Plutarqub, Vie de Marius, ch. xix
historique, c'est que l'introduction successive de différents métaux travaillés dans l'Europe occidentale en dehors de la Méditerranée, Tor et le bronze d'abord, puis le fer et l'argent, dut coïncider avec l'arrivée de peuples nouveaux. On constate en effet qu'elle correspond à l'apparition de rites et usages auparavant inusités ; on allègue qu'il serait difficile d'expliquer autrement le remarquable degré de perfection que présente dès le début ce genre de fabrication industrielle ^. L'idée de grands mouvements de peu}des est inséparable de celle des changements de civilisation qui se substituent dès lors à la stagnation primitive. A quelles directions obéirent ces courants humains 7 Sans doute à des directions multiples ; on distingue des voies continentales de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud ; mais il y en eut d'autres. Ce qui éclate surtout, c'est qu'aux caractères essentiellement locaux qui distinguent les restes de civilisation antérieure, aux horizons bornés qu'ils décèlent, a succédé dès lors dans une partie d!Europe et d'Asie une fluctuation inconnue. Des analogies de civilisation se dessinent par larges traînées suivant les analogies de relief et de sol. Elles sont jalonnées, entre la Russie méridionale et la Hongrie, par les Kourgants ou tumuli si riches en trouvailles néolithiques ; elles se poursuivent même au delà de l'Oural vers le Nord de l'Asie. Lorsque Pallas accomplit, entre 1768 et 1770, le premier voyage d'exploration scientifique qui eût été tenté dans la 'région entre l'Oural et l'Altaï, ce fut pour lui un inépuisable sujet de réflexions et de surprise que les traces d'exploitation métallurgique conmiune qui s'offraient à lui et qu'il ne cessa de rencontrer que vers l'Iénisséy K n notait les anciens vestiges de mines qui servaient alors de repères aux prospecteurs russes, les objets de cuivre et d'or et^l'identité du matériel funéraire recelé dans ces amoncellements de pierres, qui lui rappelaient les tombes de géants qa*il avait connues dans sa patrie, l'Allemagne du Nord.
Que les conununications aient été directes ou non, intermittentes ou continues, elles s'établirent dès lors définitivement, de concert avec l'usage de plus en plus étendu des métaux, le long de la zone de drcolation qui unit le centre de l'Europe avec le centre de l'Asie. Ce fut le signal de grands changements sociaux. On peut les deviner à travers les ftges, d'après la présence d'objets de provenance lointaine en nombre croissant, d'après les indices d'emprunts réciproques et d'imitations du dehors, qui aboutissent enfin à des mélanges d'éléments de civilisation.
1. Engelhard, Guide du musée des antiquités du Nord à Copenhague ; — S. Rbt- NAcs, (Udaiogue du musée de Saint- Germain,
2. Voyages de PaUas (trad. française, 1788), tome I, p. 384 ; tome III, p. 193, p. 420.
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créent des besoins nouveaux, stimulent Tesprit inventif. Avec la faculté de franchir de vastes espaces, un principe nouveau de fermentation était entré dans les sociétés humaines.
n serait exagéré de parler pour ces époques lointaines de voies de commerce. Mais l'origine de quelques-unes des voies que retracent ultérieurement les documents historiques, remonte à ces déplacements que l'archéologie laisse soupçonner. Les relations des colonies grecques du Pont-Euxin avec l'intérieur de l'Asie plongeaient, d'après ce qi^e nous apprend Hérodote, jusque dans les profondeurs de la r^on métallurgique de ce continent \ La porte dite du jade sur les confins occidentaux de la Chine donnait accès, entre autres choses, à un précieux objet de luxe, presque universellement recherché à l'époque néolithique, dont la provenance principale est dans les montagnes du Kpuen-lun \ Plus tard la route de la soie mit à profit les plateaux
r.l du Nord de l'Iran et les couloirs qui s'allongent au Sud des Tian-chan.
J Ce sont les guerres et les révolutions politiques qui empêchèrent le
transit de la Syrie à l'Asie centrale de survivre au siècle des Ântonins. Ces relations continentales, quand eUes étaient interrompues, cherehaient à se rétablir dès que les événements le permettaient. La constitution de l'Empire mongol au xiii« siècle permit d'organiser
^ en quelques années un trafic direct entre la mer Noire et la Chine du
ri Nord.
^ Toutefois le principal objet que transportèrent ces voies naturelles,
fut l'homme. Par individus ou petits groupes, l'homme a pu circuler à peu près partout sur le globe ; mais par grandes masses, cela n'est possible que là où il dispose de puissants moyens de transport. Cette mobilité fut favorisée par la constitution de grandes communautés pastorales dans les steppes. Les stocks d'animaux qui se formèrent ainsi et la nécessité de déplacements périodiques pour les nourrir, facilitèrent les déplacements définitifs. Le plus récent exemple de ces migrations en masse fut donné en 1720 par les KirgUz lorsque, chassés de Dzoungarie par d'autres tribus, ils vinrent s'établir entre la Caspienne et l'Oural. Ce fut le dernier cas d'une série d'invasions qui, par les Turcs, Mongols, Magyars, Bulgares, Huns remontent aux Cimmériens d'Hérodote : apparitions périodiques qui, avec leurs chevaux et leurs chariots, sortaient du monde des steppes comme de leur miUeu naturel. Par leur formation rapide et les trajectoires déterminées auxquelles ils semblaient obéir, ces phénomènes ressemblaient