‹ Principes de géographie humaineChapitre 8 sur 129 · I. — INÉGALITÉS ET ANOMALIES · texte numérisé non relu

I. — INÉGALITÉS ET ANOMALIES

Pour apprécier les rapports de la terre et de Thomme, la première question qui se pose est celle-ci : comment l'espèce humaine est-elle répartie sur la surface terrestre ? ou, pour serrer de plus . près, dans quelles proportions numériques en occupe-t-eUe les différentes contrées ? n est à présumer, en effet, bien que le critérium ne soit pas' infaillible, que l'homme, rare ou nombreux, en groupes denses ou clairsemés, imprime au sol une marque plus ou moins durable, que son rUe est plus actif ou plus passif, qu'il s'exerce en tout cas d'une façon différente.

Le géographe ne peut se contenter des chiffres que fournissent les statistiques officielles, n faut bien qu'il y joigne les données que peuvent. lui fournir des sources diverses, puisqu'il s'agit de déterminer, par la comparaison des espaces disponibles et des effectifs, jusqu'à quel degré est accomplie actuellement l'occupation humaine de la terre. Toutes les parties de la surface terrestre doivent entrer en ligne de compte ; ce qui, malgré l'insuffisance de certains renseignements, n'a rien aujourd'hui de chimérique. L'ensemble seul a une pleine signification; précisément par les différences, les contrastes et anomalies qu'il découvre. Ces anomalies ne laissent pas d'être suggestives. L'aire de répartition d'une espèce, qu'il s'agisse de l'homme ou de toute autre espèce vivante, n'est pas moins instructive par les

lacunes et les discontinuités qu'elle révèle» que par les étendues qu'elle couvre.

Oa estime que la population de la terre, en 1913, s'élève environ à 1.631.517.000 habitants K D'où il résulterait, pour rênsemble de la terre, une densité moyenne de 11 habitants par kilomètre carré : chiffre qu'on peut traiter de pure abstraction, car, entre le maximum attdnt par les civilisations avancées et le minimum réaUsé par les sociétés rudimentaireSy il ne correspond à aucune étape qui semble durable dans les contrées en voie de peuplement. Or, comment cette population est-elle répartie ? Les deux tiers des habitants de la terre sont concentrés dans un espace qui n'est que le septième de sa superficie*. L'Europe, l'Inde, la Chine propre et l'archipel du Japon absorbent à eux seuls plus d'un milliard d'habitants. C'est dans ce groupe de territoires, isolés les uns des autres, restés longtemps sans rapports directs, que se sont rassemblés tous les gros bataiUons. Un autre groupe, il est vrai, s'avance depuis un siècle à pas de géant : on compte, en 1910, plus de 101 millions d'habitants aux États-Unis. Ce chiflEre, toutefois, n'égale pas encore le quart de la population de l'Europe, à superficie à peu près égale.

Bien plus fortement s'accusent les différences, si on les calcule entre contrées situées au Nord et contrées situées au Sud de l'équateur. La zone tempérée est loin d'atteindre sans doute dans l'hémisphère austral la même étendue que dans le nôtre ; mais si l'on compare la population du Sud du Brésil, des États de la Plata, du Chili, du Cap, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande à cdle qui occupe des r^ons correspondantes et ni plus ni moins favorisées dans notre htoitsphère, la disproportion, malgré les accroissements récents qui modifient peu à peu la balance, reste encore extrêmemoit marquée. Il faut évaluer à 15 millions environ de kilomètres carrés, une fois et demie l'Europe, l'étendue des contrées tempérées de l'hémisphère austral ; et ce n'est guère, tout compte fait, qu'au chiffre de 26 à 27 millions qu'on peut en estimer la population actuelle.

Un certain rapprochement tend sans doute à s'opérer entre ces diiffres ; mais combien grande est encore la distance à conquérir, si tant est qu'elle doive être conquise ! On peut dire que, avant l'essor inouï de l'émigration européenne au xix* siècle, phénomène qui repré-

1. Otto Hvbnkr's fftographiêdt^aiiMUehe TaètUen, 62. Aosg., Fftnikfaxt-a-M.,

2 Europe, 44S millions d'habltanU ; Inde (sans la Birmanie et les d^iendancee extérleoret), 302 mUlions ; Chine propre, 326 mUliom ; Japon (tans les dépendances), 52 millions.

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