‹ Principes de géographie humaineChapitre 81 sur 129 · VIL — LES NOYAUX · texte numérisé non relu

VIL — LES NOYAUX

n y a des contrées où la chaîne du progrés a été rompue (Europe orientale, Asie ocddentale), où elle ne s'est renouée que jdus tard >'^ ou imparfaitement.^ Il y en a d'autres où les progrès n'ont jamais été

^ tout à fait interrompus, qui n'ont pas éprouvé ces hiotm funestes.

Les formations politiques s'y sont succédé en rapport les unes avec les autres (Europe ocddentale et centrale, Egypte même, etc.).

En somme, les faits généraux, dans l'histoire des sodétés humaines, ne se produisent jamais d'emblée. H faut préalablement triompher des obstades accumulés autour de chaque groupe par les distances, la nature des lieux, les hostilités rédproques. Un dévdoppement embryonnaire précède le plein épanouissement de l'être. H faut donc remonter un peu plus haut dans la chaîne des faits.

Le christiamsme romain s'inscrit dans les cadres de l'Empire d*Ocddent, comme le christianisme grec dans cdui de l'Empire d'Orient. C'est aux dépens de cet Empire et de ceux des Perses et des Sassanides que l'islam a constitué son domaine. Mais ces diflérents Emiûres s'étaient formés eux-mêmes d'éléments antérieurs, avaient absorbé en eux ceux d'Egypte, de Chaldée, de Macédoine. Continuant à remon-

ter rècheUe du passé, ees grandes formes d'organisatioiis politiques se décomposent en plus petites contrées, en une multitude de foyers (fistincts doués de vie propre. La puissance pharaonique s'élève sur la moltitude de nomes édos sur les bords fertilisés du Nil. De petites royautés, dont quelques noms seuls nous sont parvenus, entrent dans la charpente des Empires du Tigre et Euphrate. Un essaim de dtés analogues à celles qui s'étaient formées à Athènes, Corinthe, Milet, se répandent le long de la Méditerranée, en face des colonies issues de Sidon, T^ et Carthage. La puissance de TÉtrurie se fond dans odle de Rome ; et la conquête romaine, à son tour, absorbe la civilisation de type Hallstatt préalablement formée au Nord des Alpes.

Ainsi ces phénomènes dont Tampleur nous étonne, n*ont fait que résumer des développements antérieurs. Ce que l'on distingue i l'origine, c'est la multiplicité de foyera distincts, l'action de sociétés de dimensions moindres, microcosmes, agissant chacun dans leur sphère. Ce sont elles qui ont servi de noyaux aux organisations plus vastes qui ont hérité de leur travail. Elles s'étaient formées èDesmêmes, à la faveur des circonstances régionales, dans des conditions particulières de milieux. Les alluvions fluviales du Nil et de l'Euphrete, les articulations du littoral méditerranéen, les voies d'aboo* tîssement de l'arrière-pays continental, par le Rhône, le Danube, le Nord de la Mer Noire ou la Syrie : tels avaient été, dans ce coin du monde, sommairement résumés, les avantages qui avaient concouru i entretenir la vie entre ces sociétés de formation distincte et originale.

Du rapprochement et du mélange de ces divas éléments se sont formés des empires, des religions, des états, sur lesquels a pané, avec plus ou moins de rigueur, le rouleau de l'histoire, avec ses chutes et ses retours, ses actions et réactions, ses fléaux et ses bienfaits : tontes- les contingences en un mot qu'entrahie le jeu des causes humaines. Mais à travers ces contingents filtrent les influences géogra* phiques.

Une répercussion réciproque n'a cessé presque à aucun moment d'agir entre les sociétés qui ont couru leurs destinées diverses .dans l'espace que circonscrivent l'Europe, l'Asie occidentale et l'Afrique dn Nord. Elles ont engendré des rapports qui annoncent ceux que, dans notre monde contemporain, a créé l'extension des voies de com-meroe. L'agrandissement des horizons a été progressif. Les voies romaines et la navigation maritime permirent un développement urbain dont Rome et Alexandrie sont les types. Rome eut son grenier en Egypte, comme notre Europe urbaine et industrielle a le sien par delà les mers. Une balance s'opéra entre les pays nourriciers étales pajrs

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consommateurs. On peut ainsi, dans le spectacle économique du monde romain, apercevoir déjà, entre l'Italie, la Gaule et la province d'Afrique, quelques-uns des rapports qui ont leur plein développement sur une échelle infiniment plus vaste, dans le monde contemporain.

Cette précocité singulière tient à des causes géographiques : non pas à des causes simples, mais à un ensemble très complexe dont la force s'est révélée grftce à une continuité de relations. Ni les grands fleuves riches d'alluvions, ni la vivante Méditerranée, ni les riches plaines du Danube et de la Russie méridionale, ne suffisent par eUesmèmes à expliquer la persistance, sous des formes diverses, de civilisations progressives. Mais la répartition des terres et des mers, l'intercahttion des plaines et des montagnes, le rapprochement des pays de steppes et des pays de forêts réalisent dans cette partie du ^obe un agencement tel que les causes géographiques ont pu mieux qu'aiUeurs

' jf .: combiner leurs effets. Il y a eu comme une série d'initiations réci-

proques. Ce phénomène historique ne s'est produit que là ; car les civilisations américaines sont restées confinées sur les plateaux, et la civilisation chinoise, si remarquable à tant d'yards, est restée presque exclusivement attachée aux plaines. La civilisation dont l'Europe

,; j moderne est l'héritière finale, s'est nourrie à l'origine d'une foule

de foyers distincts, a absorbé la substance d'un grand nombre de milieux locaux. C'est de ces antécédents, de cette longue élaboration séculaire, que des rapports mutuels ont maintenue active, qu'elle a tiré sa richesse et sa fécondité. La convergence des formes de configuration et de relief, le rapprochement des régions découvertes et dés régions boisées, ont ménagé un concours de rapports et d'éneigies géographiques qu'aucune autre région du {^obe n'a connu au même degré.

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