‹ Principes de géographie humaineChapitre 78 sur 129 · IV. — CONTACTS PAR INVASION ET OPPOSmON DE GENRES DE VIE · texte numérisé non relu

IV. — CONTACTS PAR INVASION ET OPPOSmON DE GENRES DE VIE

L'Europe ocddentale montre un développement à peu près continu. D n'en a pas été de même en Afrique du Nord et en Asie, au seuH de la zone des déaerts et des steppes. Depuis le Maroc jusqu'à l'Inde, depuis la Russie jusqu'à rArabie,^le8 sodétés n'ont pas cessé d'être en rapport ; mais le contact a été le plus souvent hostile par l'oppoaition des genres de vie. De grands empires se sont élevés, depuis cdui des

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Penés jusqu'à celui des Arabes et des Mongols. L'islam a étendu son vaste domaine. Mais aucun de ces empires n'a disposé de la série des temps au même degré que la Chine ou que Rome» continuée par le dnistiahisme. Les invasions arabes, turques, mongoles, ont interron^u le lien dans l'Afrique du Nord et en Espagne, en Asie Minenre* en Perse, dans le Nord de l'Lide, aussi bien que sur les bords du'Dnleper et de la Volga ; elles ont été un hiatus dans le développement normal des sociétés ; elles ont amené une déviation, d'incessantes nécessités de recommencement. Si ces migrations, dont nous entretient déjà Hérodote, et qui, surtout du iv^ au x* siéde de J.-C., s'écoulent sans arrêt de l'Altaf à l'Asie occidentale, ont cessé en grand depuis un néde ou deux ; elles se poursuivent en petit entre tribus, entre dans et villages voisins : de Kurdes à Arméniens, d'Albanais à Slaves, de Bédouins à Fellahs.

^ Cependant, à travers ces vicissitudes, on observe la persistance à

^T peine marquée d'andennes dviUsations : l'Egypte, sous ses travestisse-

k.^ ments successifs, garde dans sa race sa physionomie de sphinx. Le

Persan vit de ses souvenirs et de ses poètes. L'Asie Mineure, le Nord

de la Perse, le Turkestan, ont été c turquifiés », mais comme les mœurs

helléniques apparaissent à Athènes sous le crépissage turc qui s'écaille,

V il n'est pa9 impossible de découvrir le fond de dviUsations andennes

r2 qu'ont liasse en Asie Mineure les Thraces, Phrygiens, Hittites, Ara-

A méens, comme en Arménie et Iran, tous ces vieux peuples fondateurs

de sanctuaires et de monuments. Les vieilles religions naturalistes de w:? Syrie se sont émiettées en sectes diverses.

j^ Ce que les invasions ont imposé çà et là, c'est la langue, vêtement

r^ extérieur. Encore même, pour suffire aux exigences d'une vie plus

^ compliquée que celle des steppes,, les dialectes turcs, tartares qui ont

remplacé dans le Nord de l'Iran, et des deux i^fttés du Pamir, les dialectes iraniens, ont-ils dû faire de larges emprunts au persan et à l'arabe. Quant à la langue du camp, l'Urdu, formée autour des souverains mongols de Delhi, elle n'est autre que la langue hindoostani imprégnée de vocabulaire persan.

L'islam, malgré ses cadres simples et rigides, n'a pas échappé à la loi : il s'est transformé suivant les milieux qù il s'enracinait : maraboutique en Berbérie, chiite en Perse, altéré dcns l'Inde au contact de l'hindoùltaie. Il a évolué suivant les milieux.

Le résultat a été un fractionnement de religions en sectes, de nationalités compactes en poussières de nationalités. Arméniens, Pârsii, Jui&, Syriens sont des débris de peuples, dont l'axe s'est délacé. Le commerce, l'industrie sont devenus leur monopole, conune autre-

i<ns cehii du Phénicien et des Grecs autour des vieilles civilisations d'Egypte et d'Aasyrie. Ce sont des essaims qui vivent et pullulent en marge de grandes sociétés et rendent le service d'entretenir, entre des corps tendant à Tinertie, un reste de circulation.

Contre ce fractionnement réagit l'époque présente. D'hier seulement la balance penche de nouveau. L'Afrique du Nord, l'Asie centrale, l'Inde et l'Egypte sont entrées dans le cercle des grandes dominations. La Turquie et la Perse sentent le cerde se refermer autour d'elles.

Y. — GONTAGTS PAR LE DÉVELOPPEMENT DU COMMERCE MARrTDŒ

Sur un autre point la vie se rallume. Le monde occidental n'avait eu que de rares et lointaines échappées sur les grandes civilisations de l'Extrême-Oiient : le contact devient aujourd'hui plus intime et c'est une des plus intéressantes expériences humaines qui s'accomplit. L'Inde, depuis 1860 avec Lord Dalhousie, a été sillonnée de chemins de fer sous le contrôle d'une domination étrangère. Dans ces dernières années, le rail a pénétré en Chine. Depuis la date fatidique du 8 juillet 1853 où l'escadre du Commodore Perry parut à Yedo, le Japon s'est ouvert, d'abord à demi, puis largement ; il a inauguré son premier chonin de fer en 1872 ; aujourd'hui ses usines, sa science et jusqu'à son costume sont européens. Nul n'est parti plus tard et n'a marché plus vite. Cette métamorphose déconcerte et, cependant, il semble qae, cette fois encore, ce peuple n'ait fait qu'obéir à une loi particulière de son développement, que cette dernière mue soit une répétition de celle qui mit jadis le vieux Japon à l'école de la Corée et de la Chine. Lorsqu'au vi^ siècle de notre ère, le boudhisme pénétra au Japon, il accomplit une révolution semblable à celle que, dans notre Occident, le christianisme apporta au monde barbare. Sous ces emprunts, le Japon a jalousement conservé son originalité de peuple insulaire dans son cadre de montagnes et de découpures littorales, ses pèlerinages aux sanctuaires ombragés sous les cryptomerias, le goût de sa rie^ite nature fleurie et de l'art religieux qui l'interprète. Est-ce de ses avatars antérieurs qu*il a acquis sa singulière aptitude à s'approprier la science européenne, à s'assimiler ce qui lui a paru essentiel dans les civilisations extérieures ; nous serions fort embarrassé de dire s'il faut en faire honneur à des qualités de race, à sa composition ethnique, à sa position géographique ; notons seulement que le présent ne dément pas le passé.

Le cas insulaire du Japonais offre un frappant contraste avec l'attitude des civilisations continentales qui se sont enracinées, poussant

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des rejetons autour d'eUes : celle de Chine ou de l'Inde. Le commerce de l'Europe et celui des États-Unis font à l'envi le siège du Chinois : ils n'ont encore réussi qu'imparfaitement à introduire en lui de nouveaux besoins. S'ils y parviennent pour quelques articles, c'est à la condition de se plier à ses goûts et à ses coutumes. Habituée à répandre sa civilisation autour d'elle, à se considérer comme le centre du monde, la Chine se résigne mal au rôle de disciple. Elle se retranche dans sa mentalité oi^eilleuse. Aux idées subversives de l'Europe ou de l'Amérique, à leurs articles exotiques, elle, oppose sa morale, sa philosophie, ses traditions littéraires, ses habitudes domestiques, sa conception du luxe et du bien-être. Aux compétiteurs jaloux lui offrant qui ses cotonnades et ses machines, qui son pétrole, qui ses allumettes, elle a longtemps opposé un flegme dédaigneux. Elle cède cependant et corntj mence à prendre quelques marchandises. Le Chinois, disent nos

') Lyonnais, devient « un intéressant personnage économique ». Une

tu période de fermentation a commencé dont il est impossible.de prévoir

les étapes. Mais, de la Chine comme du Japon, on peut dire la même chose : l'imitation de l'étranger ne vient que du désir de se passer de lui, un sentiment de xénophobie en est le principe.

Au contact de ses maîtres britanniques, l'Inde a certainement évolué ; mais dans quel sens ? Tout ce que les Anglais ont tenté pour modifier par ce qu'ils croyaient avantageux la constitution sociale du pays, pour créer, par exemple au Bengale, une aristocratie tctr- ^•^ rienne en favorisant les zemindari au détriment des ryoUs (1793),

a échoué ou tourné à mal : ils ont réussi au contraire en s'appuyant

sur les organismes traditionnels, en développant le régime municipal, ^ en respectant les souverainetés indigènes. Les castes n'ont en rien

cédé de la prise qu'elles exercent. Tout l'édifice social est resté à peu prés intact. L'éducation, la presse, les universités, là diffusion de la langue anglaise ont affecté la mentalité indigène, mais dans un sens autre qu'il n'était prévu. Des médecins, des chirurgiens habiles ont pu se former parmi les indigènes ; l'axe de la pensée n'a pas été déplacé. Jamais l'attention des lettrés hindous ne s'est plus portée vers les anciens livres sacrés que depuis que la science européenne les a touchés du bout de son aile. Et quant au peuple, on a remarqué qu'un des principaux résultats des facilités données aux voies de communication, a été d'augmenter l'afiluence de pèlerins vers les vieux sanctuaires. Ainsi la branche tordue par le vent reprend sa direction première.

Une conséquence, et celle-ci capitale, de la domination britannique, se dégage dès à présent : c'est la conscience d'une certaine

unité de civilisation entre membres disparates qui s'ignoraient dans rinde d'hier.

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