DU PLUS-QUK -PARFAIT
L emploi de ce Temps ne présente pour ainsi dire aucune difficulté (S 83). Je me bornerai aux remarques suivantes :
a) Le point de comparaison n'est pas toujours exprimé 9 parce qu on le suppose suffisamment connu par les circonstances. Ainsi, Télémaque commence le récit de son voyage (liv. I, alin. 20) par ces mots : « Tétais parti d'Ithaque pour aller demander aux autres rois revenus du siège de Troie des nouvelles de mon père. » Le terme de comparaison est sans doute ici le naufrage ou l'arrivée de Télémaque dans l'île de Calypso.
b) Le Plus- que-parfait, qui se compose dans plusieurs langues du participe passé et de l'Imparfait d'un verbe auxiliaire, conserve en français quelque chose de l'Imparfait touchant la durée ou la répétition d'une action , et il diffère encore par là du Prétérit antérieur. Ainsi, en parlant d'un ivrogne, je dirai : il buvait et dès qu'il avait bu^ il perdait la raison. C'est aussi pour marquer la répétition, que Fénélon emploie ce Temps, lorsqu'après avoir dit qu'Idoménée fif chanter Antiope plusieurs fois pendant des festins, il ajoute: « Pendant qu' Antiope chantait, Télémaque gardait un profond silence ; dès qu'elle avait fini, il
se hâtait de tourner la conversation sur un autre sujet (1). » SU ne s'agissait que d'un seul chant, Fénélon aurait certainement employé le Prétérit antérieur (eut fini) y comme dans cet exemple : « A peine Hippias fut-U tombé sous lui, que Télémaque comprit.... (2). » C'est aussi pour le même motif que Fénélon fait usage du Plus-que-parfait dans les passages suivants : > A peine avait-il vu un malade, qu il connaissait à ses yeux. . . (3). « — Quand /avaii tué quelque oiseau pour ma nourriture, il fallait... (4). » c) Les verbes n'ont pas de forme temporelle pour marquer une époque ou une période antérieure à celle qui est indiquée par le Plusque-parfait. Ainsi on dit : j'ai été hier à Bruxelles, parce qae /avais appris que mon frère y était arrivé, — Je me résolus d'aller dans la Sicile où f avais oui dire que mon père avait été jeté par les vents (5). Si l'on croit pourtant devoir bien faire ressortir l'idée d'antériorité, on y ajoute les mots auparavant^ avant, etc.