‹ Principes de grammaire générale, ou, Exposition raisonnée des éléments du langageChapitre 3 sur 45 · DE LA FORMATION DU SON DANS NOTRE APPAREIL VOCAL · texte numérisé non relu

DE LA FORMATION DU SON DANS NOTRE APPAREIL VOCAL

La physique nous apprend que le son en général est un effet , un phénomène produit par un certain mouvement de Tair et que nous percevons par Torgane de l'ouïe (!).

(1) Je pense que, philosophiquement parlant, nous deyons considérer le son comme une qualité que reçoit Tair par le mouvement et que nous perceYons au moyen de Touïe ; mais cette qualitë a une existence en dehors de nous aussi bien que la couleur , la forme , Todcur, etc. Le son n^est pas un ëtat de notre ftme, comme la joie, la douleur etc., notre ouïe ne contribue pas plus à Tcxistonce du son que la vue ne contribue à Texistence de la couleur ou de la forme. Ce qui nous fait croire pourtant que la couleur et surtout la forme ont en dehors de nous une existenCv; )las réelle que le son , c'est qu*ellvs

« Les particules des corps élastiques , dit M. Biot , lorsqu'elles sont écartées momentanément de leur position naturelle , y reviennent par une suite d oscillations isochrones. Ces mouvements se communiquent à Tair , qui est aussi un corps compressible et élastique , y produisent des condensations et des dilatations alternatives , qui sont d'abord excitées dans les couches de ce fluide les plus voisines des corps agités , mais qui de là se propagent au loin dans toute la masse de Tair , de même que les ondes formées sur une eau tranquille par une pierre qu'on y jette se propagent circulairement tout autour du centre de l'ébranlement. Quand ces changements alternatifs et périodiques de densité se succèdent avec une rapidité suffisante , ils excitent dans l'organe de l'ouïe la sensation de ce qu'on appelle un son. » (Précis élémentaire de Physique , liv. III , de l'Acoustique.)

Des diverses expériençps que l'on a faites, il résulte ceci: i<» Une corde tendue , pour produire un son, doit recevoir une impulsion assez forte pour lui faire faire au moins trente-deux vibrations par seconde.

sont ordinairement moins passagères ; puis les substances qui sont les supports delà couleur et de la forme , sont plus mate'ricllcs que Tair; nous percevons leur pre'sence non seulement par la vue mais aussi par le tact , tandis que Tair est moins palpable. Ainsi , le son ou le bruit que fait une cnscndo dans un d(^9ert , quoiqu'il n'y ait pas d'oreille pour Tentendrc, y existe aussi bien que lu cuulour et la forme des objets qui peuvent s'y trouver. Nous ne créons pas le son au moyen de l'ouïe, noas ne faisons que le percevoir et le constater , comuio toutes les autres qualités absolues d*un corps quelconque.

2* Plus les vibrations de la même corde sont rapides , c est-à-dire nombreuses dans un temps donné , plus le son est aigu , c est-à-dire élevé , haut ; et moins les vibrations sont rapides , plus le son est grave , c'est-à-dire bas. Cette qualité du son qui lui fait occuper un degré plus ou moins élevé dans l'échelle générale , s'appelle ton.

3** La rapidité des vibrations de la même corde mise en mouvement dépend de sa grosseur , de sa longueur et de sa tension. Si l'on augmente la grosseur ou la longueur de la corde , les vibrations deviennent plus lentes et le son plus grave , c'est-à-dire que le ton est baissé ; mais si l'on augmente la tension de la corde , les vibrations deviennent plus rapides et le son plus aigu , c'est-à-dire que le ton est plus haut , plus élevé.

Tout le monde sait qu'à côté des instruments à cordes nous avons deux espèces d'instruments à vent bien distinctes :

1^ Les instruments sans anche (l) , tels que la flûte , le sifflet , l'appeau des oiseleurs , etc.

2** Les instruments à anche , tels que la clarinette , le hautbois , la trompette des enfants , etc.

(1) On nomme anche un petit appareil vibratoire essentiellement composé d*une lame mince faite de laiton , de bois ou de toute autre matil're et qu*on met en mouvement par le souffle. La lame ellemême s* appelle lançuette. Il y a des anches qui ont deux languettes , par exemple , le hautbois. Le son d*une anche seule n*est pas d^uno grande importance , mais pour en faire un instrument de musique , on Tadaptc k un tuyau comme dans une clarinette.

Dans les instruments à vent de la première classe ou sans anche , il n'y a rien qui vibre comme une corde ; le son y est produit par la seule force du soufDe qui donne à Tair renfermé dans le tuyau les oscillations nécessaires pour le rendre sonore. Dans ces instruments , l'élévation et rabaissement du son ainsi que ses autres modifications dépendent de la longueur du tuyau , de son diamètre , de son embouchure et de la force du souffle.

Dans les instruments à vent de la seconde classe , c'està-dire dans ceux où une anche est adaptée à un corps de tuyau , le son est réellement produit par le mouvement et les vibrations de la languette de Tanche , mais il reçoit d'importantes modifications de la colonne d'air renfermée dans le tuyau auquel l'anche est adaptée. Les instruments de cette espèce sont donc très-compUqués ; car le son total qu'ils font parvenir jusqu'à l'organe auditif est le résultat de l'anche et du tuyau dans lequel elle est fixée. Le ton et les autres qualités du son (i)y dépendent , comme on

(l) Nous distingnons les sons les uns des antres non seulement par le ton qui est un de leurs caractères essentiels , mais par plusieurs autres qualités accessoires ; ainsi nous disons un son intense, fort ou faible ; un son iourd ou éclatant , perçant, etc. Ces qualités ne sont pas , comme le ton , Teffet de la rapidité avec laquelle les ondes alternatives de Tair se succèdent , mais plutôt de leur volume , de leur forme ; de leur condensation et de leur dilatation. Cch causes , à leur tour , dépendent sans doute en grande partie de la nature et de la configuration do Tobjet ou de Tinstrumcnt qui imprime à l'air le premier mouvement , ou qui du moins agit sur r?s ondes avant qu*elle8 ne parviennent h Torcille.

le conçoit Inen , d'abord de Tanche , c est-à-dire de la longueur y de la lai^ur de sa languette et de la rapidité de ses vibrations , ensuite de la longueur et des diverses configurations du corps de tuyau. 11 parait même que le ton de ces instruments change y suivant que Tanche est précédée d'un porte-vent comme dans les trompettes des enfants y ou qu elle se trouve dans le bec même de Tinstrument comme dans la clarinette.

Si nous avions un instrument à anche , avec une ou deux languettes très-élastiques , telles que le joueur pût à chaque instant les allonger ou les raccourcir y les élargir ou les rétrécir et varier même la tension de chacune d elles séparément et à volonté , de manière à en faire de véritables cordes , tout en variant à son gré la longueur et le diamètre du tuyau y il est facile de voir que nous posséderions un instrument plus parfait que la flûte y plus parfait que la lyre , réunissant les qualités de Tune et de Tautre : en un mot , un instrument divin. C'est d'un tel instrument que parait sortir la voix humaine , comme nous le verrons bientôt.

Le mouvement nécessaire pour rendre Tair sonore peut être produit par bien des instruments différents: mais il est un appareil que le Créateur a spécialement destiné à ce but chez l'homme comme chez les autres animaux à poumons , les mammifères , les oiseaux et les reptiles : c'est Yappareil vocal , c'est-à-dire , celui dont le son (o tpofpog) s'appelle voix (jJ qxavrj). Chez l'homme il se

compose de rensemble des organes qui lui servent à ma-

nifester ses idées par la parole el ses sensations par la v(Hx et par le chant.

Cherchons maintenant à connaître les parties principales dont se compose notre appareil vocal suivant la doctrine des anatomistes et des physiologistes ; puis en assignant , comme ils le font, à chacune de ses parties et à lensemble de leur mécanisme les fonctions et la vertu que lexpérience nous montre dans les parties et dans tout le mécanisme des instruments de musique , nous pourrons , sans entrer dans trop de détails anatomiques , nous faire une idée assez claire de lorigine ou de la formation de la voix humaine, de la différence entre les voyelles et les consonnes , de leur classification , enfin de tous les changements qu elles éprouvent et dont Tintelligence a un intérêt particulier pour le grammairien.

Fig.z

\S appareil vocal de rhomme se compose des organes suivants (Voy. la Planche ci-conlre, fig. i.) :

l"" Les ;?oumor» ; ce sont deux corps spongieux dont les cavités se remplissent d'air par l'inspiration et se vident par lexpiration.

2"" Les bronches ; ce sont deux canaux placés à la partie supérieure des poumons , servant de conduit à Tair qui entre dans les poumons et à celui qui en est chassé.

3** La trachée-artère (jQaxda aQTf^Qca , conduit ral)0teux) , partie inférieure du canal où se rendent les deux brondies , à partir de leur point de jonction jusqu'à la lettre c. Ce canal est ainsi appelé, parce qu'il est formé de plusieurs anneaux ou cercles, superposés les uns aux autres, et dont la partie antérieure se compose de cartilage, de croquant.

i** Le tarif nx , extrémité sup^'îrieure , ou continuation de la trachée-artère à partir de la lettre c jusqu'à Vépiglotte (e). 11 est situé à l'endroit de la gorge où nous sentons extérieurement une espèce de protubérance , appelée la pomme d'Adam.

Le larynx comprend (!) les deux cordes vocales inférieures (e.e.) ; la glotte — ; les deux ventricules de

(J) Voy. fîg. 2. où le larynx est rrprt^scnté il moitié ouvert et TD de face.

Morgagni (f.f .); les deux cordes vocales supérieures (e.e.). Ce qu'on appelle ici cordes , ce sont des membranes ou de petites lames minces très-contractiles et très-élastiques qui sont fixées par leur base contre les parois du larynx et forment une espèce de bourlels ou de lèvres. Elles se tendent et se détendent , s'allongent et se raccourcissent , de manière que l'ouverture qui reste entre les deux cordes, soit inférieures , soit supérieures , est tantôt rétréeie , tantôt élargie , et peut même être fermée entièrement.

Pour se faire une idée de la glottey qui n'est pas indiquée sur la planche, qu'on imagine refermé le larynx qui y est représenté à moitié ouvert : les deux cordes vocales inférieures viendront se juxtaposer , mais sans se toucher dans leur état ordinaire , de façon à laisser entre elles une petite ouverture , qui s'appelle glotle {yXunxig , lingula , languette). Cette fente est probablement ainsi nommée parce qu'elle a la forme d'une petite langue ou d'un fer de lance. Elle a à peu près onze lignes de longueur et deux à trois lignes de largeur. Elle est plus large en arrière vers le dos.

Les ventricules de Morgagni sont une espèce de poches, situées dans les parois du larynx ; ils forment ensemble , le larynx étant fermé , une certaine cavité entre les cordes inférieures et les cordes supérieures , et servent particulièrement , d'après les physiologistes , à rendre les cordes plus libres dans leurs vibrations.

Quant aux cordes vocales supérieures , quelle que soit

la modification qu elles donnent à la voix , les physiologistes les regardent généralement comme n'étant pas né- ««ssaires à la production du son; en effet, en soufflant parla trachée-artère dans le larynx détaché d un cadavre humain, on parvient aisément à produire des sons assez purs, quoique les cordes vocales supérieures n*y soient plus.

Le larynx est surmonté d'une espèce de soupape, placée obliquement à son entrée et se fermant d'avant en arrière : ouverte pendant la respiration , elle se ferme entièrement, en s'abaissant , afm d empêcher les aliments , qui doivent passer par-dessus dans l'oesophage , d'entrer dans le larynx, où l'introduction de tout corps étranger cause une irritation subite et assez violente. Celte espèce de soupape s'appelle épightte.

5** La dernière partie de notre appareil vocal se compose du pharynx , des fosses nasales et de la bouche.

Le pharynx {fauces , gosier , arrihe-bouche) est cette cavité qui commence derrière le larynx un peu en dessous de l'épiglotte , monte derrière le voile du palais , communique avec les fosses nasales , qui , prenant naissance au haut du pharynx , se terminent extérieurement par les narines. Le pharynx communique en bas avec l'oesophage qui conduit les aliments à l'estomac. Ainsi , les aliments que nous prenons passent au-dessus de Tépiglolte , traversent la partie inférieure du pharynx , se rendent dans l'oesophage et entrent dans l'estomac ; d'autre part , quand nous expirons , en fermant la bouche , l'air , après avoir

passé pai* le larynx , traverse la partie supérieure du pliarynx , se rend dans les fosses nasales et sort par les naiînes.

Toutes les parties de la bouche contribuent sans doute beaucoup à la force et à la résonnance de la voix ; mais nous y devons surtout remarquer le voile du palais , la langue, Y arcade dentaire inférieure et les lèvres; car chacune de ces parties , qui sont très-mobiles , joue un rôle spécial , comme nous le verrons plus loin , dans les principales modifications que reçoit notre voix.

Le voile du palais est cette toile musculaire qui sépare la bouche de la partie supérieure du pharynx , et forme sur la racine de la langue une espèce d'arcade , du milieu de laquelle nous voyons descendre la luette. Le voile du palais mérite une attention particulière : cette espèce de rideau, tantôt levé, tantôt baissé à volonté, sert à augmenter ou à diminuer ou même, avec le secours de la langue, à fermer entièrement Touverture située entre le pharynx et la bouche , qu'on appelle Y isthme du gosier.

Pour comprendre comment la voix humaine se forme dans notre appareil voc^l ainsi composé, remarquons d'abord que , par l'action de certains muscles , nos poumons se dilatent et que par la seule pression de l'atmosphère l'air extérieur y est introduit , comme il l'est par

le souffle dans une vessie. Quand nos poumons sont ainsi remplis d*air , nous les comprimons à Faide d'autres muscles. Par là lair en est chassé , il passe par les bronches et la trachée-artère et arrive à la glotte , mais ne pouvant séchapper as Sment par cette ouverture , très-étroite eu comparaison du canal qu il a parcouru jusqu'alors , il est poussé par la force du souffle contre les bords des cordes vocales inférieures, et leur donne une secousse qui les met en vibration : c'est en ce moment que l'air devient sonore, ou , en d'autres termes , que le son prend naissance.

« S'il est dans la théorie de la voix humaine , dit M. J. Millier , une question à laquelle on puisse répondre sur le champ, c'est celle de savoir dans quelle partie des voies aériennes la voix se forme. Les observations recueillies sur l'homme vivant et les expériences faites sur le larynx humain démontrent que la voix se produit dans la glotte même , ni au-dessus ni au-dessous. Lorsqu'il existe une ouverture accidentelle à la trachée-artère , ou qu'on en pratique une à celle d'un animal , la voix cesse , et elle reparaît dès qu'on bouche Fou vert ure. C'est une expérience qui s'est fait« très-souvent et qui ne s'est jamais démentie. Au contraire , une ouverture pratiquée à la partie supérieure des voies aériennes, au-dessus de la glotte ne supprime pas la voix.... Qu'on essaie de produire des sons avec le larynx d'un cadavre humain , en soufflant par la trachée-artère, ce à quoi le moins exercé parvient pourvu que les ligaments inférieurs (les cordes inférieures) de la

glotte soient un peu tendus et la glotte elle-même rétrécie, on en obtient effectivement ; peu importe que le tronçon i£ Ja trachée par lequel on souffle soit long eu court ; il peut même n'y en avoir plus de trace , et le résultat n'en sera pas moins le même , en soufflant par Textrémité inférieure du larynx. Un larynx ainsi détaché du corps peut être dépouillé de toutes les parties situées au-devant de la glotte , de Tépiglotte , des ligaments supérieurs (cordes supérieures), des ventricules compris entre les ligaments et les cordes vocales ;... pourvu que la fente entre les ligaments inférieurs subsiste encore , et que cette fente soit étroite , Forgane n'en donnera pas moins des sons purs , aussitôt qu'on soufflera par la trachée-artère. De tout cela il résulte que la cause essentielle de la voix réside dans la glotte , que la trachée-artère se comporte comme la soufflerie d'un instrument à vent , et que le tube situé en avant de la glotte , avec la partie supérieure de la cavité laryngienne , entre les ventricules de Morgagni , les ligaments inférieurs et supérieurs , et Tépiglotte , jusqu'aux cavités nasale et orale , correspondent au corps de tuyau de cet iiAstniment , qui modifie bien le son, mais ne le produit pas (1).

Après avoir bien constaté que Tair devenait sonore au moment où il traverse la glotte , les physiologistes du dernier siècle se sont beaucoup occupés de la question

(i) J. MiillcT , Pliysîologio du HVsitcino rcrvoux, traduite par M. Jourdain. Taris , 1840 , pag. 71.

de savoir , si le son y est produit comme dans un instrument à vent sans anche , tel que la flûte , par le seul passage de Fair au travers de la glotte , ou comme dans un instrument à cordes par les vibrations des ligaments inférieurs qui forment la glotle.

A la tète des savants qui , à la suite des anciens , ont adopté la première de ces deux théories , il faut placer Dodart (1). D après les expériences et les observations de ce savant médecin , le son se forme dans la glotte par le seul passage de l air à travers cette petite ouverture , comme il se forme dauo une flùle , de façon que les ligaments , nommés cordes vocales , ne servent qu a donner à la glotle divers degrés d'ouverture. Le ton dépend ; suivant lui , du degré d'ouverture de la glotte et de la force avec laquelle on soufiBe : lorsque cette ouverture s'élargit , le ton descend ; il monte lorsqu'elle se rétrécit.

L'auteur de la seconde théorie , Ferrein (2) , ayant remarqué que le degré d'ouverture de la glotte n'exerçait pas sur le son l'influence que Dodart lui avait attribuée, fut conduit par ses nombreuses expériences à se faire une opinion tout autre sur notre appareil vocal. Suivant lui , cet appareil tient à la fois des instruments à cordes et à vent , et beaucoup plus des premiers que des

(1) Voy. les Mëm. de TAcad. des Scûdc Paris , années 1700 , 170G ,

{^) Voy. les Mémoires de l'Acad. des Sci. de Paria, annëe I74f.

seconds. D après sa doctrine , le son n'est pas produit par le passage de lair à travers la glotte , mais par les vibrations des ligaments inférieurs ; ce sont ces ligaments qui produisent le son ; ils se tendent et se détendent , se raccourcissent et s'allongent , et, de cette façon, modifient les sons suivant les lois ordinaires des instruments à cordes: Tair qui vient des poumons et qui passe par la glotte , ne fait que la fonction d'un archet sur les cordes vocales. « J'avais promis , dit Ferrein en finissant , un instrument à vent et à corde tout à la fois , cet engagement est rempli : on vient de voir un discorde pneumatique plus varié dans ses sons et plus harmonieux que tout ce que rindustric humaine a pu imaginer. »

On conçoit que celte théorie de Ferrein a dû trouver bien des contradicteurs dans les physiciens de son temps ; il est en eflet diilîcile de comprendre que deux Ugaments d une si petite dimension puissent produire par leurs vibrations des sons comparables par leur volume à ceux de la voix humaine . C'est bien aussi pour ce motif que le célèbre physicien , M. Biot , ne regarde pas notre appareil vocal comme un instrument à cordes et à vent , mais uniquement comme un instrument à anche libre , c'est-à-dire comme un instrument à vent , mais d'une anche à deux languettes qui , tantôt allongées tantôt raccourcies produisent le son par leur battement ou par leurs alternatives d'ouverture et de fermeture , et non pas par des vibrations semblables à celles d'une corde. Sui-

vant lui , notre appareil vocal n a donc rien de commun avec un instrument à cordes : c'est un instrument à anche libre , où les poumons servent de soufflet , la trachéeartère de porte- vent , le larynx d'anche , et la bouche de tuyau'pour Técoulement de l'air (1).

Mais , dans ces derniers temps , Ferrein a trouvé pour le fond de sa théorie un grand défenseur dans le célèbn^ physiologiste de Berlin , J. Millier. Ce savant , par ses nombreuses expériences , a de nouveau constaté que la cause principale du son de notre voix réside en effr;t dans les vibrations des ligaments de la glotte , appelées cordes vocales ; que ces Ugaments , qui sont d'un tissu trèsélastique , se tendent et' se détendent , s'allongent et se raccourcissent et font ainsi pour la naissance du son comme pour ses principales variations la fonction de cordes ; en sorte que notre appareil vocal , si toutefois j'ai bien compris lés explications de J. Millier , participe réellement des instruments à cordes et à vent , parce que Tair qui passe par la glotte et met ainsi les cordes en vibration , ne fait pas seulement fonction d'archet ; il agit aussi sur la colonne d'air renfermée dans la partie supérieure de l'appareil et lui communique des oscillations qui modifient le son des cordes vocales , comme , dans un instrument à anche , le corps de tuyau modifie le son de l'anche.

(1) Foy. Prëcis ëlëmentaîre de Physique expërimeutalo , par M. Biot , 3« édiu Taris , 1824 , pag. 457 et suiy.

Page 1