DU FUTUR SIMPLE
Ce Temps marque qu'une action est postérieure à Tacte delaparole(g82).
à) L'emploi du Futur dans le sens de Tlmpéralif est une figure par laquelle on représente, en quelque sorte par anticipation, lacté commandé ou défendu comme une chose qui réellement aura ou ri aura pas lieu, afin de faire mieux entendre qu elle doit ou ne doit pas se faire. Cette tournure ajoute, tant au commandement qu'à la défense, quelque chose de rigoureux ; voyez, par exemple , le Décalogue.
6) Les deux premières conjugaisons latines font le Futur en &o , et les deux autres en am. Comme nous ne concevous guère que Tune de ces deux terminaisons ait pu, par Tusage, se changer en l'autre , nous devons bien en conclure que chacune d'elles a son origine et son étymologie propre. La terminaison bo est probablement le reste de quelque verbe auxiliaire (bhUy être, en sanscrit ; ou q>vw, ^ôua en grec) qui est venu s'attacher à la racine. La terminaison am parait n'être autre chose que le pronom de la première personne mi on men, dont la lettre initiale est cronservée dans les cas obliques du même pronom en grec, en latin et dans beaucoup d'autres langues. L'origine de ce
Temps est la même dans les langues sémitiques, mais ici le pronom personnel est attaché au commencement de la racine .
c) On croit aujourd'hui généralement que le Futur simple des langues néo-latines est composé de Finfinilif du verbe et de l'auxiliaire awtr : faimer-ai, je servir - ai ^ c'est-à-dire /at à aimer j fai à servir y etc.
Quelque respectables que soient les autorités que cette opinion a en sa faveur, je doute pourtant beaucoup qu'elle soit réellement bien fondée. D'abord, deux mots ne viennent à se réunir et à donner ainsi naissance à une nouvelle forme que par l'emploi fréquent de l'un immédiatement après l'autre ; or les expressions amare habeo , servire habeo, etc., pour dire /ai à aimer, fai à servir, n'étaient nuUement, ni dans les habitudes des Romains, ni dans celles des peuples germamques ; et le petit nombre d'exemples qui se trouvent de cette construction chez les uns et les autres pour indiquer une action future, ne peuvent être regardés que comme des exceptions du langage ordinaire ; aussi en allemand même, en flamand et en anglais, le Futur est d'une tout autre origine. Ensuite, le verbe avoir est réellement très-propre à indiquer l'idée d'antériorité, mais en est-il bien de même pour l'idée do postériorité? Enfin, la langue latine avait bien deux Futurs qui indiquaient l'idée de postériorité, et si le premier (amabo), par l'affaiblissement ou la disparition de sa terminaison, n'y sufBsait plus, est-ce que le second {amavero) n'était pas propre à le remplacer ?
Co sont ces motifs qui me font croiro que le verbe avoir n est pour rien dans la forme du Futur des langues uéo-Iatines et que la terminaison rai en français, ro en italien, re en espagnol et rci en portugais, n'est rien autre chose que la terminaison ro du Futur antérieur en latîn, comme dans je serai (saro on ital., seré en esp., serez en port.) elle est celle de ero ou essero en latin du moyen âge ; de façon que notre Futur j'aurai (avro en îtal., habré en esp., haverei en port.), je chanterai (canterd, cantaréy cantarei)^ doit être regardé comme ayant été formé, mutatis miUandis, de haiueroy cantaverOf cantaro^ etc. Je no veux pas dire que le ro latin se soit changé tout d un coup en rai ; il est possible que la voyelle o ait d'abord disparu et qu elle n ait été remplacée dans la suite par 0, é, ei, aij que pour mieux soutenir la consonne caractéristique r.
Remarquons d'ailleurs que, dès le commencement du moyen ûge, les grammairiens, et à plus forte raison le peuple, ne distinguaient plus en latin la véritable valeur du Futur antérieur de ceUe du Futur simple (1), do manière que ces deux Temps s'employaient sans doute assez indifféremment, et le premier peut-être plus souvent que le second, parce qu'il était plus caractéristique. Aussi dans le plus ancien document de la langue française , le serment de Louis le Germanique en 842, nous rencon-
(î; Voy. Priscien, p. 805, 806, 815, édît de Patsch; et Macrobe^ p. 2743, ibid.
Irons le mot «wr, j'irai, qui est évidemment le Futur antérieur du latin ivero et s'est changé après en irai , comme amavero ou ainaro en aimerai. Si, au lieu de lire avec Raynouard iver (j'irai) , on préfère la leçon de MM. Grimm et Diez iu er (ego ero)^ ce sera toujours le Futur sans aucune trace du verbe aixnr. De même l'origine de nos Futurs je viendrai, je voudrai y je pourrai etc., s'explique très-bien , si l'on regarde ces formes comme une altération de venero, voluero, potuero ou potero ; mais en est-il de même, si on les considère comme des formes de riniinitif accompagné de l'auxiliaire avoir ?
DE l'imparfait.
Ce Temps marque qu'une action passée a eu lieu en même temps qu'une autre également passée (§ 83).
a) Comme toutes les formes temporelles ont pour but de faire connaître le temps où une action a lieu, il est évident que le fait qui sert de terme de comparaison à cette action, doit être exprimé ou du moins être connu par certaine circonstance, comme dans les exemples suivants :
« Le mariage du prince a été célébré hier à l'hôtel de
ville ; tous les ministres y assistaient. > On emploie ici le
Prétérit indéfini a été célébré, pour marquer que cet acte a
eu lieu avant le moment où l'on parle ; on y ajoute le mot
hier, pour mieux préciser Fidée d'anlériorité; puis on
prend pour ternie de comparaison cette célébrcUion (Chier, on y compare lacté d'assister , on saisit le rapport de simultanéité de cet acte avec la célébration, et on lexprime par rimparfait assistaient.
« Allons retrouver Calypso, dit Mentor à Tôlémaque , mais défiez-vous de ses douces paroles ; ne lui ouvrez jamais votre cœur ; craignez le poison flatteur de ses louanges. Hiei\ elle vous élevait au-dessus de votre sage père, de l'invincible Achille, etc. » Dans cet exemple, c'est l'idée exprimée par le mot hier qui sert de terme de comparaison au verbe élevait. (Télém, , liv. IV , alin. 7. )
« Henri IV était un grand roi et il aimait son peuple. » C'est-à-dire pendant le temps ou en même temps qu'il a régné. Le terme de comparaison n'est pas exprimé, parce qu'il est suffisamment indiqué par l'ensemble de la phrase. b) Si l'Imparfait s'emploie toujours dans une description, c'est que la nature de cette forme du discours, touchant le passé, consiste précisément en ce qu'on représente un objet tel qu'il a existé pendant ou durant un temps donné ou une période déterminée, c'est-à-dire en même temps que plusieurs autres ; tandis que par le récit on expose les faits dans leur succession , en les présentant comme étant arrivés l'un après l'autre. Ainsi Fénélon commence son Télémaque , en dépeignant l'état de Calypso tel qu'il était pendant un certain temps qui suivit le départ d'Ulysse, et pour exprimer cette idée de simultanéité il emploie les
Imparfaits ; aussi est-ce une description et non pas un récit, car la forme des verbes pouvait^ trouvait, résonnait, servaient, etc., ne représente pas Tétat de Calypso que ces mots nous font connaître, comme étant survenu après le départ d'Ulysse, mais comme ayant existé pendant un temps qui a suivi son départ.
c) Les idées A'habitnde, de répétition, de durée, qui se touchent de bien près lune lautre, diffèrent sans doute beaucoup des circonstances de temps (en rrti^me temps, avant, après) marquées par les formes temporelles. Aussi elles pourraient être exprimées par des formes spéciales du verbe : et c'est ce qui se rencontre pour la plupart des verbes en russe, en polonais, et pour quelques-uns en latin, tels que dictito, factito, cursito, etc. ; mais dans la plupart des langues, ces mêmes idées sont souvent exprimées par rimparfait. Ainsi, en apprenant la mort d'un ivrogne , je dirais : la perte n'est pas grande ; il buvait. C^t Imparfait rappelle l'idée d'habitude plutôt que celle de .simultanéité.
En latin, l'Imparfait est souvent aussi employé dans le même sens, comme dans cette phrase : Anseres Romac jmblice alebantur in Capitolio , on nourrissait à Rome, aux frais de l'Etat, des oies au Capitole, c'est-à-dire qu'on avait l'habitude de les nourrir ou qu'on les nourrissait continuellement. D'ailleurs Aulu-Gelle, dans ses Noctes atticae , X, 3, nous dit expressément qu'entre caedebatur virgis et caesus est virgis il y a cette différence que l'Im-
parfait implique la durée ou la répétition de Faction. Eu grec , les exemples où llmparfait a le même sens sont également irës-fréquents : je n en citerai qu'un seul : Mlhav 0 KQOTcoviiXTi^g YJad-te fivâg xqbiov eïxool , Milon de Crotone mangeait (avait Thabitude de manger) vingt livres de viande.
Ces diverses acceptions de Flmparfait^ comme celles de tous les autres mots, doivent sans doute leur origine à lanalogie. II y en a beaucoup entre les idées i^haèitude , de répétition, de durée et celle de simultanéité. En effet , Faction qui dure, qui se répète ou dont on a rhabitudc se présente en même temps que plusieurs autres, ou plusieurs fois en même temps qu'une autre ; en sorte que la forme de Tlmparfait, une fois établie dans une langue pour marquer la simultanéité, était par sa nature assez propre à servir de signe aux notions de durée, de répétitioUy et à!habitude.
d) On emploie aussi dans plusieurs langues la forme de rimparfait dans les propositions suppositives, quoiqu'il s'y agisse d'exprimer le rapport de simultanéité d'un fait avec l'acte de la parole ; par exemple : Si }'étais riche , je serais utile à mes amis. C'est à la théorie des Modes à rendre compte de cet emploi de l'Imparfait ; il suffit ici de l'indiquer.