DU PRÉSENT
Ce Temps, comme nous l'avons vu (§ 82), marque que le rapport de convenance ou de disconvenance entre deux idées, le Sujet et l'Attribut , existe en même temps que l'acte de la parole.
(1) La Fontaine, FabUê, II, 9.
a) On emploie aussi très-souvent le Présent, sans vouloir indiquer ce rapport de simultanéité plutôt que tout autre, comme dans ces exemples : La puissance de Dieu est sans bornes. — Les hommes sont mortels. — -. Les savants aiment les bons livres, etc. Par suite de cet empbi du Présent, les grammairiens ont établi pour règle que ce Temps sert aussi à indiquer des choses qui sont et seront toujours vraies, ou qui existent à Tétat d'habitude.
Si Ion examine bien ces exemples, il est facile de se convaincre qu en s*exprimant ainsi on n attache à la forme du Présent aucune circonstance de temps : on ne veut pas indiquer le moment présent plutôt que le temps passé ou futur ; si le verbe avait une forme qui ne marquât aucun temps, on remploierait dans ce cas. L emploi du Présent dans ces sortes de phrases vient d'une certaine imperfection de la langue (§ 76, 1**) ; et ce qui fait comprendre à notre interlocuteur que le Présent signifie ici toujours ou habituellement y c'est d'un côté la nature du Sujet et de l'Attribut, de l'autre, ce fait que nous y ajoutons souvent les mots actuellement ou maintenant, lorsque nous voulons ^borner notre pensée au moment présent.
6) Très-souvent aussi les poètes et les orateurs emploient le Présent là où il s'agit d'un fait passé ou futur C'est une hypotypose , par laquelle on représente une action passée ou future comme présente, afin de donner au discours plus de vivacité, comme dans ces vers si connus de Racine :
J*ai vu, seigneur, j*ai vu votre malheureux fils ,
Traiué parles chevaux que sa main a nourris.
n beut les rappeler, et sa voix les effraie.
Us courent. Tout son corps n'est bientôt qu'une plaie (1).
L'emploi de cette figure doit , ce me semble, son origine à ce que les choses présentes, bonnes ou mauvaises, nous affcctdnt plus fortement que les choses absentes. Pour atteindre le même but, Técrivain ou Torateur, au moyen du Présent du verbe, nous met les faits en quelque sorte sous les yeux.
c) Une autre construction propre à quelques langues, c'est l'emploi du Présent après la conjonction conditionnelle si, dans des cas où il s'agit évidemment d'une époque future. Ainsi, nous disons : Si je suis en vie dans dix ans, je me retirerai à la campagne, etc.
Il serait sans doute plus logique de dire si je serai; mais en français et dans d'autres langues l'usage du Présent a prévalu, probablement parce que la conjonction avec le reste de la phrase suffit pour faire comprendre qu'il s'agit d'un fait à venir.