‹ Principes de géographie humaineChapitre 82 sur 129 · I. — L'HOMME · texte numérisé non relu

I. — L'HOMME

Dans toutes les contrées où il s*est trouvé, l'homme s'est ingénié dès l'origine à résoudre le problème du transport et de la circulation. Il s*est servi d'abord pour cela des moyens que lui offrait son propre corps. Une première cause de diversités fut l'adaptation de ce corps aux instruments qui furent inventés pour lui servir d'auxiliaires. Tantôt c'est un coussinet qui» assujettissant le fardeau sur la tête» donne à la démarche des femmes une allure de cariatide» tantôt c'est un bftton sur lequel s'appuie le portefaix dont les épaules plient sous le poids. Le coolie» dans les contrées où croît le souple bambou» fixe sur ses épaules une longue tige aux extrémités de laquelle deux chai^ges se font équilibre. Le Mexicain de l'Anahuac s'avance le front indiné, â la façon du bœuf, sous l'étreinte des courroies qui retiennent par derrière son fardeau. Le hammal turc ou notre vigneron conservent l'attitude que leur impose la hotte. On sait que le geste humain aux prises avec le fardeau a fourni aux arts plastiques des thèmes inépuisables» qui sont le meilleur conunentaire de ces originales diversités.

Le transport par hommes» le plus tenace comme le plus archaïque de tous les modes de transport» est à la base de toute étude générale sur cette question. Dans les contrées des Andes» où il a longtemps régné, à peu près sans partage» il semble que l'exercice de la course

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!| ait agi sur le tempérament. L'appareil respiratoire des indigènes leur

permet de gravir sans être incommodés des pentes qui mettraient un Européen hors d'haleine K On connaît le r61e considérable et anti- !i social que joue ce genre de corvées dans les parties de l'Afrique cen-

;> traie où existent des insectes pemidenx pour nos animaux de trans-

j{ port. Le portage humain est parvenu à se maintenir presque exdusive-

Si ment dans les contrées, même très civilisées, mais où l'extrême den-

sité de la population ravale à ce point la main-d'ceuvre humaine, qu'elle rend tout autre recours superflu. C'est le cas, paraît-il, dans la province chinoise du Szé-tchouan *.

jl L'homme n'a pas déployé une moindre fertilité d'inventions pour

franchir les obstacles que pour aU^r les fardeaux. Avant de se hasar- 1 der sur mer, il rencontrait Tobstade des eaux intérieures. Les pirogues

/o^ taillées dans un tronc de chêne qu'on a exhumées de nos tourbières,

^ les barques en cuir calfatées de roseaux qu'Hérodote décrit sur le

^\ haut Euphrate, montrent comment il sut utiliser les matériaux locaux.

^' Depuis l'Euphrate jusqu'au Hoang-ho, on emploie encore aujourd'hui

7^ des peaux de bceuf gonflées pour passer les rivières. Le nouveau monde,

. ^ sous ce rapport, ne le cédait pas à l'ancien : témoin les légers canots

transportables que les Indiens de l'Amérique du Nord savaient fabriquer avec des écorces de bouleau. Rares sont les peuples à l'actif jS desquels on ne puisse citer d'invention originale. « Les Pampéens

^ et les Chiquitiens, dit d'Orbigny *, n'ont jamais pensé à s'aider d'un

moyen quelconque pour passer les rivières. Mais les Guaranis et les Moxéens avaient de vastes pirogues... Les Âraucaniens n'eurent sur la côte que d'informes radeaux composés de troncs d'arbres; mais, au sonmiet des Andes où le bois manquait absolument, les Aymaras inventèrent des bateaux formés de joncs solidement liés ensemble ; sur les cêtes sèches d'Atacama, ils imaginèrent de confectionner avec des peaux de phoques deux immenses outres remplies d'air et attachées ensemble. »

On pourrait dter beaucoup d'autres exemples de ces procédés, dont les spécimens font aujourd'hui l'orgueil des musées ethnographiques. Ils nous montrent une multiple édosion d'inventions locales fortement marquées à l'empreinte du milieu. C'est tantôt la flore, tantôt la faune, qui a été mise à contribution. Les lianes souples et robustes de la végétation tropicale ont fourni pour le passage des rivières d'autres expédients que ceux qu'avaient imaginés les pasteurs

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