine» k diamant dans l'Inde» l'obsidknne au Mexique et au Pérou, ont été patkmment travailléa
et icid]rtèt avec amoor. Let trèson portatiii des andens Japonak (magàtama) étaient de véritables écrins de ces pimes taillées. Le granit et le porphyre des sarcophages pharaoniques gardent, après quatre mille ans» leurs mouhires intactes et un pdi qui est une caresse pour VadL Le basalte a fourni au plus vieil art cbaldéen, ainsi qu*à celui de l*Égypte, une indestructible matiéiede statues. Les oeuvres d'art ont été des manitestatioos de luxe, et des voies de commères ont été tracées pour s*en procurer la matièfe. Par là peut-être l'homme a été conduit à la recherche des métaux : l'or en pé[dttes étincdantes ne fnt-fl pas le premier métal expl<^té T
Mais, pour le géographe^ la signification de la pierre constate surtout dans Temidol qu'en font les constructions humaines. Le granit qui s'écaille sous le pie ou le marteau, le scUrte qui se découpe en daDes trouvent leur emploi, mais la i^erre de construction par excellence est celle qui se laisse taiUer parledsean, découper en pans r^uBers, appareiller, et qui se prête ainsi aux diverses combinaisons de formes qu'imagine et crée l'art de l'ardhitecte. Les calcaires et, à un moindre titre, les grès, ont pu ainsi fournir des thèmes variés de développements artistiques. Un rapport s^étabUt entre la roche et les monuments. Les calcaires du Yucatan sont ins^Mirables des constructions mayas, de même que les grès qui bordent au Sud la vallée du Gange évoquent l'image des villes monumentales qui se succèdent de Ddhi à Bénarès ; O
comme les 0rès vos^ens celle des cathédrales et des châteaux de la vallée rhénane. C'est dans les grès que sont entaillées les nombreuses gravures rupestres du Sahara algérien, où se montrent les anciennes aptitudes artistiques de la race berbère ; le grès a conservé aux édifiées de Pétra l'étonnante intégrité de leurs moulures et de leurs orne ments. Les villages fortifiés des PueUos, dans le Colorado et le Nouveau- ^
Mexique, sont généralement construits en grès extraits du Ueu même. S
Si inmiédiat est ce rapport entre la roche et l'édifice que plus d'une Z
fois, de même qu'aux Baux en Provence, rocs et maisons se confondent ^
dans une blancheur aveuglante.
Nulle part l'architecture de la pierre n'a disposé d'un plus beau domafaie et n'en a mieux tiré parti qu'autour de la Méditerranée. Tandis qu'au Nord, les chahies de plissements tauro-dinariques courent en bordure du bassin oriental, les plateaux de Palestine et d'Arabie pétrie, de Lybie et de Cyrénalque lui font face au Sud. A l'Apennin taocèdent bientêt les chahies et plateaux de Provence, tandis que les montagnes des Baléares se continuent au Sud de l'Espagne jusqu'à TAtbs. Ainsi l'encadrement est presque complet Partout, si ce n'est lorsque les àilnvions deltaïques ont amassé des couches puissantes
Cf9
156 LES FORBfES DE CIVILISATION
d*humu8, la roche affleure» à peine saupoudrée de terre rouge ; la pierre blanche, sans cesse renaissante et renouvelée par la base, couvi^ de ses éclats la surlace. Elle a Tair de croître à la façon de l'herbe. Cette roche, généralement aisée à travailler dans les carrières ou Udomies, a la propriété de durcir ensuite à Tair libre, de conserver indéfiniment sous le dseau de l'ouvrier, dans les moulures des angles ou la cannelure des colonnes, toute la vivacité de ses arêtes. Lorsque au voisinage des massifs archéens, en Attique et dans les Cydades, à Carrare et dans les Pyrénées, le métamorphisme a agi sur la roche, elle acquiert une texture cristalline et marmoréenne. Le calcaire d'ailleurs se prête à la fabrication du ciment ; si bien que plus d'un précieux débris d'édifice antique a trouvé dans le four à chaux l'humble consommation de sa destinée. L'éclat du soleO et la patine du temps revêt ces marbres grecs ou italiens ou les travertins d'eau douce de la Campagne romaine d'une chaude coloration, qui ajoute ainsi l'effet du climat à celui du sol.
n faut aussi faire la part d'autres matériaux rocheux qu'a largement mis à contribution le travail de l'homme ; et notamment de ceux qu'a fournis, sous forme de laves, de dalles, de péperin, le volcanisme actif de la Méditerranée. Ce qui toutefois domine et a imprimé sa physionomie indélébile au paysage méditerranéen, c'est la pierre calcaire, que bien rarement la végétation couvre d'un tapis assez épais pour l'empêcher de paraître à nu.
Il ne manque pas autour de la Méditerranée de bois durs et résistants, capables de fournir de bons matériaux de construction. Dans les édifices égyptiens, comme dans les burgs d'époque mycénienne ou dans les plus anciens temples grecs, le bois est employé comme soutien , pour maintenir les murs. Que même la construction exclusive en bois
.'i ait été jadis pratiquée pour certains édifices, c'est ce que semblent
'I bien indiquer certains monuments sépulcraux de l'Asie Mineure ; le
;C classique temple grec à colonnes et à frontons n'est pas sans en offrir
^ des réminiscences. Mais la pierre a supplanté le bois.
L'emploi de cette pierre a pris, autour de la Méditerranée, tant de formes familières, eUe répond à de si multiples besoins de défense, d'abri, de conservation, qu'elle s'associe minutieusement aux occupations et aux habitudes. Elle fournit les matériaux des murs en gradins qui retiennent et amassent la terre sur les pentes ; et ainsi s'est généralisé, en même temps que les plantations d'arbres fruitiers, l'usage des cultures en terrasses qui sculptent, pour ainsi dire, jusqu'à 500 ou 600 mètres les flancs des montagnes. Assembler les blocs, en superposer les assises, en ajuster les angles rentrants et saillants de façon à former des murs épais et résistants, est un art essentiellement méditerranéen,
dont on peut observer encore à Tyrinthe et à Norba les vénérables origines. L'appareillage de la pierre y va de pair avec les cultures étagées d'arbres fruitiers et de jardinage. Aux clôtures épineuses des régions subtropicales se substituent au Maroc des enceintes de pierre (dedœrras), englobant les silos à bord cylindrique et à panses élargies, qui sont entaillés à même dans le sous-sol. Réservoirs à grains ou dtemes cimentées sont des aménagements pratiqués aussi bien en Syrie et en Palestine que dans rAfrique du Nord, et dans les temps bibliques comme de nos jours. La rpche, soit par les cavités pratiquées dans s«& flancs, soit par les matériaux extraits de ses carrières, ou même épars & la surface du sol, s'est prêtée aussi familièrement aux usages de la vie domestique, s'y est assouplie de mille manières, comme c'est le cas pour le bois et les matières végétales dans les régions forestières voisines de l'Equateur ou du cercle polaire.
On est amené par là à considérer la région méditerranéenne comme la patrie de l'art de la pierre d'où, après avoir enfanté sur place des types variés, il a rayonné en dehors. L'acropole hellénique, Voppidum itallote, le bordf arabe, la casbah berbère ont un air de famille ; elles procèdent des mêmes matériaux, affectent sur les cimes rocheuses les mêmes positions dominantes. On voit sur les côtes de Ligurie ou de Provence leurs murs croulants posés en nids d'aides pour surveiller au loin l'horizon. Les constructions de type mycénien, qiii faisaient O
Teffet d'antiquités aux Grecs des temps classiques, ne sont pas sans analogie avec ces enceintes fortifiées d'autrefois que l'on désigne du nom de nouraghes en Sardaigne méridionale, de talagots dans les
Baléares ; elles répondaient sans doute aux mêmes besoins de défense. Toute la vie antique de la Méditerranée a trouvé son expression dans h—
la pierre. La vieille Apulie, conune le pays de Chanaan, en portent So
encore l'empreinte. Des constructions cylindriques, s'amincissant «j
vers le haut en une série superposée de gradins, désignées sous le nom JT
de irullU parsèment les Murgie de la terre de Bari et d'Otrante. Elles c
se reproduisent sous forme plus élémentaire et plus primitive dans les constructions de hasard élevées sur les flancs de l'Apennin central, sur le Karst dalmate et jusque sur les côtes du Sud de la France. Parmi tous ces pays, l'Italie est à jamais marqpiée de refiigie de la grandeur romaine. Dans un ordre plus humble, ne reste-t-elle pas le foyer d'émission d'où les métiers de la pierre et du marbre se répandirent dans toute l'Europe ?
Nous n'avons pas ici à analyser les formes riches et diverses qu'a su, de ces linéaments primitifs, dégager l'art de l'architecte : de ces matériaux assemblés, il a édifié pyramides et pylônes, colonnes et portiques.
cintres et coupoles, tonte cette Hçraison nerveOleiise qa'ont exprimée tour à tour Tsit égyptien. Tait benèniqae, celni de Rome et de Byauioe. Ce n'est pas une leçon d*art que nous cherchons dans les monuments ou les ruines qu'il a laiméa sur le sol, mais un exemple de ce que peut la durée sur les établissements humains, et par eux sur ndstoire.
Thucydide, dans un passage souvent cité, remarque qpie si Athènes et Sparte tombaient en mines, celui qui ignoreraft leur histoire serait tenté, à la vue des monuments couvrant le sol, de s*exagérer Timportance de Tune et de rabattre celle de l'autre. Ce qu'il dit d'Athènes serait encore plus vrai de Syracuse, construite sur des rochers cal* caires, percés par les célèbres Latomits^ qui lui prêtent une grandeur presque sans exemple. Sur ces mamelons rocheux qui se succèdent de l'Achradina aux Epipote, à la petite lie qui fut le berceau de k dté, le regard embrasse un développement successif dont les étapes sont à jamais gravées dans la pierre. Ce genre de passé ne se laine pas
L'abondance et la béante des matériaux ont favorisé sur ces terres classiques une édosion de monumento telle que, même à Tétet de ruines, elles représentent un des enchatnemente les plus continus que permette la brièvete de l'histoire humaine^ La colline des Jébuséens devenue Jérusalem, l'Acropole de Cécrops devenue Athènes, la JRoma quadrata du Palatin, sont les noyaux de développements qui, à travers bien des vicissitudes, ont persiste aux lieux mêmes. Le cycle par lequel, sur un emplacement donné, la primitive enceinte murée, le vieil oppidum ont éte transformés en une ville qui, ellemême, a pu s'épanouir en un foyer de civilisation, en une œuvre d'art, î avec ses temples, ses portiques, ses théâtres taillés dans le roc, est la
^ leçon qui sort du sol même. Tout cela prend la forme et l'indestructi-
ik bilite de la pierre. L'avantege d'hygiène et de beauté que, dans nos
dimato de l'Europe centrale ou des Étets-Unis, la ville moderne cherche à se ménager par des parcs intercalés entre les bfttisses, des morceaux de forêts enchfissés parmi ses rues, la dté de pierre et de marbre des bords de la Méditerranée le demande à l'oinbre fratdie de ses portiques, aux dalles de marbre de ses édifices ouverte à l'air libre. Elle aime, comme ses héritières d'aujourd'hui, les sites dominants que vient rafraîchir à certaines heures la brise de la mer voisine, les hauteurs que n'atteignent pas les miasmes, les cimes battues par les vente salés.
Lorsque la vie puissante qui a palpité entre ces édifices de pierre vient à diminuer ou à s'éteindre, les ruines permettent encore d'en saisir l'ensemble. Le mot par lequel les anciens auteurs croyaient
exprimer k comUe de ranèantkteiiiCBt : diam pertere mbm, n*m pas de sens id. La forte vhraee de eette ehriUsation méditemméenne tient en partie i cette continnité qui en matérialise lliistoire, qui en perpétue les traditions par le commentaire perpétuel des monuments et des mines. La plupart des villes méditerranéennes qu*a connues Tantiquité se sont enracinées au point de continuer leur existence : les unes sans intenruption comme Marseille» d*autres avee des éclipses. Du moins» quand leurs destinées historiques mit été remplies» une sorte de vie latente a survécu sur place à la vie ^[Muiouie» L'attachement au site persiste grftce aux matériaux assemblés, et i leurs d^Mns. Salone détruite revit dans Spalato. Des villages se nichent dans les ruines d*Antioche ou d*Éphése. Les catastrophe historiques qui ruinent les villes ne réussissent pas à extirper des Houx où elles avaient pris radne les germes d'établissements humains. Ceux-ci persistent sous des formes plus modestes, à taille réduite, comme il arrive aux arbrisseaux du sous-bois de succéder à la forêt détruite. Cette association de l'idée de durée avec la construction de pierre est profondément ancrée dans l'esprit humain. On voit en Asie Mineura dans les contrées calcaires de Carie et de Lyde beaucoup de monuments funéraires d'époque hellénique, sur lesquels on lit ces mots : o(xoç alctivtof. L'expression de t maison étemeQe • appliquée i la tombe se justifie par la durée qu'elle emprunte au roc dans lequel elle est taillée, ou à la pierra avec laquelle die est construite. Dans les monuments sépulcraux d'Egypte ou de Mauritanie, l'oigueUleuse revendication d'éternité cherche à s'affirmer par la mise en oeuvre colossale de blocs dont l'accumulation défie le temps. Dés que l'homme a prétendu communiquer à son existence ou à sa mémoire un surcroît de durée, étendre sa personnalité au delà des bornes que sa courte vie lui refuse, c'est à la pierre qu'il a eu recours.
m. ** LE BOB ET LA PIERRE DANS L'EUROPE CENTRAUB ET OCCIDENTALE
C'est de l'archéologie que de parler, d'après Strabon, des maisons cylindriques que les Gaulois construisaient en poutres et en claies d'osier et qu'ils recouvraient d'un toit de chaume. Même établis au Sud des Alpes ils y avaient transporté les habitudes contractées dans les régions forestières de l'Europe centrale.
Le bois remplaçait pour bien des choses la poterie et la céramique méditerranéennes ; les Gaulois cisalpins opposèrent leun fotailles en chêne « hautes comme des maisons i aux jares et amphores de leurs
voisins d'Italie ; de même qu'aujourd'hui les bahuts et les annoires de chêne de nos campagnards excitent la surprise de maints étrangers. Le règne du bois comme matériel de construction a été plus général et a persisté plus longtemps dans l'Europe centrale que dans la région méditerranéenne. Les maisons gauloises que dépeint Strabon ressemblent aux huttes cylindriques que figurent, sous la torche des légionnaires, les reliefs de la colonne Trajane. Les Daces ne connaissaient pas d'autres masures. Quant aux Germains, dit Tacite, ignorant le ciment et la brique, ils usent d'assemblages informes de matières, t materia ad omnia utuntur informi ». Il n'est pas interdit de deviner, sous le vague de ces expressions, l'enfance d'un art de construction qui était destiné à prendre de plus en plus d'importance. Ces grossiers bitisseurs avaient recours à cet assemblage de torchis et de bois, qui s'est perpétué en se perfectionnant et se diversifiant, notamment dans une grande partie de la France du Nord et de l'Allemagne.
Le bois usité comme charpente, avant de l'être conune ornement,
servit à maintenir, contre les intempéries de climats moins tolérants
que ceux des régions sèches, les fragiles parois de Icess ou de limon
que fournissait le sol. Une combinaison originale est née de l'union
de ces deux matières différentes, l'une douée de résistance au feu,
l'autre servant à garantir contre les pluies la solidité de l'ensemble.
L'élégante et riche Normandie, la Picardie voisine, ont tiré de bons
effets de ces combinaisons : sur un soubassement emprunté aux silex
de la craie, les poutres entrecroisées tracent sur l'assise en pisé des
dessins géométriques. Ce type de construction, tel que les Allemands
le désignent sous le nom de Faduverk^ a engendré ailleurs de nom-
f breuses variantes qu'on peut suivre à travers les maisons rurales ou
'< villageoises d'Alsace, de Souabe et de Franconie. Toute une Europe
'n^ plus forestière jadis qu'aujourd'hui revit et se dépeint dans ce dévelop-
pement pittoresque d'un art de construction dont les informes débuts ne pouvaient qu'exciter le dédain des Méditerranéens, habitués dès lors aux édifices de pierre et de marbre.
Parmi les applications multiples auxquelles les essences variées de nos arbres à feuilles caduques ont donné lieu, — mobilier, ustensiles agricoles, charronnerie, vannerie, etc., — il faut donc compter au premier rang leur rôle comme pièces de charpentes dans les constructions. Ce n'est pas seulement la maison de paysan qu'a consolidée une armature de chêne ; lorsque l'art de nos contrées, dans la France du Nord, se haussa jusqu'à ces édifices de pierre dépassant par leurs dimensions le temple grec et la basilique romaine, d'immenses charpentes de chêne, ou de châtaignier fournirent une partie de l'ossature
intérieiue des cathédrales ou des halles qui se dressèrent de Chartres à Ypres. Des forêts aussi bien que des carrières de pierres ont passé dans ces constructions.
Ce serait forcer la vérité que de chercher dans la physionomie actuelle de l'Europe, des classements régionaux fondés sur les matériaux de construction. On peut opposer à la rigueur, conune le fait Soloyief, en se bornant aux traits généraux si distincts encore en Russie» une Europe du bois qui est celle du Nord à une Europe de la pierre qui serait celle de l'Ouest et du Sud.
Dans cette Europe de l'Ouest, les diversités du sol ont, dès l'origine, introduit dans les matériaux et par suite dans les modes de construction, des diversités que le temps n'a fait qu'accroître. Les mouvements de peuples sont intervenus pour transplanter d'autres habitudes ; car l'homme se transporte volontiers avec sa coquille ; il cherche partout à acconmioder sa demeure suivant ses occupations et ses propres goAts. L'Anglo-Saxon, conmie l'Espagnol, ont transporté en Amérique chacun ses modes favoris de construction et ses dispositions JbmiUères d'habitat. On distingue parfois côte à côte des diversités voulues. C'est ainsi que* dans l'Europe centrale, on a pu, avec un peu d'arbitraire, classer les types de construction rurale d'après les tribus d'occupants germaniques, qui s'y taillèrent, entre les Slaves et les peuples de civilisation romane, leur domaine propre.
On s'exposerait à de fréquentes erreurs en faisant de la nature du sol la règle exclusive des types de construction. Cela même est moins vrai que jamais aujourd'hui, par suite des facilités de transports et de fabrication industrielle. Si de toutes parts, dans les campagnes conmie dans les viUes, la brique et le fer, fabriqués en masse et à bon compte, tendent à remplacer tous les autres matériaux, c'est le règne oniverael des grandes puissances de l'heure, la houille et la métallurgie, qui se trahit par ces signes. La part qui reste néanmoins aux diversités et individualités' régionales ne sera jamais entièrement abolie. Il y a, même dans cette Europe si transformée, des domaines où prévalent, en vertu des lois du sol, l'usage de la terre, ou celui de la pierre, ou celui du bois, sortes de provinces naturelles qui maintiennent à peu près leurs limites.
Le chalet est un type étroitement uni aux Alpes. Combinée avec les larges dalles de schiste qui lui servent de soubassement, empruntant au bois les poutres de sa charpente, les lamelles imbriquées de son toit, cette construction caractéristique règne depuis la Savoie jusqu'à TAutriche. Sous d'autres formes, la maison de bois prévaut en Bosnie et en Serbie même jusqu'aux environs du mont Kopaonik. La r^on
Vidal-Lablacrb, Géogiapliie huinaiiM. 11
des grands bois de chênes qui borde au Sud le cours de la Save, est restée en majeure partie fidèle aux matériaux offerts par le sol. L'âevage et les pratiques de constructions s'unissent, pour ainsi dire, dans un même commentaire géographique.
Les contrastes sont visibles et persistent plus qu'on n'est porté à k croire entre les régions où la pierre abonde et celles où elle manque. Le temps est passé, il est vrai, où» dans les sables et tourbières de la plaine germanique, des chaussées de bois, pontes longU tenaient lieu de routes, liais ces matériaux de fortune, pisé ou terre mâangée de paiUe hachée, terre et cailloiix roulés en couches alternantes, limon avec soubassement de silex, lœss et entrecroisements de poutres, représentent des combinaisons variées pour suppléer à la pierre de taille. Ainsi, la Beauce, terre de limon, s'obstine à conserver ses maisons en pisé à toit de chaume. En Champagne, le temps n'est pas loin où les masures en pisé, assujetties tant bien que mal par des solives de bois, disparaissant presque sous la couverture de chaume, régnaient là où luisent aujourd'hui les maisons de briques aux toits de tuiles.
L'architecture a consacré ces difFérences. De grands monuments sur lesquels plane un souflQe d'art singularisent aujourd'hui les contrées du hmon et de la brique. Le pays toulousain s'oppose au pays bordelais, de même qu'aux marbres de l'Ardenne, aux pierres de l'Ile-de- France et de la Normandie, s'oppose l'argile de Londres et des Flandres. De beaux édifices de briques se dressent à Âlbi et Toulouse. L'architecte s'est efforcé en ces lieux de réaliser l'aspect monumental, et, i par le seul moyen des ressources qui s'offraient sur place, d'élever en
' i quelque sorte la bnque à la dignité de la pierre. Ifais ceUe-cî a l'avan-
'i/ tage de la plasticité et de la vie. La beauté de la matière s'unit à la
2 perfection de l'art dans ces édifices dont Caen s'enoigueillit et qui
^ semblent sortis d'un seul jet de ces carrières normandes dont les blocs
servirent à bâtir les cathédrales d'outre-mer.
Naturellement, c'est moins dans les édifices d'art, capables d'attirer de loin les matériaux de provenances diverses, que dans les bâtisses ordinaires que se grave l'empreinte du milieu. La France doit passer, parmi les contrées de l'Europe transalpine, pour la plus favorisée sous le rapport des matériaux de constructions. La remarquable extension des roches calcaires d'âge crétacé ou jurassique imprime aux constructions qu'elles ont attirées sur leurs emplacements des marques très caractéristiques. Les cavités creusées de main d'homme qui entaillent les escarpements de craie tuffeau le long des vaDées tourangelles de la Loire, de l'Indre et du Cher, désignent, quand
elks ne subsistent pas elles-mtaies comme habitat, le noyau d'où se sont détachées ks blanches maisons qui s'alignent k long de leurs parob. Les assises de calcaire qui ont fourni à Paijs la beUe pierre que k temps recouvre d'une fine et grise patine, soulignent la rangée de beaux villages échelonnés du confluent de l'Oise à l'Ide- Adam, ou encore ceux qui se suivent k long des découpures qui dMent au Nord, entre Soisspns, Noyon, Coucy et Laon, ks plateaux de l'De-de-Fïance. L'air monumental répandu sur ks contrées se reflète en rniDe détails, miroite dans ks ]dus humbles constructioDS ; il tient & la qualité de la pierre extraite sur place. Là aussi, à côté des erenffei et carrières que llumune ne s'est pas toujours déddé à abandonner, maisons à pignons taillés en gradins, à poternes et à croisées sculptées, à kuqges et beaux escalkrs, montrent la familiarité précoce des habitants avec une matiéie qui se prêtait dodkment au modelé. Fins foncés de ton, ks calcaires du bassin de Lorraine et de Bourgogne eonmmniquent aux villages serrés qui pressent leurs maisons au pied des cAtes, une tonalité plus sombre, à kquelle les dalles de même nature dont l'imbrication forme le toit, ajoutent une note d'austérité. La maison jurassienne élaigit ses flancs, amplifie ses façades sur ks plateaux que percent de toutes parts ks blanches écUsses des roches. La maison en pierre est, dans ce cas, conmie une diose incorporée O
au sol même ; elk fait partie de cet ensemble d'indices par ksqneb S
se caractérise une pfaysicmomie de contrée.
La marche qu'a suivie en Europe k civilitotion, des bords de k O
Méditerranée aux confins des régions f<Mrestiéres du Nord, est jalonnée ^
par des constructions de pierre. C'est un mélange de pierre et de 3
dment qui a permis au réseau de voies romaiiies de traverser ks siédes, ^
et sous ks noms de estrades ou eslrées, chemins ferrés, perrés, 9oie ^
de la Péreuse, etc., Hœhstrasse ou autres vocables non moins signi- ;
ficatifs, de servir de guide, longtemps de modèle, à k circuktion S
moderne.
A travers l'Aquitaine, du Quercy au Poitou, k bande de beBe pierre calcaire se signak par l'abondance d'andens sites fortifiés, oppida ganhns, ch&teaux-forts, enceintes murées, etc., qui s'échelonnent depuis les sites &meux d'Uxellodunum et de Cahors, jusqu'à La Rochefoucauld et Angouléme, et de là vers Ijisignan et Poitiers, formant comme une ligne d'architecture militaire et féodale. A travers k Boorgogne et k Lorraine k bande septentrionale de k grande boude calcaire trace une série analogue de sites fortifiés auxquels s'accrocha de bonne heure une cristallisation d'établissements humains : depuis Reaa jusqu'à Alise-Sainte-Reine, de vieux sites fortifiés k jalonnent
164 LES PORBfES DE CIVILISATION
en Bouigogne ; elle signale» de La Marche à Vaudëmont, les confins guerriers de Lorraine. Là» pins tard» et pour les mêmes causes» naquit cette floraison d'architecture dont Quny fut le foyer» et dont Véf^ae de Vézelay» sur la colline calcaire en vedette auprès du Morvan» demeure le principal témoin. L'Angleterre échelonne la plupart de ses plus anciennes villes fortifiées (Chester) ou de ses passages flu* viaux (Oxford) le long des collines calcaires qui enserrent le bassin de Londres» ou des hauteurs qui» par Lincoln et York» s'avancent au Nord jusqu'au cap Flamborough. Ces lignes de constructions ont mis en saillie l'ossature politique des contrées. A travers la Souabe et la Franconie un trait analogue est fourni en Allemagne par la lone qui va de Bftle à Bamberg : ce n'est point par hasard que, sur les pror montoires ou contreforts qui la hérissent» on rencontre les sites de chftteaux-forts que les noms de Habsbourg» Hohenstaufen» Hohenzollem ont rendu célèbres. Au Nord-Ouest du Harz les coteaux calcaires du voisinage de Hildesheim s'associent à la cité dont l'architecture et les monuments représentent ce qu'il y a de plus ancien et de plus remarquable dans l'Allemagne du Nord.
Les conquêtes de la pierre sur le bois ont marché de pair avec les progrès de la civilisation. Les xii« et xiii^ siècles» qui virent renaître l'ordre et la sécurité en Europe» furent aussi les époques du triomphe de la pierre. C'est alors que se dressent les cathédrales» que, sur la Seine à Paris» sur la Tamise à Londres» et ailleurs» des ponts de pierre remplacent les ponts dé bois primitifs. A Avignon» Pont-Saint-Esprit» sur le Rhône les confréries de « pontifes » sont à l'œuvre. Déjà sous Charles le Chauve les fortifications de Pont-de-l' Arche avaient barré le fleuve aux incursions normandes. Les ponts de pierre ont stabiUaé les passages» endigué les invasions» fixé la géographie politique» de même que ces tours et ces murailles qui» dans les vieilles estampes, dessinent invariablement les figures de villes. Pendant longtemps au contraire l'Orient et le Nord restent à l'écart. Dans la Russie boisée qui s'étend au Nord du 55^ de latitude ou dans la Finlande» comme généralement en Sibérie encore de nos jours» il n'y eut guère que des villes de bois» que l'incendie pouvait dévorer à tel point que les habitants fussent tentés d'abandonner le site. Des villes comme Bolga sur la Volga» Julin ou Vineta sur la Baltique» Biska en Suède» ont disparu sans laisser de traces. Rien de tel n'était possible dans cette Europe qui» de bonne heure, d'Oxford à Prague» inscrivit sur le sol ses monuments de pierre, s'incorpora d'un trait définitif au sol.