‹ Principes de grammaire générale, mis à la portée des enfans, et propres à servir d'introduction à l'étude de toutes les langues;Chapitre 27 sur 53 · DES NOMBRES · texte numérisé non relu

DES NOMBRES

JN ombres Singulier, Pluriel et DueL Nombres des Pronoms, des Adjectifs et des Yerbes.

Les Noms propres, comme nous l'avons vu dans la première partie de la Grammaire 5 désignent les êtres par l'idée de leur nature individuelle : chacun d'eux ne désigne qu'un seul être. 11 n'en est pas de même des Noms appellatifs ; ils désignent par eux-mêmes non pas des individus, mais la nature commune à tous les individus d'une même espèce; et ils sont aussi propres à désigner ia totalité des êtres d'une même espèce, qu'à en désigner seulement un certain nombre, ou même un seul. Ainsi le mot homme se retrouve éga-

g/ PRINCIPES

lement dans ces trois Propositions: Tous les hommes sont destinés à mourir; Plusieurs hommes ont vu ce prodige; Un homme que je ne connois pas, m'a vole ma bourse, quoique dans la première de ces Propositions, il s'agisse de la totalité de l'espèce humaine, dans la seconde, de quelciues individus seulement de cette espèce , et dans la troisième , d'un seu individu. Suivant que le nombre des individus que l'on considère est déterminé ou indéterminé, on se sert pour l'indiquer desNumératifsM«, deux, trois, dix,vingt, cent, etc., ou des mots qui indiquent un nombre au-dessus de l'unité, mais indéterminé, tel c^ne, plusieurs, quelques.

11 en est de même des Noms abstraits.

les ciualités ouïes actions qu'ils expriment, peuvent être considérées comme réunies ou comme séparées. Ainsi le mot vertu indique par une idée commune toutes les qualilés louables du cœur, comme le mot J^ice indique toutes ses mauvaises inclinations. De là il résulte qu'on peut dire e^^iQman^toutes les veHus, plusieurs vertus,

quelques vertus , une vertu.

Dans presque toutes les langues, les Koms éprouvent, soit dans leur forme, soit

dans leur terminaison , des variations auxquelles on reconnoît s'ils s'appliquent à un seul individu ou à plusieurs (i).

La forme destinée à indiquer un seul individu, s'appelle Singulier; celle qui indique plusieurs individus, se nomme Pluriel. Quelquefois il y a une forme particulière pour indiquer que l'on ne considère que deux individus, elle se nomme DueL Enfin il y a des langues où certaines formes de pluriel indiquent un grand nombre, et d'autres indiquent un petit nombre.

Ces formes sont ce qu'on appelle Nombre. En français, nous n'en avons que deux, le singulier et le pluriel.

(i) La diversité des Nombres peut aussi être indiquée par un mot particulier, et non par un changement dans la forme du Nom : c'est ce qui a lieu en chinois et en japonais. En malais on se contente quelquefois, pour exprimer le pluriel, quand il n'est pas d'ailleurs indiqué par quelque Numératif, de répéter deux fois le Nom. Ainsi pour dire des che^ vaux, on dit cheval cheuaL Une singularité qui mérite d'être remarquée, c'est qu'il semble que dans cette langue, les Noms, de leur nature, expriment le pluriel, et qu'ils aient besoin de quelque signe accessoire pour être restreints à la signification du singulier.

Nous disons un cheval au singulier, et des chenaux au pluriel.

[ Outre la difïerence des terminaisons qui distinguent les Nombres , on emploie encore à cet usage , dans plusieurs langues, certains mots qui précèdent les Noms, et qui en déterminent la signification au Nombre singulier, ou au Nombre pluriel.

C'est ainsi qu'en français le singulier est presque toujours précédé du Numératif un^ une ^ ou. des Articles le ^ la, ce ^ cette; le pluriel aussi est presque toujours précédé du mot des , ou des Articles les , ces. Le mot des, comme je l'ai déjà dit{i), est une expression abrégée, pour ^we?//7we^uns de les , une portion de les. Quand je dis \ Il j a des hommes qui ne croient pas en Dieu , c'est comme si je disois : Il j a quelques-uns d'entre les hommes qui ne croient pas en Dieu.

Ces sortes de mots qui , pour la plupart, font aussi la fonction d'Articles , sont plus nécessaires pour la distinction des Nombres, dans les langues où le pluriel diffère peu du singulier. Telle est la langue française , où la plupart des pluriels ne dif-

(i) Voyez ci-devant, p* 27, noie.

fèrent des singuliers que par une s ajoutée à la fin du mot, et qui souvent même est muette dans la prononciation. Quelle différence y auroit-il entre la vertu et les vertus 5 le vice et les vices , le vin et les vins ^ une vie et des vies ^ si le singulier et le pluriel n étoient distingués Tun de l'autre par l'emploi des mots le^ la^ les ^ un^ des? kxx contraire, dans quelques langues où les formes du pluriel sont plus distinguées de celles du singulier, TArticle est le même pour tous les Nombres. Tel est Tarticle invariable des Arabes, aZ, et celui des Anglais, the. ] ^

Les Pronoms, aussi bien que les Noms appellatifs, désignent les êtres ; ils doivent donc aussi être susceptibles de réunir à l'idée qu'ils présentent, celle du Nombre. Aussi leurs formes sont-elles différentes pour le singulier et le pluriel. Dans la plupart des langues même, les Pronoms singuliers sont des mots absolument différens de ceux qui expriment le pluriel. En français, ye, Pronom singulier de la première personne , n'a aucune ressemblance avec nous , Pronom pluriel de la même personne-, tu^ Pronom singulier de la seconde personne , ne ressemble pas davantage à

vous^ Pronom pluriel de la même personne. Quant au Pronom pluriel delà troisième personne , ils , elles , il est formé du singulier, par l'addition d'une 5", à la manière du pluriel de la plupart des Noms.

Les Adjectifs prennent aussi différentes terminaisons pour distinguer les Nombres. Ce n'est pas que par eux-mêmes ils soient susceptibles de réunir à l'idée qu'ils expriment, celle du Nombre: car ils ne signifient point par eux-mêmes des êtres, et Ton ne peut compter que les êtres -, mais leur destination étant de se joindre aux •^Noms pour en modifier la signification, les différentes formes dont ils sont susceptibles, ne sont que des signes qui servent à faire reconnoître plus facilement les Noms auxquels on doit les rapporter. C'est ainsi que Tondit au singulier royale et au pluriel royaux \ par exemple, le sceptre iiOYAL et les ornemens royaux.

Cependant il y a des langues, telles que l'anglais , le persan, le turc , où les Adjectifs conservent invariablement la même terminaison , soit qu'ils se rapportent à un Nom singulier ou à un Nom pluriel.

Il en faut dire autant du Verbe. Si Toa y distingue ordinairement le pluriel du

singulier, et si , dans quelques langues, il a aussi le nombre duel, ce n'est pas que cette distinction de nombres appartienne proprement au Verbe , qui ne signifie rien que l'on puisse nombrer. Mais le Verbe devant servir à lier le Sujet avec l'Attribut par l'idée de l'existence , ces différences de Nombres dont le Verbe est susceptible , servent comme de signes pour reconnoître Je Sujet et ie Verbe qui sont en rapport l'un avec l'autre. Ainsi je dis en français: Mon cheval est jeune , et mes chevaux so^T jeunes.

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