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Exemples d'Analyse pour la langue latine.
Pour donner avant tout une idée de la manière dont j'applique les principes de la Grammaire générale à l'analyse d'un Discours latin, je présenterai en peu de mots le système des Cas de cette langue, et la principale distinction que j'établis entre les Propositions ^ à raison non de leurs rapports logiques, mais uniquement de leurs rapports grammaticaux.
Les Noms en latin on six Cas. On peut relire ce que j'ai dit précédemment sur la nature et l'usage de ces inflexions grammaticales dans les Noms (i). On appelle les six Cas des latins. Nominatifs Géni^ tif Datif ^Accusatif Vocatif e\. Ablatif
Le Nominatif indique toujours le Sujet d'une Proposition dont le Verbe est à un mode personnel , comme Cato locutus est y Caton a parlé.
(i) Voyez ci-devant; p. 56, et p. 97 et suiv.
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Le Génitif indique un Nom qui sert de complément à un autre Nom , ou , ce qui est la même chose , le second terme d'un rapport dont le premier terme est aussi un Nom. Exemple, fdius Catonis ^ fils de Caton.
Le Datif indique un Nom qui sert de complément à un Adjectif ou à un Verbe, et qui exprime la chose ou la personne qui est le terme d'une action. Exemples : addîctus Catoni^ attaché à Caton-, dare aliquid Catoni^ donner quelque chose à Caton.
L'Accusatif caractérise le Nom qui sert de complément immédiat à un Verbe , et sur lequel tombe directement l'action da Verbe , comme dans cet exemple : Occidi Catonem^ J'ai tué Caton. Ce même Cas indique aussi le complément de plusieurs Prépositions. Exemples : Veni ad Cato-^ nem^ Je suis venu vers Caton 5 Introwit in urbem, Il entra dans la ville. Enfin, on met à l'Accusatif le Sujet de toute Proposition dont le Verbe est au Mode infinitif/ comme : Patabam Catonem esse veJitu-* rum^ Je croyois Caton devoir venir, c'està-^ire que Caton viendroit.
L.e Vocatif sert uniquement pour cette partie du Discours que nous avons nom-
mée Compellatif^ comme , Cato , die nobis quid sentias , Caton , dis-nous ce que tu penses.
L'Ablatif indique le lieu d'où une chose est tirée, d'où elle vient, le moyen ou l'instrument par lequel elle est faite ; il est comme l'opposé du Datif; car le Datif indique le but ou le terme vers lequel on tend, et l'Ablatif le point duquel on part, comme Eœiit Romây If sortit de Rome.
Il est employé fréquemment pour les Termes circonstanciels , d'une manière adverbiale : comme calamo et atramento scribere , écrire avec une plume et d^ Yencre '^ fuste percutere ^ frapper avec un hAion-^ pedibus ire^ aller à pied; curra n)ehi ^ être transporté en voiture, etc. L'Ablatif indique aussi le complément de diverses Prépositions. Exemples : ACa^ tone arguitur^ I! est repris par Caton ^ Sub Catojie milita^it^ 11 a servi sous Caton. Enfin p le même Cas caractérise le Sujet de toute Proposition dont le Verbe €8t au Mode Participe et a l'Ablatif de ce Blode. Exemple : Catone loqaente^ oin^ nés in eum oculos defixos habebant ^ Caton parlant, ou, tandis que Caton paiv loit , tout le monde avoit les yeux fixés sur lui.
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Tel estFusage primitif et ordinaire des Cas dans la langue latine. 11 y a des circonstances où ils semblent s'écarter de leur destination primitive-, mais je neii parlerai pas ici, non plus que de la concordance des Adjectifs avec les Noms, ou du Sujet avec T Attribut, relativement aux Cas.
Trois de ces Cas peuvent, comme nous venons de le voir, caractériser le Sujet d'une Proposition; ce sont le Nominatif, l'Accusatif et TAblatif. C'est la forme sous laquelle le Verbe se présente dans la Proposition, qui détermine celui de ces trois Cas qui convient au Sujet.
Si le Verbe est à un Mode personnel, 5oit à l'Indicatif, soit à l'Impératif ou au Subjonctif 5 le Sujet est au Nominatif. Dans ce cas la Proposition peut être nommée directe^ soit que d'ailleurs elle soit principale, conjonctive, subordonnée, etc.
Si le Verbe est au mode Infinitif, le Sujet se met à l'Accusatif, et alors la Proposition est toujours complémentaire. Comme il y a diverses formes de Propositions complémentaires, je nomme celle-ci complémentaire infinitwe.
Enfin, si le Verbe est au Mode Parti-
cîpe, le Sujet se met toujours à l'Ablatif 5 le Participe est aussi au même Cas. Si le Verbe doit être le Verbe sum, être, qui n'a point de Participe , on se contente d'exprimer le Sujet et l'Attribut en les mettant l'un et l'autre à l'Ablatif. Exemple : Cicérone consule^ Cicéron [étant J consul.
Cette forme de proposition servant toujours à exprimer un terme circonstanciel, fonction qui est précisément celle des Adverbes , je nomme ces Propositions Ad* verbiales.
Cette distinction est comme la clé de toute Analyse d'un discours latin; et, ce que je remarque en passant, elle s'ap* pîique également à la langue grecque, ea substituant le Génitif à l'Ablatif.
En effet, le Verbe ne se présente jamais sous une de ces trois formes , qu'il n'y ait une Proposition. Lorsqu'on a reconnu le Verbe , il sert comme désignai pour trouver le Sujet. Il n'est pas diflicile , dès que l'on a trouvé le Sujet et le Verbe , de reconnoître quels sont les mots qui sont en concordance avec le Sujet, et quels sont ceux qui servent de complémens directs ou indirects au Verbe. Le Génitif caractérise les complémens des Noms, l'Ablatif
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les Termes circonstanciels ^ les Préposi* lions font reconnoître les rapports qui existent entre les diverses parties d'une Proposition, rapports auxquels elles servent d'exposans ] enfin Iqs Conjonctions , ou les mots conjonctifs, déterminent les rapports qui unissent les différentes Pro^ positions dont se compose une phrase ou même une période.
Trois observations essentielles qui me restent à faire, faciliteront encore l'Analyse et le rétablissement de la construction naturelle.
i"*. Dans une phrase composée de plusieurs Propositions, le Verbe de la Proposition principale est presque toujours au Mode Indicatif.
la"*. Le plus souvent les Propositions subordonnées 5 dont le Verbe est à un Mode personnel, commencent par une Conjonction ou un mot conjonctif , ce qui aide à les distinguer de la Proposition princi- J>ale.
3^. Pour ramener une Proposition conjonctive à la Construction naturelle , il est bon, toutes les fois que le mot conjonctif est un mot déclinable , de le changer en un autre mot non conjonctif que rou
puisse rejeter à la place qui lui convient. Ainsi pour construire cette Proposilion : Quod ubi audivit Cœsar^ castra mo\>it^ je change quod en id ^ et je dis : Cœsar mo^ii castra , 7u,bi audwit id.
Faisons maintenant l'application de ces principes et de cette méthode analytique à ce passage de la première Catilinaire , dont nous avons déjà cité ailleurs une partie (i). Cette Analyse sera faite en forme de dialogue entre un maître nommé jéntoine y et un disciple désigné par le nom de Victor.
An invidiam posteritatis times ? Frœ* claram verb populo Romano refers gratiam^ qui te^ hominem per te cognitum,, nullâ commendatiojie majorum , tam mature ad summum imperium , per omnés honorum gradus extulit^ si propter invidiam^ aut alicujus periculi metum^ salutem cimim tuorum iiegligis. Sed, si quis est in^idiœ metus^ niim est vehementiùs severitatis ac fortitudinis invidia , quam inertiœ ac nequitiœ , pertimescenda? An^ ciim bello a)astabitur Italia , vexabuntur urbes , tecta arde-
(i) Voyez ci-devant, chap. II de cette troisième partie, p. 170,
debunt^ ticm te non existimas vwidice incendio conflagraturum ?
An invidiam posteritatis times ?
AisToiNE. Quel est le Verbe ?
ViCTOR. C'est times: il est à la seconde. Personne du Singulier du Présent de llndicalif de timeo , je crains.
j4. Quel est le Sujet?
y. Le Verbe étant à la seconde Personne du Singulier , ce doit être le Pronom de la seconde Personne tuj il est sous-entendu.
j4. Voyez si le Verbe a un complément.
F» Oui 5 ce doit être le mot invidiam^ parce que ce mot est à l'Accusatif, et que je ne vois point de Préposition dont il puisse être le complément : ce mot signifie, haine , jalousie,
u4. Le mot invidiam n'auroit-il pas ua complément ?
/^, Je pense que posteritatis , qui est le Génitif de posteritas ^ postérité , doit être son complément.
j4. Pourquoi cela ?
/^. Parce que le Génitif indique ordinairement un Nom qui sert de complément à un autre Nom.
A. Ne nous reste-t-il pas encore quelque mot ?
V. Oui, il nous reste azz, qui, suivant le dictionnaire, signifie est-ce que; mais je ne sais pas à quelle espèce de mots celui-ci appartient.
u4. An est un Adverbe qui sert à donner à la phrase une valeur interrogative. Il n'y a point en français, de mot qui corresponde exactementà celuî-là. Tantôt oa se contente de marquer l'interrogation par le ton avec lequel on prononce , et dans récriture par le point interrogatif (?); tantôt on donne à la proposition une forme *> interrogative, en plaçant le Pronom qui sert de Sujet ou qui représente le Sujet , après le Verbe ; tantôt enfin on emploie l'expression est- ce que. Construisez et traduisez.