RiCBTROFSN, China^ I, p
4'habitation ; et dans cette Chine où le déboisement a partout marqué ses stigmates, où il ne reste à Tarbre partout pourchassé que quelques refuges» autour des temples, ou de ces tombeaux de familles qui abondent dans la province essentiellement chinoise de Ho-nan, les haies de bambou» peupliers, mûriers qui encadrent ces fermes du Szétchouan, donnent çà et là la réminiscence de la forêt disparue.
Mais quelle que soit la forme de l'habitat rural, fermes, hameaux ou villages, la zone en est restreinte en Chine, comme les modes d'exploitation qu'on y pratique. Des vallées et des plaines qui sont ses lieux de prédilection, elle gagne péniblement à l'aide de terrassements tout ce qu'elle peut conquérir sur les colUnes ; mais l'absence d'élevage met une restriction à ses empiétements. De là ces contrastes qui prêtent à illusion. Â la multitude de hameaux ou villages qui se pressent dans les vallées irriguées ou près des embouchures fluviales où l'adoucissement de la pente et le jeu régulier des marées facilitent l'aménagement des eaux, succèdent parfois de grands espaces inutilisés. Nous avons noté que des intervalles existent dans les régions arides ou semi-arides des bords de la Méditerranée ; mais l'explication ici ne vaut pas, puisque c'est précisément dans les régions arrosées de la Chine centrale et méridionale que s'intercalent des espaces où l'habitat se raréfie, ne se montre que sous ses formes les plus rudimentaires. Un fait social, tenant à des habitudes agricoles invétérées, concentrant toute l'ingéniosité et tout l'effort sur les cultures qui défraient les besoins de nourriture, de vêtement et d'éclairage auxquelles s'est accoutumée la société chinoise ; telle est et restera, du moins jusqu'à nouvel ordre, la cause de cette répartition singulièrement exclusive, qui ne répond à rien d'impératif dans les conditions physiques. Bien plutôt elle exprime un stade ancien, fixé dans une perfection précoce et auquel un isolement séculaire a servi de préservatif.
A ce point de vue nous ne sortons guère de Chine en passant au Tonkin. Le delta y fourmille de villages analogues entre eux, très voisins et se reproduisant à des centaines d'exemplaires, comme un type de colonisation. Le site en est circonscrit par les casiers naturels formés par les bourrelets des fleuves \ Entre les digues élevées contre les inondations, de petits compartiments s'inscrivent où l'eau s'accumule avec les pluies d'été dans des arroyos, des mares, des étangs en partie artificiels. C'est là que l'Annamite du delta a constitué son village ; avec ses maisons en pisé, ses étangs, ses mares, ses jardinets
1. Chassionbux, Uinigalion dans le delta du Tonkin (Revue de Géographte^ t. VI, p. 44, fasc I).
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de légmnfift et la lisière de bambous, interrompue de portes, qui lui sert d*abri ou de défense, il forme un tout. L'autonomie de oé petit monde est garantie par la réunion de tous les organes de culture, de défense, de réserve et d'assurance contre la sécheresse. Ce cadre n'est qu'en partie artificiel. Ces cuvettes où l'on recueille l'eau des pluies sont, comme les fahis du Bengale, dérivées des flaques que, chaque été, les pluies et les inondations laissent après elles. D a suffi d'en consolider les contours, d'en régulariser le régime pour pratiquer un aménagement minutieux, tout à fait proportionné aux forces de main-d'oeuvre, aux procédés et aux instruments de culture dont disposent ces petites communautés. L'unité sociale sur laquelle est fondée la société annamite trouve dans ce cadre une expression adéquate ; c'est elle qui ridait en menue monnaie la richesse apportée en lingot par les fleuves.
L*Inde. — Abstraction faite des vastes plateaux du Centre où persistent les modes les plus rudimentaires d'établissements, l'Inde est par excellence un pays de villages. Dans cette immense agglomération d'hommes les cités ne prennent que 2 ^/o de la population ; et l'habitat rural se présente surtout sous forme de villages. La disse- ^
mination par hameaux ou par cases ne prévautque dans leBas-Ben^e, S
où de toutes parts, les groupes s'éparpillent entre des haies de bambous, ^
et sur la lisière étroite de Malabar et de Travancore, r^ons où l'abon- g
dance des pluies et la présence universelle des eaux permettent et favorisent l'éparpillement. r
Le village se montre au contraire très ag^oméré dans le Pendjab, si populeux, si complet, avec son organisation et ses corps de métiers, '
si bien drconsérit par des murailles de terre, qu'il ressemble à un campement de tribu. Entre les croupes herbeuses où l'élevage, les marchés, les foires entretiennent le mouvement (bas-pays ou Khadar)^ le captage des crues dans les vallées au moyen de dérivations élémentaires, le forage des puits au voisinage des monts, tiennent la population concentrée. Le rapprochement des genres de vie différents et hostiles se marque dans le mode de groupement. L'habitat se délie davantage, devient plus libre, dans la grande plaine de la Djumna et du Gange jusqu'à Allahabad et Bénarès. Non loin des frontières menacées et des marches d'invasions, le village a laissé se relâcher la rigueur de l'ancienne organisation en communauté ; les collectivités qa'fl groupe sont moindres numériquement. Elles sont aussi plus voisines ; l'intervalle qui les sépare n'atteint pas en moyenne 2 kilomètres ^.