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IV. — LE BOIS DANS L'EUROPE SEPTENTRIONALE

Un dés changements les plus notables dans la natnre végétale est celui qui fait graduellement succéder vers le Nord les forêts de conifères aux essences variées qui r^ent dans les moins hautes latitudes. Peu à peu» les arbres qui avaient été pour les hommes de précieux auxfliaireSy le chêne, qui eût mérité dans la zone tempérée froide de succéder à Tolivier comme roi des arbres, et, avec lui, le frêne, si précieux encore pour la charronnerie et l'outillage agricole, l'if, que sa flexibilité réststante rendait apte à tant de services, si bien que son domaine semble avoir été réduit depuis les temps préhistoriques par une exploitation sans mesure, disparaissent, comme avaient déjà disparu le buis, le chfttaignier, le noyer. Ce cort^e varié fait place à rnniformité des pins, épicéas et mélèzes, hôtes des forêts presque dépourvues de sous-bois. Parmi elles^ se glissent pourtant à la faveur des clairières et des vallées fluviales quelques espèces feuiUues : peuplier, aune, sorbier, le bouleau surtout qui, vivace et résistant, étend son aire de la Sibérie à la Scandinavie, du Canada à l'Alaska, tout le long des surfaces continentales qui bordent le pAle arctique. La nature s'appauvrit ; l'installation de l'homme devient plus lente et plus diffi- S

cfle ; les arbres fruitiers cessent d'accompagner les habitations. C'est ^

environ entre 55^ et 60o en Europe, vers 50^ en Amérique, que se prononce le changement.

Cependant cette nature, si appauvrie qu'elle soit, n'est pas stérile. q

Des ressources nouvelles se substituent à celles qui font défaut. Dans ces forêts jde conifères, les troncs gorgés de résine livrent aux cons- «

tructions -des matériaux incorruptibles. La * souplesse du bouleau, ô

son écorce légère et élastique se prêtent à des usages presque aussi j

variés que ceux du bambou dans d'autres latitudes. Le caisson de bois T

qui glisse et traîne sur la mousse entre les arbres clairsemés, le canot j

que Ton transporte par-dessus les seuils déprimés d'un bief de rivière à un autre, sont des applications originales qu'en a tirées l'ingéniosité humaine. C'est surtout dans les instruments de transport que se manifeste d'abord cette originalité : chose naturelle en des contrées où les déplacements saisonnaux ont été et restent encore en partie une condition d'existence. Le reste suivra avec les progrès de la civilisation. Mais les notions réunies sur l'ethnographie des peuples primitifs, tribus finnoises du Nord de la Russie, indigènes de l'Amérique septentrionale, montrent suffisamment déjà qu'en dépit de difficultés que ces contrées opposaient à l'homme, l'occupation y fut assez ancienne

et invètèrte pour avoir créé, là comme aOIean, un matériel spécial de civilisati<Mi en bannonie avec la nature ambiante.

La civilisation moderne» sous sa forme la |das envahissante, celle de l'industrie, assi^ cette zone avec une intensité dont eDe est loin jusqu'à i^ésent d'avoir donné les mêmes preuves dans la zone tropicale. Bien peu des produits végétaux que produit la nature forestière équatoriale ont été encore utilisés par nos grandes sodétés modernes ; au contraire, les ressources forestières du Nord sont depuis longtemps entrées dans la circulation générale. Ce n'est [rius aux besoins seuls des habitants, mais à la consommation grandissante de notre industrie qu'ik subviennent. En même temps, les ressources du sol sont exploitées. Les mines l'étaient dans les temps anciens par les Tchoudes du Nord de la Sibérie ; le fer l'est aujourd'hui dans les parties les plus septentrionales de la Scandinavie. De plus en plus, '.ntrent en jeu les immenses résoves de forces que recâoit les masses d'eau accumulées dans ces contrées ; aussi voyona-nous avec étonnement s'ajouter aux dtés historiques de Moscou, Pétrograde, Stockhcdm, de nonvdles créations et poincbe de nouvelles pépinières urbaines en Finlande, en Scandinavie, en Colombie britannique, là où jadis végétaient avec peine des embryons d'ag^omérations humaines.

La physionomie des villes et même des contrées se transforme rapidement sous l'influence de la brique et du granit. Toutefois, les conditions intrinsèques n'ont pas dit leur dernier mot. Sous ces climats rigDureux où l'hiver se prolonge pendant 7 ou 8 mois, la nécessité de retenir la chaleur assure aux constructions en poutres, malgré les dangers d'incendie, une préférence justifiée. La plupart des vilks russes du Nord ont renoncé à leurs palinades et enceintes de bois. Cependant, beaucoup de quartiers restent fidâes aux anciens matéu riaux, même à Moscou. C'est surtout le cas pour les habitations rurales.

«^ En Norvège, sous le ciel mouiUé et lumineux par édairdes, un des

éléments qui piquent une note claire dans le paysage, c'est la maison dont les parois peintes en rouge brillent au s<deiL Si vous entrez, de ces parois luisantes, de ces planches bien unies, s'exhale une odeur résineuse. Le village du Nord de la Russie tourne vers la large rue qui constitue son axe, les pignons ouvragés et ornés de vives couleurs de ses maisons de bois. Vizba russe a supplanté, en effet, avec le progrès de la culture et du bien-être, la nidimentaire et fruste kuta finnoise, dont les toits bas de branchages et de terre sourdent encore çà et là dans les coins écartés de la r^ton marécageuse. Le plancher de bois a remplacé dans l'izba russe le sol de terre ; les fenêtres et les ouvertures ont donné passage à la fumée et à la lumière ; des bancs

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le long des murs et des cloisons de planches divisent la demeure en plusieurs compartiments. Avec les chambranles découpés et peints qui encadrent les fenêtres, la girouette en forme d'oiseau qui surmonte le toit, la maison s'égaie et prend un air pittoresque. Elle paraît bien ce qn'eUe est réellement, une création inspirée des lieux ; on sent que, sur elle, s'est exercée avec prédilection l'adresse et la fantaisie du constracteur. L'art que le moujik a appliqué à se construire, avec les matériaux qu'il avait à sa portée, une demeure confortable à ses besoins et à ses goûts, est le même qui fait que sous sa main, sans autre instrument que la hache, le bois prend les formes les plus diverses, se prête aux usages les plus multiples. Le moujik est né charpentier par le besoin, l'habitude héréditaire, en vertu des conditions de la nature ambiante, mère de ces nombreuses industries domestiques restées chez lui encore si vivaces. « On ne se figure pas tous les objets qu'il peut fabriquer avec du bois et dans lesquels il n'entre pas un atome de fer », dit avec une nuance de regret un métallurgiste. C'est dans i'izba russe, la maison finlandaise en Scandinavie telle que l'ont faite plusieurs géntoitions de paysans, avec leurs cofitres en écoroe de bouleaux« leurs étagères à images et leurs principes de décoration pittoresque, que se manifeste l'expression la plus directe d'un genre de dvilisation autonome, née au sein d'une nature ingrate. La maison Cg

n'est-elle pas en tout pays l'un des signes fidèles de la mentalité de celui qui l'habite ?

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