DU NOM
Nom propre, Nom appellatif, Nom abstrait. Etendue etcompréhensfoa des Noms appellatifs.
Après avoir appris à reconnoître dans une Proposition le Sujet, le Verbe et l'Attribut , nous allons examiner quelles sont les différentes espèces de mots qui entrent dans la composition du Sujet et de l'Attribut.
DE GRAMMAIRE GÉISÉRALE. IQ
Puisque l'objet de notre pensée est toujours une chose, il faut, lorsque nous voulons communiquer notre pensée aux autres hommes , par le moyen de la parole , que nous leur fassions connoître cette chose. Si cette chose étoit présente à nos yeux , et à ceux des personnes à qui nous parlons , il nous sufïiroit de la leur montrer ; mais si elle n'est pas de nature à être aperçue par les yeux, ou si elle n'est pas présente dans le moment même , nous ne pouvons leur en communiquer l'idée qu'en ia leur désignant par son nom. Je suppose que Victor étant occupé à jouer et ne pensant pas à son cousin Joseph , Joseph entre tout à coup ; aussitôt que Victor le voit . il le reconnoît. Si , Joseph n'étant point encore entré , on disoit à Victor : Voilà Joseph qui vienty le seul nom de J oseph prononcé rappelleroit son image tout entière à l'esprit de Victor , aussi parfaitement que s'il le voyoit. Ce ne seroit pas seulement quelqu'une des qualités de Joseph que Victor apercevroit, ce seroit Joseph tout entier, et ce ne seroit que lui seul. Les noms sont donc des mots qui expriment les êtres d'une manière déterminée, en rappelant l'idée de leur nature.
Les Noms se divisent en plusieurs classes. Les uns désignent les êtres par l'idée de leur nature individuelle , c'est-à-dire , de telle manière que cette désignation n'est applicable qu'à une seule chose, à un seul individu. Ainsi quand je dis Paris^ Rome^ Alexajîdre y Vespasieiî ^ chacun de ces Noms ne s'applique qu'à un seul être, et il désigne cet être d'une manière qui ne peut convenir qu'à lui. Ces Noms s'appellent Noms propres.
D'autres Noms désignent les êtres par ridée d'une nature commune à tous les individus de la même espèce. Tels sont les mots homme ^ che\>al^ chat^ qui ne rappellent pas par eux-mêmes l'idée d'un individu en particulier, mais sont applicables à tous les individus de la même espèce, à tous les hommes , à tous les chevaux , à tous les chats , parce qu'ils ne rappellent que la nature qui leur est commune. Tout homme est un homme , mais tout homme n'est pas Alexandre : c'est le Nom d'un seul individu de l'espèce humaine. Tout cheval est un cheval, mais tout cheval n'est pas Bucéphale : c'est le Nom d'un seul individu de l'espèce des chevaux. Tout chat est un chat , mais tout chat n'est pas jRo-
minagrobis : c'est le Nom d'un seul individu de l'espèce des chats. Ces Noms applicables à tous les individus d'une même espèce , sont appelés Noms appellatifs.
Enfin il est des Noms qui expriment non des individus , non des classes entières d'êtres, mais des qualités, des manières d'être ou d'agir que l'on considère indépendamment des êtres en qui elles se trouvent, ou qui en sont l'objet -, tels sont ces mots amitié y précipita lion ^ crainte^] oie ^ perfection^vertUy etc. On les appellciVoT/z^ abstraits^ parce qu'ils n'expriment qu'une manière d'être , en faisant abstraction des êtres et de leurs autres qualités. On confond souvent les Noms abstraits en une seule classe, avec les Noms appellatifs,
[Les Noms appellatifs n'expriment que la nature commune à tous les individus d'une même espèce ; on fait abstraction , lorsque l'on emploie ces Noms, de tout ce qui caractérise chaque indivfdu en particulier , et Ton ne considère dans chacun des individus contenus dans l'étendue du Nom appellatif , que ce qui leur est commun à tous sans exception.
Le mot e^re ^ par exemple , ne désigne toutes les substances auxquelles il s'appli-
que , que par la simple idée de l'existence; le mot animal ajoute à Tidce de Texistence celles d'une substance composée , corporelle, finie, organisée, douée de sensibilité, et de locomobilité , c'est-à-dire, de la faculté de se transporter d'un lieu à un autre, le mot quadrupède ajoute encore à ces idées celle d'un être qui se meut au moyen de quatre pieds 5 enfin le mot cheval augmente la somme de ces idées, de toutes les idées spéciales des formes particulières qui distinguent le cheval des autres espèces de quadupèdes.
Ainsi le mot che\>al comprend plus d'idées partielles que le mot quadnipède ; celui-ci en comprend moins que le mot cheval 5 mais plus que le mot animal ; et enfin ce dernier, inférieur pour le nombre des idées qu il contient au mot quadru^ pède^ est supérieur à cet égard au mot être.
Le nombre des idées partielles comprises dans un Nofc appellatif forme la compréhension de ce nom. Elle est d'autant plus grande , qu'il en comprend davantage.
Parmi les Noms appellatifs , les uns sont applicables à une seule classe d'êtres , les autres à un plus ou moins grand nombre de classes différentes.
Le mot chenal ^ par exemple, renferme tous les individus de Tespèce des chevaux, sans distinction de patrie, dage, de sexe , ni de poil ; mais le mot quadrupède^ qui désigne un animal à quatre pieds, comprend, outreles chevaux, une multitude d'autres espèces , comme les chiens, les chats, les bœufs, les lions, etc.: il a donc une étendue bien plus grande que le vcioiche^^aL II en est de même du mot animal par rapport au mot quadrupède. Le premier de ces deux mots, outre les bétes à quatre pieds, renferme l'homme et tous les animaux qui peuplent la terre, la mer, Tair et les eaux: il surpasse donc de beaucoup en étendue le mot quadrupède. Mais les animaux ne sont eux-mêmes qu'une portion des êtres, et par conséquent le Nom appellatif être^ qui comprend toutes les substances spirituelles et corporelles, a une plus grande étendue que le Nom animal.
Le nombre des individus ou des classes d'êtres, compris dans la signification d'un Nom appellatif, forme l'étendue de ce Nom. Elle est d'autant plus grande, qu'il en comprend davantage.
De la définition que nous venons de
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donner de la compréhension et de ï étendue d'un Nom appellatif , il suit naturellement que plus un Nom appelîatif a de compréhension^ moins il 2l à' étendue.
Le mot être ne comprend qu'une seule idée 5 celle de Texistence , et il s'étend à tout ce qui existe.
Le mot animal comprend plusieurs idées partielles , mais il ne s'étend qu'aux êtres corporels, finis, doués de la vie animale et de la locomobilité; il exclue tous les autres.
Le mot quadrupède comprend une idée de plus que le mot animal; aussi ne s'étend-il qu'à une partie des animaux , à ceux qui ont reçu de la nature quatre pieds pour se mouvoir : il exclue l'homme, les volatiles, les poissons, etc.
Enfin, le mot c/^e^^/ renferme un grand nombre d'idées partielles , qui ne sont pas comprises dans le mot quadrupède ; mais il ne s'étend qu'à une seule classe d'animaux à quatre pieds, et exclue toutes les autres.
Ce que nous disons des Noms appellatifs, s'applique aux Noms abstraits. Le mot paresse^ par exemple, comprend plus d'idées partielles que le mot vice;
DE GRA^I MAIRE GÉNÉRALE. nS
et il a moins d'étendue que ce dernier mot 5 qui s'étend à la paresse , à Torgueil , à la gourmandise , à la colère , etc. ]
11 y a dans la plupart des langues des Noms appellatifs, ilont la compréhension est très-limitée, et Fétendue presque sans bornes, parce qu'ils ne désignent les êtres que par la simple idée de l'existence qui leur est commune à tous, augmentée seulement de quelque rapport accidentel, ou extérieur, soit avec la personne qui parle, ou celles qui écoutent, soit avec les autres êtres.
Tels sont en français les mots celui ^ celle y ceux^ celles ^ ce^ celui-là^ cellelà^ cela^ celui-ci ^ celle-ci^ ceci^ etc., qui tous équivalent à la-personne^ Vétre^ la chose ^ cette personne^ cet être^ cette chose ^ etc. Ce sont de véritables Noms appellatifs, qui réunissent à lïdée géne'rale exprimée par les m.ots personne^ être, chose ^ celle de démonstration, c'est-àdire, la circonstance particulière d'être sous les yeux de ceux qui parlent ou qui écoutent 5 et c'est précisément parce que ces bjets sont présens corporellement, ou parce que celui qui parle les a déjà désignés de manière à les rendre présens
à l'esprit de ses auditeurs , qu'où se contente de les rappeler par ces Noms vagues et d'une étendue presque illimitée.
Les mots chacun^ quiconque^ queU quwiy ou quoi y appartiennent de même à la classe des Noms appellatifs, et retendue de leur signification ne doit pas les en faire exclure.