CHAPITRE X
BC L* RATOae DIS PAKTUS DU DISGOUM ST PB IBVB MOHM.
Toute langue comprend un très-grand nombre de mots, qu'il est indispensable de classer si Ton veut observer sûrement les phénomènes grammaticaux qui en affectent la valeur , et remonter aux principes généraux dont ces phénomènes sont les conséquences. Si notre classification est bien faite , si elle est simple et complète , si les mots de chaque classe ont tous un môme caractère qui leur soit propre , qui les distingue essentiellement de tous ceux d'une autre classe et constitue ainsi leur nature, nous n aurons plus qu à constater et à expliquer, s'il est possible, les phénomènes communs aux diverses classes , sans nous occuper de chaque mot en particuUer.
En parcourant dans ce but les grammaires de diverses
Iangue9» aous trouvons que les mots y sont bien rangés en plusieurs classes, appelées Parties du discours ou Par^ lies doraison (rà f^éçfj, zà OTOcxela tod loyov , partes oralîonis)f ainsi nommées, parce que les mots qui forment ces classes, constituent le discours, comme les membres constituent le corps (1) ; mais nous remarquons que le nombre de ces classes varie non seulement de langue à langue, mais de grammairien à grammairien : très-souvent dans la même langue tel grammairien ne reconnaît que deux Parties du discours , tandis que d autres en admettent trois, quatre, cinq, huit et jusqu'à dix.
Cette divergence des grammairiens sur le nombre des Parties du discours n est pas nouvelle, nous la rencontrons déjà chez les anciens. Platon, dans son Sophiste ^ n en compte que deux , le Nom (ovofià) et le Verbe (gijficè), Aristote, au rapport de Denys d'IIalicamasse (2) et de Quintilien (3), admettait trois Parties du discours, les Noms (pvoficeza^ les Verbes ( pf^fiara ) et les Conjonctions (avvôeafiov) ou <jvyxaif]yoQ7^fiaTa, convinctiones ou consignificantia). Dans sa Poétique (chap. 20), il y ajoute une quatrième Partie
(1) Quid enim est aiiud para orationiSf nui vox indicatif mentië eoneeptunif id est, cogitattonem ? Mais qa*e8t-ce qu*ètre partie du di8cours , si non énoncer quelque concept , quelque affection ou mouvement intérieur de Tesprit ? Priscien , lir. XI, commeno., p. 914, éd. Putsch.
Quelques grammairiens modernes donnent à ces classes le nom de Catigorieê grammaticalet.
(2) De StrueU orai,, chap. 3.
(3) Inêtit. orat.l, 4, 12.
sous le nom d* Article (ap^pov). Les grammairiens grecs postérieurs à Aristote , tant les philosophes stoïciens que les grammairiens d'Alexandrie , en distinguant peu à peu l'Adverbe du Nom , le Participe du Verbe , le Pronom de l'Article, et la Préposition de la Conjonction , ont fini par fixer les Parties du discours au nombre de huit ; ce sont : le Nom , l'Article , le Pronom , le Verbe , le Parti-cipe , la Préposition , la Conjonction et l'Adverbe. La dénomination de ces Parties du discours ou classes de mots avec leurs définitions se trouve dans la grammaire grecque de Denys le Thrace , disciple du grammairien Aristarque d'Alexandrie, et qui professait son art du temps de Pompée à Rome. Ces grammairiens n'ont pas fait des Adjectifs une Partie distincte du discours, mais ils les ont rangés dans la classe des Noms.
Les Romains, après plusieurs tentatives infructueuses de classification qu'on lit dans Varron (1) , finirent par adopter celle des Grecs : seulement ils en retranchèrent l'Article et distinguèrent l'Interjection de l'Adverbe.
Les grammairiens indiens ont reconnu depuis une assez haute antiquité, à ce qu'il parait, quatre espèces de mots : les Noms , les Verbes, les Prépositions et les Particules.
Dans les grammaires de langues sémitiques , il n'est jamais question que de trois Parties du discours : !• le Nom, qui renferme nos mots appelés Noms, Pronoms et Adjectifs ; 2*> le Verbe ; 3« la Particule, qui renferme TAr-
(1) De Linffua latina.YUU 44.
tide , la Préposition , la Conjonction, TAdverbe et Tinteijection.
Les grammairiens de notre époque ne sont pas plus d*accord sur le nombre des Parties du discours qu on ne Tétait dans Fantiquité; les uns en comptent plus, les autres moins ; et quand il s'agit de déterminer avec précision la nature de chaque classe, chacun se fonde sur un caractère tout à fait différent, quoiqu'ils aient tous affaire aux mêmes mots , affectés à un même usage.
Cette divergence d'opinions des grammairiens sur le nombre des Parties du discours , comme sur la propriété de chacune d'elles , vient évidemment de ce qu'ils n'envisagent pas l'ensemble des mots sous le même et le véritable point de vue. Nous devons donc avant tout chercher à fixer le nombre de ces Parties dans le langage en général, en faisant bien ressortir leur caractère dislinctif et propre à chacune d'elles ; car il est clair, comme l'a très-bien dit Court de Gebelin, que le succès de toutes les remarques qu on peut faire sur les Parties du discours , dépend nécessairement des idées nettes et distinctes qu'on aura de ces Parties.
Une classification philosophique des mots doit avant tout être fondée sur la nature des idées dont les mots ne sont que les signes. Qu'est-ce à dire ? La nature des idées étant
— ITiS —
identique à la nature des objets qu'elles représentent^ devons-nous donc nous fonder sur la nature des objets qai composent Tunivers? Evidemment, non ; car nous anrioôs alors une classification des êtres de Funivers , qui pourrait être très-utile au naturaliste , mais qui ne ferait rien connaître du caractère propre d'une seule Partie du discours, n ne s'agit ici, si je ne me trompe , que de la nature des objets considérés comme éléments du langage , en ce sens que ce dernier consiste dans l'expression de nos connaissances , où les idées remplacent les objets qu'elles représentent. Or, nous avons vu (§ 1) que toute connaissance n'est rien autre chose que la conscience que nous avons de Veœistence de tel ou tel rapport entre deux idées que nous comparons. S'il en est réellement ainsi , comme je le crois» il est clair que les idées considérées comme éléments constitutifs (nécessaires et suffisants) de chaque connaissance sont nécessairement de trois espèces :
l"" Celles qui représentent les objets ou les choses sur lesquels porte notre comparaison ou notre pensée ;
2*" Celles qui représentent Yeœistence de notre comparaison ou du rapport ;
3*" Celles qui représentent le résultat de notre comparaison ou la nature du rapport.
Par conséquent nous pouvons trouver dans chaque langue trois classes de mots ou trois Parties du discours.
1* Les mots qui expriment les idées qui représentent les objets sur lesquels porte notre comparaison ou, comme.
on dit f les objets de notre pensée : ils s appellent Noms.
2** Ceux qui expriment les idées qui représentent Texistence de notre comparaison entre deux objets ou l'existence de leur rapport : ce sont les Verbes (1).
3** Les mots qui expriment les idées qui représentent le résultat de notre comparaison, c'est-à-dire la nature du rapport entre les objets que nous comparons : ils s'appellent Particules.
Prenons pour exemple d'analyse la proposition suivante: la pierre n'est pas sensible ; les mots pierre et sensible expriment les idées qui représentent les objets comparés : ce sont des Noms ; le mot est qui exprime l'existence de notre comparaison ou l'existence d'un rapport est un Verbe ; et les deux petits mots ne pas (non) qui expriment l'idée représentant la nature du rapport (de discordance ou d'exclusion) entre les deux objets comparés, sont des Particules.
J'ai pris à dessein pour exempl^ une proposition négative, parce que dans les propositions affirmatives le rapport de
(1) Les plus anciens grammairiens ou philosophes grecs ont ainsi appelé les mots de cette classe {péfixrai^ Verba, paroles par excellence), parce quMlsayaient remarque que c*est seulement au moyen des Verbes que nous dUonë ou énonçont une chose d*une antre, par exemple : rhomme est mortel.
Plusieurs grammairiens croient que la nature des Verbes consiste en ce que ces mots expriment une circonstance de temps , comme je êuU^yai été^je «erat ; d^autres disent une action, comme f écriée je marche ; d^autres enfin une affirmation. Au chapitre du Verbe , Je montrerai qu'auenne de ees trois définitions ne peut être admise.
concordance ou d*inclusion n est ordinairement pas exprimé par un mot séparé ; et de là vient que plusieurs grammairiens ont fait consister la nature du Verbe dans Taffirmation^cequi est une erreur, comme je le montrerai plus loin. Je conserve aux mots de la troisième classe le nom de Particules ( /uoptov, petite partie du discours ) , parce que ce terme est consacré par Tusage et que je tiens plus à bien fixer le sens que j attache aux termes généralement reçus qu à en augmenter le nombre ; la langue française d'ailleurs ne se prête guère à la formation de nouveaux termes techniques. Remarquons seulement que le nom Aq Particule est tout à fait conventionnel; car, par son étymologie, il ne rappelle nullement la valeur commune ou le caractère propre
à cette classe de mots. Les anciens grammairiens grecs appliquaient ce nom diminutif k plusieurs Parties du discours entièrement différentes, par exemple, àTArtide, aux Prépositions et aux Conjonctions, parce que ces Parties, qui ne marquent que des rapports ou des vues de notre esprit, leur semblaient avoir une signification moins réelle ou une moindre importance que les Noms, les Verbes, les Pronoms , les Adverbes, qui rappellent le plus souvent des êtres et des faits extérieurs et que nous percevons au moyen du sens externe (i).
Ici se présente une objection. La classification que je
(1) 8ur Torigine de la dénomination des Partioales , voyez Apolionius , Syntaxe , liv. I, chap. 2 et 8. — Priscien, liv. XI, p. 918, éàiU Patsch. «^ Sëgnier, La phUoêophU du langage^ eto., p. 69.
viens d exposer se. fonde sur la nature des idiées considérées comme éléments constitutifs (nécessaires et sufiSsants) de nos connaissances : mais est-elle aussi applicable aux mots qvii sont les signes des idées ? Il se peut, dira-t-on , que les signes des idées d'une même classe n'aient rien de commun entre eux pour le grammairien et que, pour ce motif, ils doivent être soumis à une autre classification. Voici ma réponse :
Si le grammairien éprouve le besoin de ranger les mots en différentes classes, c'est afin de réunir en groupes les mots qui dans le discours éprouvent ou font éprouver aux autres un même genre de variations, c'est-à-dire ceux q^i tombent sous une même règle grammaticale ; or , en examinant bien le langage , on peut aisément se convaincre que les variations les plus générales que subissent les mots suivant les modifications de Tidée exprimée par la racine , ne sont nullement refiet du caprice, mais qu'elles ont leur source dans la nature même de l'idée dont le mot est le sigpe. Pourquoi les Noms, par exemple, n ont-ils pas de Temps , ni les Verbes de Cas, ni les Particules de Nombres ? Cela vient évidemment de la nature des idées exprimées par ces Parties du discours ; de manière qu'il y a sans contredit la plus intime connexité entre les idées et les mots.
Les variations communes aux mots de la même classe, et différentes d'une classe à l'autre me semblent démontrer aussi que nous avons envisagé sous leur véritable point
de vue les idées qui composent nos connaissances, pour en faire le fondement de notre classification des mots. Ainsi, les mots de la première classe, les Noms, reçoivent tous , ou du moins sont susceptibles de recevoir des modifications pour marquer le Genre, le Nombre et les Cas ; ceux de la seconde classe, les Verbes, en reçoivent pour marquer les Personnes, les Temps et les Modes (1) ; enfin ceux de la troisième classe, les Particules, sont tous invariables. Et si ces variations des mots dépendent des idées qu ils signifient et non des êtres que celles-ci représentent^ il n y a là rien de surprenant : en effet , dans le langage, rhomme opère immédiatement sur les idées et ainsi les mots sont d abord les signes des idées avec toutes leurs nuances , et ne font connaître qu'indirectement ou en second lieu les choses et leurs rapports que les idées représentent.
Si l'analyse que nous avons faite des idées qui composent nos connaissances est exacte, comme je le crois, il est évident que dans toutes les langues où ces idées sont exprimées par des mots séparés, fussent-ils même tous invariables , il y a lieu de distinguer ces trois Parties du discours , puisqu'elles tiennent à lorganisation intellectuelle de rhomme et à la nature du langage.
(1) Si cependant dans la plupart des langaes le Verbe reçoit aussi les terminaisons de Nombre, et dans quelques-unes celles de Genre, <se n*est pas par sa nature de Verbe, mais par suite du pronom perron ' nel qu*il renferme, comme Je le montrerai plus loin.
Les idées exprimées par les mots de chacune de ces trois grandes classes peuvent différer beaucoup entre elles, si on les considère sous quelque nouveau point de vue : chacune de ces trois Parties du discours est donc susceptible de certaine subdivision , de façon que nous pouvons avoir plusieurs espèces de Koms, plusieurs espèces do Verbes et plusieurs espèces de Particules, comme on va le voir par ce qui suit :
I. Les idées qui représentent les objets sur lesquels porte notre comparaison , peuvent les représenter , ou comme subsistant par eux-mêmes , c'est-à-dire comme des substances , ou comme inhérents à un autre qui en est le soutien, c'est-à-dire comme des qualités. Les Noms peuvent donc être subdivisés en deux classes :
1** Les Noms substantifs (les Substantifs) ; 2** Les Noms adjectifs (les Adjectifs).
Ccst bien d'après cette différence que, dans nos grammaires, nous avons fait du Nom deux Parties du discours, le Substantif et TAdjectif ; tandis que les grammairiens grecs et romains, tout en distinguant l'Adjectif et le Substantif, les ont pourtant réunis en une seule classe. La cause en est sans doute que ceux-ci ayant plus d'égard aux formes des mots qu'à la nature des idées exprimées par les mots , la différence entre ces deux espèces de mots»
tels qu'ils s employaient dans leurs langues , ne leur semblait pas assez importante pour justifier une subdivision. D'un autre côté, les mêmes grammairiens grecs , ayant remarqué que les Pronoms moij toi^ Im^ etc. ainsi que l'Article le, la^ les y différent beaucoup, soit par leurs formes, soit dans leur emploi , de tous les autres Noms tant substantifs qu'adjectifs , en firent deux Parties du discours à part. Il est pourtant facile de se convaincre que les mots appelés Pronom et Article, par la nature des idées qu'ils expriment , appartiennent à la classe des Noms, et ne sont qu'une subdivision de cette classe, précisément comme les Substantifs et les Adjectifs ; car les Pronoms indiquent toujours des substances , et l'Article marque toujours Tune ou l'autre qualité. Dans les chapitres spécialement consacrés à ces deux Parties du discours, je ferai connaître la nature des mots qu'elles comprennent, en montrant ce qu'ils ont de commun avec les Noms et en quoi ils diffèrent des autres Substantifs et Adjectifs.
Les idées qui représentent des substances étant nécessairement ou des idées singulières ou des idées générales, les Substantifs se subdivisent à leur tour en deux classes : a) Les Noms propres, qui expriment des idées singulières ;
6) Les Noms appellatifs ou communs, qui marquent des idées générales, des notions, des concepts.
De même les idées qui représentent des qualités diffèrent également entre elles en ce que les unes nous sont
données en quelque sorte par le seus, par la seule perception: notr, blanc, rond, carré, etc., tandis que nous acqué* rons les autres par la comparaison de deux ou plusieurs objets entre eux , comme premier, second, dernier , grand, petit, etc. De là une subdivision des Adjectifs en :
a) Adjectifs absolus ou physiques , qui qualifient les substances sans aucun rapport à d'autres substances.
/3) Adjectifs relatifs ou métaphysiques, qui qualifient une chose avec rapport à une autre.
Les grammairiens nont pourtant jamais fait des Substantifs deux Parties du discours, non plus, que des Adjectifs , et cela avec raison ; car, pour les règles de Syntaxe, il y a peu de différence entre les Noms propres et les Noms appellatifs, entre les Adjectifs absolus et les Adjectifs relatifs. Si j'attire sur ce point l'attention du lecteur , c est uniquement pour lui faire mieux connaître la nature du Substantif et de l'Adjectif , et lui montrer comment, dans Tune ou l'autre langue , considérés sous quelque nouveau point de vue , ils pourraient chacun donner naissance à deux Parties du discours.
II. Quant aux idées qui représentent l'existence du rapport et qui sont exprimées par les mots que nous avons appelés Verbes, il est clair que le seul Verbe être avec ses équivalents dans les autres langues pourrait suffire pour marquer cette existence de relation ou de notre comparaison entre deux objets. Aussi , s'il est dans les langues un grand nombre d'autres mots qui portent le
nom de Verbe, ce n est pas que Tidée qui représente Texistence de la relation soit si variée et si multiple en ellemême; mais cela vient de ce que» pour abréger le discours , on a formé, comme je l'expliquerai plus tard , des mots qui expriment l'existence et en même temps un des deux termes du rapport. Nous voyons par là que les Verbes peuvent également se diviser en deux classes :
1** Le Verbe substantif ou abstrait, être.
2"" Les Verbes attributifs ou adjectifs, qui expriment le Verbe être avec un attribut ; par exemple : écrire, aimera etc., c'est-à-dire Mre écrivant^ être aimant^ etc.
Quoique cette subdivision nous donne deux espèces de Verbes bien distincts, les grammairiens n en ont pourtant pas fait deux Parties du discours particulières , probablement parce que le Verbe substantif., être^ unique de son espèce, formerait à lui seul une de ces Parties du discours. A mon a\îs , ils ont raison. Supposons en effet qu'on en fasse deux Parties, en conservant aux Verbes attributifs le nom de Verbe, et en donnant au Verbe substantif , être, le nom de copule, comme on fait en logique, quel avantage en résulterait-il pour la grammaire ? Sans doute , aucun.
in. Le résultat de notre comparaison ou le rapport représenté par les idées de la troisième classe, qui sont exprimées par les Particules, peut être un rapport :
1® Entre deux idées ; par exemple : le livre de Pierre ;
2"* Entre deux jugements ou deux propositions; par exemple : Vous serez savants , si vous êtes diligents.
— IW —
3"* Entre deux idées , mais de façon que la même idée représente à la fois la nature du rapport et le second terme du rapport ; par exemple : Vous courez t?//e, c est-àdire avec vitesse.
De là la subdivision des Particules en trois espèces :
a) Les mots qui marquent la nature d'un rapport entre deux idées, Prépositions ;
b) Les mots qui expriment la nature d'un rapport entre deux propositions, Conjonctions ;
c) Les mots qui expriment à la fois la nature du rapport et le second terme ; ce sont les Adverbes. Ainsi , dans l'analyse logique, T Ad verbe équivaut toujours à une Préposition suivie d'un Complément.
Quoique, par leur valeur, ces trois espèces de Particules ne diffèrent pas plus Tune de l'autre que les Noms propres des Noms appellatifs, ou le Verbe substantif des Verbes attributifs , déjà les anciens grammairiens grecs en ont pourtant fait trois Parties du discours ou trois classes de mots , dont chacune est désignée par un nom spécial. La raison en est sans doute , que les mots de chacune de ces trois classes, bien qu'ayant au fond la même valeur, jouent dans les syntaxes grecque , latine et autres des rôles réellement différents par leur alliance avec d'autres mots.
Les idées exprimées par les Noms y les Verbes et les Particules étaat entièrement distinctes et en même temps essentielles à toute connaissance ou à tout jugement, nous concevons que ces trois Parties du discours , prises dans le sens .que je leur ai donné , sont communes à la plupart des langues : je ne dis pas absolument à toutes, parce qu*une langue sans Verbe n'est pas impossible ; car Tidée d'existence du rapport ou de notre comparaison pourrait cire indiquée par la seule construction , comme c est assez souvent le cas dans les langues anciennes et modernes, surtout dans les langues sémitiques, oh nous disons dans l'analyse que le Verbe être est omis , comme très-fncile à suppléer.
Quant aux autres classes de mots également désignées par le nom général de Parties du discours, mais qui résultent uniquement d'une subdivision de l'une ou l'antre des trois grandes classes, envisagée sous un certain point de vue, il est évident que leur nombre peut varier d'une langue à l'autre. Ainsi , l'Article proprement dit n'existait pas dans la langue latine , ni anciennement , à ce qu'il paraît, dans la langue grecque. — Toutes les Prépositions pourraient être exprimées par des Cas ; de même tous les Adverbes par des Prépositions et des Noms.
D'autre part, il s'est formé dans la plupart des langues
des mots mixtes, c est-à-dire des mots qui, par leur signification, appartiennent h la fois à deux ou trois Parties du discours, comme en français, par exemple , les mots du (père), au (pfere) , qui équivalent à une Préposition avec l'Article. On comprend que les mots de cette espèce , s'ils étaient très-variés et plus nombreux, pourraient être désignés par un nom spécial et former une nouvelle Partie du discours. Il en est de même des mots appelés Pronoms relatifs ou Adjectifs conjonctifs, qui, dont, etc. ; car le premier de ces deux mots équivaut sans doute à une conjonction et à un Pronom personnel : et il, si il, car il, etc., et le second, dont (de unde), à une conjonction, ime Préposition et un Pronom : et de lui, si de lui, etc. On peut en dire autant des mots en (inde) et y (ibi), signifiant de lui , à lui, etc.. qu'on range ordinairement dans la classe des Adverbes , quoique chacun de ces deux mots soit l'équivalent d'une Préposition et d'un Pronom plutôt que d'un Nom.
Ce que nous avons surtout à remarquer ici , c'est qu'au nombre des mots mixtes appartiennent tous les mots appelés Participes ; car, par leur valeur, ces mots équivalent partout à une Conjonction , un Pronom et un Verbe, comme il est facile de s'en convaincre par l'analyse des locutions suivantes : Un homme, étant malade, ne peut pas travailler ; c'est-à-dire s'il est, ou quand il est malade. — Je ne suis pas venu, étant malade ; c'est-à-dire car ou parce que fêtais malade. — Une bête rampant sur la
terre ; c est-à-dire et elle rampe sur la terre. Les plus anciens grammairiens grecs et après eux les romains ont pourtant fait de ces mots une Partie du discours^ et cela sans doute à cause de leur grand nombre et de leurs formes qui sont très-variées.
Quant aux Interjections , qui indiquent nos sensations , nos affections, ce sont des cris involontaires qui nous échappent , plutôt que des mots exprimant des idées bien caractérisées. Les Interjections forment par conséqueut une classe de mots tout à fait à part.
Avant de terminer ce chapitre , il n'est peut-être pas superflu d^ajouter à ce qui vient d'être dit sur les Parties du discours , les observations suivantes :
1® Le même mot dans son élément matériel peut appartenir tantôt à telle classe, tantôt à une autre, suivant sa signification ou la nature de l'idée qu'il exprime dans une locution donnée. Ainsi , nous disons : avant trois jours (Préposition) ; fort avant dans la nuit (Adverbe) ; Yavant d'un vaisseau (Substantif). — Ce n'est pas le père mais le frère (Conjonction) ; je n'en puis mais (Adverbe , formé du mot latin magis, davantage). — Il y a toujours avec lui des si et des mais (Substantifs, ou du moins des Conjonctions employées comme Substantifs). Il en est de même des mots durant^ suivant, pendant, eic, qm sont tantôt des Participes, tantôt des Prépositions.
2® Pour les mots composés de deux ou de plusieurs mot»
individuels dont chacun rappelle encore une des idées partielles qui constituent Tidée totale, c'est par la nature de cette idée totale qu'il faut juger à quelle classe ils appartiennent. Ainsi, les mots composés : arc-en-ciel , vornupieds, garde-meuble, tire-botte, etc., sont de la classe des Substantifs, parce que Tidée totale exprimée par chacun de ces mots représente une substance.
Les mots ainsi composés deviennent presque toujours par Tusage des mots simples, surtout chez les peuples où la lecture est peu répandue , parce que les mots individuels perdent insensiblement leur signification , et ne restent plus que de simples syllabes dont lensemble forme un seul mot. De là il arrive souvent que ce mot passe à une autre classe que celle à laquelle il appartenait dans son origine. Pour exemple, je citerai en latin le mot çiiemadmodum , qui est aujourd'hui une simple Conjonction, et en français le mot cependanty qui est également une simple Conjonction, formée évidemment de ce (Pronom) et de pendant (Participe). J'en dirai autant des mots voici, txn/a, qui me paraissent être aujourd'hui des Adverbes. Ces deux mots sont sans contredit formés du Verbe voir et des Adverbes ici. là ; mais, pour Toreille, ils ont perdu une partie de leur signification et ne rappellent plus que ridée des Adverbes tW , là. Le Dictionnaire de l'Académie met les mots txnct, voilà ^ au nombre des Prépositions. On ne voit pas bien sur quelle analyse est fondée cette décision.
Les huit Parties du discours en latin sont renfemo^ées dans le vers suivant :
Yae tibi ridenti, quia mox post gaudia flebis.
Les grammairiens grecs citent comme vers technique celui d'Homère, Iliade, XXII, 59 :
Tlçog â*i^è tov diatrpfov m g>QOvéovT' iléfjaov.
(Mais , outre cela , aie pitié de moi malheureux vivant encore.)