‹ Principes de grammaire générale, mis à la portée des enfans, et propres à servir d'introduction à l'étude de toutes les langues;Chapitre 18 sur 53 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE l'article.

Article déterminalif. Articles démonstratifs.

Les Noms propres désignent les êtres d'une manière déterminée, en sorte qu'il n'est besoin d'aucun autre signe pour faire connoître les individus auxquels ils s'appliquent. Les Noms appellatifs, au contraire, étant communs à tous les individus d'une même espèce, lorsqu'on veut les appliquer à un seul individu ou à certain nombre d'individus de cette espèce, ou enfin à l'espèce entière, il n'est pas inutile d'employer des signes particuliers pour indiquer ces diverses applications.

Il en est de même des Noms abstraits; ils désignent une qualité ou une action d'une manière générale, et indépendamment des diverses nuances dont elle est susceptible , et qui en font en quelque sorte différens individus. Ainsi le mot paresse renferme également la paresse du corps et celle de l'esprit , la lenteur à sortir du lit, et celle qui empêche de s'acquitter de ses devoirs. Le mot ^fertu renferme également la prudence , la tempérance, la docilité, etc. Mais lorsqu'on veut employer les Noms abstraits pour exprimer ces qualités ou ces actions, considérées d'une manière particulière dans un Sujet en c{ui elles se trouvent, ou dans une chose qui en est l'objet , cet usage peut être indiqué par des signes particuliers.

Ces mots qui servent à déterminer retendue des Noms appellatifs, et des Noms abstraits, se nomment Articles . Tels sont en français les mots fe, la, les ^ ce, cette^ ces (i). Rendons ceci sensible par des exemples.

(i)Oïi regarde ordinaîremeût en français un et des comme des Articles. Je crois que c'est à tort. Un rae paroît n'être que le Numératif, employé pour dési-

28 PRÎiyCIPES

Le mot homme signifie la rëunioa de toutes les qualités nécessaires pour former un homme, et communes à tous les individus de Tespèce humaine. C'est en ce sens qu'il se trouve dans cette phrase : Pourmériter le nom d'homme^ il faut agir en hoinw,e et non en animal sans raison. Je ne veux dans ce cas ni désigner l'espèce entière ou la réunion de tous les individus

gner le singulier, trop peu différent du pluriel dans la plupart de nos langues modernes, quand l'Article Icj la, leSj n'est pas joint au Kom. Un a pour pluriel ^fw^Z^we^ uns. Lorsque le mot quelques uns a un complément, ce complément doit être'précédé de des, mot elliptique, composé de la préposition de et de l'Article les. Des i^oleursrnont pillé , est comme SÎ l'on disoit: quelques uns de les i^oleurs ni ont pillé. En allemand on dit un au singulier j mais au pluriel on met le Nom sans article. Il en est souvent de même en italien.

Je ne nie pas néanmoins qu'il n'y ait une différence délicate, et cependant assez sensible, entre le mot i/« employé rigoureusement comme Numératifdana cet exemple : comb' n avez -vous de choraux? T en alun, et le mém^î n>ot employé d'une manière plus vague, comme dans cette Proposition : Un cheual ma éclaboussé, où il n'a d'autre usage que de faire connoître que Tétendue du Nom appellatif est réduite h un seul individu, mais à un individu quelconque de l'espèce comprise sous le nora de chevaL Mais cette nuance dans la signification ne suffit pas

DE GRAMMAIRE GÉNÉRALE. 2g

qui la composent , ni en indiquer aucun individuellement.

Si je veux parler d'un certain homme en particulier , j'emploîrai l'Article le , comme en disant : L'homme qui a bâti cette maison^ étoit riche. On peut nommer cet Article , Article déterminatif.

Enfin, si l'homme dont je parle ëtoitprësent, ou que je l'eusse fait connoître prë-

assurémeut pour en faire deux mois différens. Bien d'autres mots sont dans le même cas, et pour en donner un exemple, l'adjectif certain n'a-t-il pas des significations bien différentes dans ses expressions. Certain renard gascon, et Le fait est certain ? Il sait de ces différentes significations que le mot qui sert ainsi à plusieurs usages dans une langue, a souvent autant de correspondans différens dans une autre langue, qu'il a d'acceptions diverses. Ainsi wtz étant employé rigoureusement comme Nnmératif, devra être rendu en latin par unus^ comme dans cet exemple d'Ennius : Vnus homo nohis cunctando restituit tem\ employé dans son sens vague et indéterminé, il sera traduit par quidam, ou ne le sera pas du toutj et s'il est pris dans un sens alternatif par opposition à l'adjectif autre, comme quand on dit : Uun dit oui^ Vautre dit non. il faudra le rendre par alter. De même Wà]QCl\ï certain signifiant i^rai, sera traduit par certusj signifiant une unité vague et indéterminée, il aura pour équivalent quidam. Voyez les Vrais principes de la langue française, par l'abbé Girard

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cédemment, de manière qu'il fût en quelque sorte sous les yeux de ceux à qui je parle, j'emploîrois TArticle ce ou cet. Je dirois, par exemple : Cet homme que vous vojezj est unjripon. Cet article peut se nommer Article démonstratif.

L'Article déterminatif sert fréquemînent à indiquer que le Nom appellatif est pris dans toute son étendue, et cela arrive principalement, quand on veut caractériser Fespèce entière , en l'opposant à une autre espèce. Quand je dis : Les femmes ont la sensibilité en partage ^ mais la force est V apanage des hommes , il est clair que j'oppose la classe entière du sexe masculin au sexe féminin, etrArticle ajoute de l'énergie et de la précision à mon ex* pression.

L'Article démonstratif ^ au contraire , restreint toujours l'étendue du Nom appellatif, en en bornant la signification à une partie des individus auxquels il est ap* plicable par lui-même. Lorsque je dis ces hommes ^ ces chevaux^ je ne parle jamais de l'espèce entière des hommes ou des chevaux , je parle seulement d'une portioa déterminée de cette espèce.

[Dans quelques langues, comme le bas-

DE TÏRÂT^rMÂTRE gIkÎRÀLE. "3 i

que et le danois, on emploie pour Articles déterminalifs , au lieu de mots séparés, des terminaisons qu'on ajoute à la fin des Noms. Il y a aussi des langues, comme le latin et le persan, qui ne font aucun usage d'Articles determinatifs.

L'Article délerminatif est fre'quemment employé en français et dans la plupart des langues modernes, d'une manière abusive , et contraire à sa destination primitive. Quoique dans plusieurs de ces circonstances on puisse, à force de subtilités, en justifier Temploi , il en est un assez grand nombre où l'on ne peut l'excuser que par le caprice de l'usage. C'est ainsi qu'en grec on place l'Article déterminatif devant les Noms propres, et que dans la même langue et en arabe on joint souvent les Articles déterminatif et démonstratif, et on répète l'Article devant le Nom et l'Adjectif, en sorte qu'on dit la porte la grande^ au lieu de dire comme en français , la grande por^e. D'ailleurs, dans les langues modernes, l'Article déterminatif est d'un grand secours pour faire sentir la distinction des Genres et des Nombres, et peut-être estce ce qui a contribué , plus que toute autre chose, à en rendre l'usage si étendu.

Sa PRINCIPES

~ Le nombre des Arlicles démonstratifs peut être plus ou moins grand. Cerlaines langues, par exemple, ont des Articles démonstratifs différens pour les choses qui sont proches, et pour celles qui sont éloignées, ce que nous déterminons en français en ajoutant les adverbes ci et là^ comme dans ces exemples cet homme-ci^ ce che\)al-là. L'Article démonstratif peut encore être différent , suivant que le Nom auquel il se joint indique un animal raisonnable ou une brute , un être animé , ou une chose privée de vie. 11 pourroit même y avoir différons Articles, soit déterminatifs, soit démonstratifs, suivant le rang ou la qualité des personnes au Nom desquelles ces Articles devroient être joints , et suivant leurs rapports de supériorité ou d'infériorité avec la personne qui parle. ]

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