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TEMPS EN PARTICULIER

L'homme est naturellemcnl porté à acquérir des connaissances claires et distinctes ; et, dans ce but, il cherche toujours à préciser ses idées générales au moyen de telle ou telle qualité, soit absolue, soit relative. Ainsi, nous ne nous contentons pas de savoir qu'il existo entre deux idées que nous comparons tel ou tel rapport , mais nous cherchons à mieux en déterminer l'existence par la circonstance de temps , à le représenter non plus d'une manière vague et générale, mais comme présent , passé ou futur. Comme c'est le verbe qui exprime l'existence de ce rapport, il est arrivé que , par l'usage, ce mot a reçu différentes formes pour marquer les différentes circonstances de

temps, et ce sont ces formes elles-mêmes qu'on appelle les Temps du verbe (1).

Pour préciser l'existence du rapport entre deux idées , lliomme n a pas saisi seulement la'Tirconstance de temps, mais aussi la manière dont cette existence se présente à son esprit, soit comme réelle ^ soit comme possible^ douteuse, incertaine, soit comme nécessaire par suite de sa volonté. C'est également le verbe qui, dans la plupart des langues, a reçu par Fusage différentes formes , pour marquer les diverses manières dont l'existence du rapport entre deux idées se présente à l'esprit de celui qui parle ; ces formes s'appellent les Modes du verbe. Nous voyons par là que les Temps n'ont absolument rien de commun avec les Modes.

Quand on compare plusieurs langues, on remarque à la première vi^ que rien n'y est plus varié que le nombre des Temps : en hébreu, les verbes n'ont que deux Temps ; en sanscrit, ils en ont six ; en latin , ils en ont moins qu'en grec ; en français , plus qu'en allemand ; et ainsi des autres langues.

Pour nous faire une idée claire de la valeur des Temps dans le langage en général et dans chaque langue en particulier , nous devons chercher d'abord à déterminer les circonstances de temps que l'homme est naturellement

(i) Ponr ëvîter toute confusion , jVcrirai ]e mot Tem ps, pris dfins le sens de forme temporelle , avec une lettre majuscule.

porté h saisir dans le but de préciser ses coimaissances. Nous examinerons ensuite quelles sont , parmi ces circonstances, celles dont l'expression est propre à donner naissance aux formes temporelles des verbes : ainsi nous arriverons à connaître la valeur primitive de ces formes. Si nous ne procédions pas de cette façon, nous nous exposerions à prendre pour leur sens propre et primitif ce qui n en est qu une de leurs acceptions figurées , et h ne pas apercevoir l'analogie que celles-ci ont toujours avec le premier.

Dès que nous avons conscience de ce que nous faisons à chaque instant , et le souvenir de ce gue nous avons fait ou vu précédemment, tous les phénomènes que nous observons soit en dehors de nous, tels que le léVSr. et le coùclier du soleil , la cl^é du jour et lobscurité de la nuit, soit au dedans de nous-mêmes , tels que la joie et la tristesse , l'espérance et la crainte, enfin tous les sentiments de notre àme se présentent à notre esprit comme une succession continuelle do changements. L'idée que nous nous formons de cette succession est exprimée par le mot temps. S'il n'y avait pas de changements, l'idée de temps n'existerait pas, parce qu'il nZy aurait pas de succession (I).

(1) Sine Tarictate motîonum non sunt tempora , dît S. Augustin,

Une fois en possession de l'idée de temps, notre désir d'avoir des connaissances claires et distinctes nous porte à assigner à chaque être, à chaque fait la place qu'il occupe dans le temps. Or ils n'ont en eux aucune qualité absolue, aucun trait qui marque leur place dans le temps ; c'est donc l'homme seul qui doit la déterminer. Nous n'avons qu'un moyen d'y arriver : c'est de prendre pour point fixe ou de départ le fait le plus propre à remplir cette fonction, et d'y rapporter par la comparaison tous les autres qu'il ' s'agit de classer. En effet, dans la durée comme dans l'espace, on ne peut déterminer un point que par ses relations avec un point connu .

Or, comparés relativement au temps, deux faits donnés occupent, ou la même place, ou deux places différentes : dans le premier cas, ils sont en rapport de simultanéité , c'est-à-dire chacun d'eux est présent relativement à l'autre ; dans le second cas, celui qui précède est en rapport d'antériorité avec celui qui suit, c'est-à-dire pa55e relativement à celui-ci ; et le second est en rapport de postériorité avec celui qui précède, ou futur à l'égarâ du premier. Un quatrième rapport aussi général sous le même point de vue est impossible.

Confess,, XU, 11. Lucrèce (I, 460) a exprimé, ce me semble, la même pensée dans les rers suivants :

Tempus item per se non est, sed rcbus ab Ipsis Consequitar sensus, transactam qaid sit in »yo» Tum quœ res instct, quid porro deinde seqaatur.

Par là nous voyons :

i*" Que les mots présent, passé et futur ^ n'ont pas de sens absolu > mais marquent seulement qu un fait a lieu en même temps, avant ou après un autre qu on a pris pour point do comparaison.

2^ Que les circonstances de temps les plus générales que riiomme éprouve le besoin d exprimer sont les rapports de simiUtanéité, ^^antériorité ou de postériorité de tel fait avec un autre auquel il le compare. Je dis à dessein les circonstances les plus générâtes^ car nous éprouvons assez souvent le besoin de mieux préciser ces mêmes circonstances , en indiquant qu un fait a eu lieu longtemps avant ou qu il doit arriver peu de temps après un autre ; mais . ce sont des circonstances moins générales, qui se présentent plus rarement dans le discours, et dont Texpression, pour ce motif même, est moins propre à donner au verbe une nouvelle forme. En effet, il est bien certain que les diffé* rentes formes que prennent tant les noms que les verbes pour ajouter à Fidée principale telle ou telle idée accessoire, doivent leur origine à l'expression fréquente de cette dernière, qui se présentait souvent dans la vie commune, et qui d'ailleurs était facile à saisir.

Ces deux points admis, s'il s'agit de fixer la valeur primitive et le sens propre des Temps dans les langues en général , la question se réduit à savoir quel est le fait que tout homme qui parle, prend naturellement pour point de départ et auquel il rattache les autres dans l'ordre du temps.

La solution se présente d'elle-même. Tout homme paiie pour se faire comprendre ; il est donc naturel qu il prenne dans le langage pour point de comparaison un acte, un fait, ime époque, ou une période dont la place dans le temps soit connue et de celui qui parle et de celui qui écoute : autrement le langage serait inintelligible. Quel est ce fait ? C'est évidemment Yacte même de la parole , car rien n'est mieux connu de l'un et de l'autre quant au temps. Tous deux ont conscience de ce qu'ils fout et de ce qu'ils éprouvent : l'un sait qu'il parle , l'autre qu'il entend ; tous deux savent aussi que l'action de parler et celle d'entendre ont lieu dans le même instant.

Comparée, quant au temps, à l'acte de la parole, toute action lui sera nécessairement simultanée, antérieure, ou postérieure j c'est-à-dire que , relativement à cet acte , elle sera présente, passée ou future.

Comme nous sommes tous portés instûictivement à prendre cet acte même de la parole pour tenne de comparaison , il n'est pas étonnant que dans toute langue, quek^ que simple qu'elle soit^ il se trouve une forme ou du moins une construction particulière pour marquer chacun de ces trois rapports. Ainsi, en français et dans une foule de langues, ces trois rapports sont exprimés par les Temps suivants et par leurs équivalents dans d'autres langues :

l"" Le rapport de simultanéité > par le Présent : f écris, scribo, yçâipto, etc.

S"" Le rapport d'antériorité, par le Prétérit indéfini : foi écriU scripsiyyéyQaqxXy etc.

S"" Le rapport de postériorité, par le Futur simple : f écrirai^ scribamy yQatpœ^ etc.

En d'autres termes :

1^ Le Présent (j'écris) marque tout simplement que Faction a lieu en même temps que Pacte de la parole. Ainsi, quelqu'un entre chez moi et me dit: que &itesvous ? je lui réponds : f écris une lettre. Je n ai pas besoin d y ajouter : dans le moment où je votis parle^ la forme seule du verbe f écris marque cette circonstance de temps.

2*» Le Prétérit indéfini (fai écrit) marque uniquement que le fait a eu lieu dans un temps quelconque avant Facte de la parole : — Vous avez mauvaise mine ; qu'avexvous ? — fai été malade. En employant ce Temps, je fais connaître tout simplement que ma maladie est antérieure au moment où je réponds. Les mois f ai été makuk ne marquent pas par eux-mêmes que je ne le suis plus ; car je puis très-bien dire : j'ai été malade et je le sub encore ; pourtant ils indiquent d'une manière accessoire que je ne crois plus l'être ; sans cela je dirais : je suis malade.

Remarquons aussi qu'en disant : fai écrit l'année dernière ce cours de grammaire, le point de comparaison n^est

pas rawiée dernière^ mais le moment où je parle : les mots l'année dernière sont ajoutés pour mieux préciser Fidée dantériorité.

Le nom de Prétérit indéfini est assez bien choisi : ce Temps marque uniquement qu'une action a eu lieu avant le moment de la parole , sans aucune détermination plus précise.

3" Le Futur simple (f écrirai) marque que l'action aura lieu dans un temps quelconque après l'instant de la parole. Ainsi, dans cette phrase : je partirai demain, le Futur fait connaître que mon départ aura lieu après le moment où je parle , et le mot demain y est ajouté pour mieux préciser Tidée de postériorité.

Les trois temps dont je viens de parler, peuvent être appelés Temps principaux y parce qu'ils se sont sans doute formés avant tous les autres , auxquels ils ont donné naissance et qu'on appelle pour ce motif Temps secondaires.

Si nous ne pouvions prendre pour point de comparaison aucun autre fait que Tacte de la parole, il est probable que les langues n'auraient que les trois Temps principaux dont il a été question jusqu'ici ; mais Thonmie ne se borne pas à savoir et à indiquer vaguement qu'une action a eu lieu dans le passé ou qu'elle aura lieu dans l'avenir : le

développement de ses facultés lui fait éprouver le besoin de mieux préciser les circonstances de temps, et, dans ce but , il prend pour point de comparaison^ non plus Tacte de la parole, m^ais un autre fait, dont la place dans le temps est toutefois supposée connue de celui qui écoute.

Ce fait est nécessairement 'passé ou fidur. De là deux ordres de Temps secondaires.

Soit un fait dont il faut déterminer le traips par rapport à im fait passé. Relativement à celui-ci, il sera évidemment ou simultané, ou antérieur, où postérieur^ c'est-à-dire présent , passé ou futur. En français , en latÎQ^ en grec et dans d autres langues qui ont un certain nombre de Temps, ces trois rapports sont exprimés, comme suit :

i"^ Le rapport de simultanéité d une action avec une autre action passée , par llmparfait : /écrivais , scribebam , eyQacpov^ etc. ; par exemple: A l'arrivée du messager, f écrivais une lettre, cela signifie que j'étais occupé à écrire une lettre lorsque le messager arriva, c'est-à-dire que mon action d'écrire a eu lieu en même temps que l'arrivée du messager.

2'' Le rapport d'antériorité d'une action avec une autre action passée , par le Plus-que-parfait : f avais écrit , scripseram , èy€yQag)€iv, etc. ; par exemple : A l'arrivée du messager, f avais écrit une lettre, cela signifie que l'action d'écrire la lettre a eu lieu avant l'arrivée du messager.

3** Le rapport de postériorité d'une action avec une autre action passée est exprimé en français par le Prétérit défini y j écrivis; en latin, oti il na pas de forme particulière, par le Parfait, scripsi ; et en grec , par l'Aoriste, ayçaipa ; par exemple : A laiTivée du messager , féciivis une lettre, c'est-à-dire l'action d'écrire a eu lieu après l'arrivée du messager.

Il est presque superflu de faire remarquer que, dans ces trois exemples, l'aiTivée du messager est supposée connue et sert ainsi de terme de comparaison.

Les rapports exprimés par ces trois Temps secondaires exigent, pour être saisis et mis en usage, un assez grand développement des facultés intellectuelles, et sont conséquemment moins propres à donner naissance à une forme particulière du verbe. Aussi n'ont-ils pas chacun une forme propre dans toutes les langues : beaucoup d'entre elle» y suppléent couvent, soit par la manière de prononcer le verbe, soit par la disposition des mots de la phrase. Ainsi, sans parler d'autres langues , le latin n'a qu'une seule forme pour exprimer notre Prétérit indéfini et le Prétérit défini ; de même l'allemand n'en a qu'une (1) pour marquer notre Imparfait et le Prétérit défini. C'est à cause de ce défaut de certaine forme dans telle ou telle langue que l'emploi des Temps offre tant de difficultés,

(1) II me serublc que, dans la langae purWe, cette forme du verbe ec prononce plus rapidement , quand elle rëpoud à notre Prêtent défini. NVn a-t'il peut-être pas ëtë de même en latin pour le Parfait ?

quand il s'agit d'exprimer dans deux langues qui n'ont pas le même nombre do formes, la même circonstance de temps avec la même précision. Les Anglais, les Allemands , les Flamands, etc., confondent presque toujours l'emploi des Temps en français.

Quant aux actions futures dont nous voulons mieux déterminer le temps, le procédé est le même, avec cette différence que nous prenons ici pour point de comparaisoa un fait, un événement futur : nous y rapportons Faction dont il s'agit de fixer le temps, et nous découvrons que celle-ci est, relativement au terme de comparaison, simultanée , antérieure ou postérieure , c est-à-dire présente, passée ou future.

Chaque langue, outre le Futur simple, pourrait donc avoir trois autres formes de Futur, destinées à exprimer chacun de ces trois rapports ou chacune de ces trois circonstances de temps ; Fexpression de la pensée y gagnerait évidemment en précision. Mais, soit que Thomme parle moins souvent des choses à venir que des choses passées, soit qu'il les connaisse moins bien, ou qu'il attache moins d'intérêt à les fixer avec précision, il est arrivé que les langues, même celles qui ont le plus de formes temporelles , n'ont pourtant en général de Temps particulier que pour exprimer le second de ces trois rapports , celui

tériorité. Ce Temps, f aurai écrit, scripsero, et en au passif, ysyQÔtpofimy s'appelle FiUur passé ou anur : il marque qu'une action future aura lieu avant autre également future, prise pour terme de compara. Quant au rapport de simultanéité et de postériorité 3 deux actions futures, c'est le Futur simple qui sert

exprimer. La forme du verbe les représente donc Jement comme postérieures à l'acte de la parole. ; ce qui supplée à l'insuffisance de la forme, ce qui \ montre ces actions futures comme devant avoir lieu %ême temps qu'une autre action future ou aprrs elle,

l'ordre de la narration , c'est-à-dire l'ordre dans el les verbes sont énoncés. Ainsi, quand je dis : j'irai aîn à Cologne, je visiterai la cathédrale, je verrai quel- ; autres monuments , je dinerai et je reviendrai ; il jvident que Tordre de ces actions ou leur rapport de ériorité est marqué par la place des verbes plutôt que leur forme. Aussi, lorsque la place seule des verbes emble pas suffire poiu* s'exprimer avec clarté , on y te les mots en même temps , ensuite, après cela, ou

on donne au disœurs une autre tournure, en emant la conjonction pendant que, le participe ou le ur antérieur.

es trois circonstances de temps dont il est question 5 ce paragraphe, pourraient être exprimées en français ans nos langues anciennes, comme suit : " Le rapport de simultanéité, parles mots : je serai à

éaire, scribens ero, yqaipiav êaofiat ; par exemple : A larrivée du messager , je serai à écrire^ à diner, etc.

2** Lerapport d'antériorité, par les mots : f aurai écrit, scripsero, yeyqaqx^s êoofiat. Ce Temps se trouve, réellement en français , en btin et en plusieurs langues. Ainsi nous disons : A l'arrivée du messager, f aurai écrit , scripsero , ma lettre. Le même Temps existe aussi en grec au passif, ysyQuipofiai.

3° Le rapport de postériorité, par les mots : je devrai écrire^ je me mettrai à écrire , scripturus ero, yqàipvn saotnai, etc.

De tout ce qui vient d'ôtre dit sur les Temps, il résulte :

1** Que ces formes des verbes marquent les circonstances de temps exprimées par les mots : en même temps, avant et après.

2*" Que les circonstances de temps les plus générales que nous éprouvons le besoin d'indiquer sont au nombre de neuf, parce que nous prenons naturellement pour terme de comparaison, ou l'acte de la parole, ou un fait passé, ou un fait futur.

3** Que chaque langue pourrait avoir neuf Temps dont elle se servirait avec avantage.

Il se rencontre dans plusieurs langues, en français, en italien , en espagnol, en persan un Temps appelé Prétérit

utérieur (Jem écrit), qui désigne une autre circonstance le temps que celles dont j'ai parlé jusqu'à présent. Il est ['autant plus nécessaire de m'occuper ici de la valeur de e Temps, qu'aucun grammairien , que je sache, n'en a lien fait connaître ni la signification ni l'usage.

Le Prétérit défini (f écrivis) , comme nous le savons éjà, marque le rapport de postériorité d'une action avec m autre fait passé, ou, ce qui revient au môme, il marque action comme appartenant à un temps futur, à une péiode future, relativement à un fait passé. Il est bien clair ue, daas cette même période on peut prendre pour terme e comparaison un fait quelconque et y comparer l'action ont on veut fixer le temps. L'action sera alors avec le 3rme de comparaison en rapport de simultanéité , d'an/eiorité ou de postériorité. Ainsi, toutes les langues pouraient avoir, outre les neuf Temps mentionnés dans les § précédents, trois autres Temps destinés à marquer ces rois nouveaux rapports. Mais on ne connaît aucune lan- ;ue qui ait reçu un si grand développement. Cela n'est >as étonnant : ces trois nouveaux rapports étant trèsomplexes , sont trës-diificiles à saisir ; aussi employonslous bien rarement le mot de sur-lendemain. A la vérité, ans un récit suivi, l'homme prend assez souvent pour orme de comparaison un fait passé, postérieur à un autre ait passé, futur relativement à celui-ci ; mais quand i 'agit d'exprimer les rapports d'une action avec ce terme e comparaison , il perd de vue la qualité de futur de ce

dernier, et il marque ces trois nouveaux rapports par rimparfait, lo Plus-que-parfait et le Prétérit défini. L'ordre de lii narration seul , bien plus que la forme du verbe, suffit pour faire saisir à son interlocuteur les circonstances de temps avec toute leur exactitude. En français, en italien, en espagnol et en persan, il se trouve pourtant un Temps pour marquer Fim de ces trois rapports, celui d'anlériorilé , c est le Prétérit antérieur (jeus écrit) , qui exprime le rapport de postériorité d'une action avec un fait passé et à la fois le rapport d'antériorité de la même action avec un autre fait passé.

Pour montrer que l'emploi que nous faisons du Prétérit €Lntéricur est conforme à la valeur logique que je viens de lui assigner , je prendrai pour exemple d'analyse un des premiers endroits du Télémaque Qiy . I, aliu. 26). Le fils d'Ulysse raconte à Calypso comment Mentor et lui ont échappé aux vaisseaux des Troyens, en faisant des efforts pour aborder sur la côte voisine do la Sicile ; puis il y ajoute :

« A peine fûmes-nous arrivés sur ce rivage, que les habitants crurent que nous étions ou d*autres peuples de rile armés pour les surprendre, ou des étrangers qui venaient s'emparer de leurs terres, etc. »

n est évident que, par ces mots à peine fûmes-nom arrivés^ Fénélon veut marquer qu'ils sont arrivés après avoir fait des efforts pour aborder, et a'oant que les habitants crussent que c'étaient des étrangers ; en d'autres

termes, il représente leur arrivée comme postérieure à leurs efforts d'aborder, et antérieure à la croyance des habitants.

La même analyse s applique à toutes les phrases où le Prétérit antérieur est à sa place. Ainsi, dans la fable de la Cigale et la Fourmi, pourquoi La Fontaine emploie-t-il le Prétérit antérieur : « Quand la bise fut venue » ? c'est sans aucun doute pour représenter la bise comme ayant soufflé ajrrès le chant et avant la détresse.

Nous voyons par là que la valeur du Prétérit antérieur ressemble à celle du Plus-que-parfail en ce que lun et l'autre marquent qu'une action a eu lieu avant un autre fait passé, mais le Prétérit antérieur marque en outre qu'elle est arrivée après un autre fait également passé. Ainsi je dirai : j'ai été dimanche dernier à la campagne, parce (\aQf avais appris que mon père était malade ; quand feus acquis la certitude que la maladie n'était pas grave , je revins dans la ville. J'emploie le Plus-que-parfait pom* marquer que l'action d'apprendre a eu lieu avant de mo rendre à la campagne, et je me sers de préférence du Prétérit antérieur (j'eus acquis), parce qu'il indique que l'action exprimée par le verbe a eu lieu, non seulement avant mon retour , mais aussi après mon arrivée à la campagne. Remarquons, en passant, que notre Prétérit antérieur, précédé d'une Conjonction de temps, se rend en latin par le Plus-que-parfait du Subjonctif.

Comme le Temps appelé Prétérit sur-composé (j'ai eu

écrit) Q^cst plus en usage , et cela à juste raisoo , parce qu il faisait double emploi avec le Plus-que-parfait, je ne m y arrêterai pas. Je ferai seulement remarquer qu'il y aurait eu peut-être avantage à conserver ce Temps à Tlnfinitif (avoir eu écrit) et au Participe (ayant eu écrit) comme formes du Plus-que-parfait.

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