‹ Principes de grammaire générale, ou, Exposition raisonnée des éléments du langageChapitre 4 sur 45 · DE L4 NATORE DES VOYELLES ET DES CONSONNES · texte numérisé non relu

DE L4 NATORE DES VOYELLES ET DES CONSONNES

Les parties souverainement mobiles de la bouche (le voile du palais , la langue , Tarcade dentaire inférieure , les lèvres) obéissent à notre volonté ; nous nous en servons en effet, comme par instinct , et de trois manières différentes :

1** Nous pouvons les disposer de manière quelles n'opposent aucun obstacle à la sortie de Tair chassé des poumons et devenu sonore dans le larynx. Ces sons purs et simples , produits par la seule émission de Tair , sans aucun jeu bien sensible des parties mobiles de notre appareil vocal , s'appellent coix , et les lettres destinées à les représenter se nomment voyelles (1).

(I) On se sert du mot voyelle tant pour indiquer le son ou la voix que la lettre qui en est le signe ; le sens de la phrase indique suffisamment 8*il s^agit du son , on du signe.

La différence essentielle des voyelles entre elles dépend delà disposition de la bouche au moment du passage do im£ SGïïore.

La voyelle sera aiguë ou grave , longue ou brève , suivant que les oscillations de Tair seront plus ou moins rapides , et plus ou moins prolongées.

2'' Nous pouvons aussi disposer les parlies mobiles de la bouche de façon qu'une ou plusieurs d entre elles fassent obstacle à la sortie de Tair , et ne lui permettent de s'échapper qu'avec un certain effort et avec une espèce d'explosion. L'action de modifier ainsi un son quelconque par le mouvement subit et instantané de l'une ou l'autre partie de la bouche , s'appelle articulation (diàQÔQwaig) ; aujourd'hui ce nom désigne cette modification même du son ; et la lettre qui la représente dans l'écriture s'appelle consonne (1) , ainsi nommée , parce qu'elle ne peut être prononcée à haute voix que conjointement avec une voyelle , par exemple yba,ca , etc.

3** Nous pouvons aussi imprimer à la voyelle une semblable modification par une compression subite et brusque du son , en coupant , pour ainsi dire , tout net la voyelle qui précède , par exemple , a6 , ac , etc. On conçoit qu'il n'y a pas de différence entre ces deux espèces d'articulations ou de consonnes , si ce n'est que les unes commencent la syllabe , et les autres la terminent.

(1) On emploie le mot cov sonne pour designer rarticulation aussi bien que la lettre qui en est le signo.

Rieu u empêche donc , ce me semble , de détinir les articulations ou consomies , des modifications de la voyelle produites par le mouvement subit et instantané de quelqu'une des parties mobiles de la bouche. Sans doute , il se penîquele son ou le bniit sourd avec lequel se prononce à haute voix telle consonne, ne réponde exactement à aucune de nos voyelles usitées , mais c est toujours un son , une voyelle informe , et le signe qui représenterait ce son dans Técriturc, serait une voyelle aussi bien que les autres. Pour désigner en français cette voyelle informe , nous disons que la consonne ise prononce avec un e muet.

Ces diverses modifications du son ou de la voyelle sont appelées articulations par analogie , je pense , avec les articulations ou jointures des membres d'un animal. En eflet , la consonne sépare et enchaîne deux sons ou deux voyelles , par exemple , a-m-o , comme les articulations ou jointures séparent et lient deux membres. Aristote (Hist. anim. iv , 9) définit le langage, Y articulation de la voix au moyen de la langue (?; tiji; (pvmjg yhirtr] d/açâQùjaig). — Multa enim sunt verba , quae quasi articiUi connectunt membra orationis , il y a beaucoup de mots qui, comme des arliculations , lient les membres de phrase. Cicéron, de Orat. 11.88. De même en poésie et en rhétorique plusieurs termes sont des expressions figurées , qui dans leur sens propre signifient quelque partie ou quelque attitude du corps humain.

La réunion d'une voyelle avec une consonne forme un

son articulé (qxûvr} êyaçiçog). Pour se faire une idée bien claire de reffet produit sur le son par une articulation , on na qu'à prononcer les mots , ba-di-néel ra-ni-mé , les voix ou voyelles sont les mêmes , mais elles ditrèrcnt par l'empreinte ou la marque particulière que Tarticulation leur donne.

Le meilleur moyen de s'assurer si un son quelconque est une voyelle pure et simple , c'est d'essayer de faire une tenue sur le son , de le faire durer tant que l'haleine le permet ; si l'on réussit , ce sera une voyelle pure et simple 9 comme ae et oe dans les mots latins , Caesar , pœna , etc. ; mais si l'on ne réussit pas , ce sera un son articulé ou bien une diphtbongue , par exemple , ba , ui; en cherchant à faire durer ces sons , on entend bien la et Xi ; mais on n'entend plus ni le b ni l'u.

Le canal oral est la principale issue de la voix qui s'est formée dans le larynx , mais il n'est pas la seule : le canal nasal sert au même but et exerce une influence assez sensible sur le son même de la voix. Si le canal oral est entièrement fermé , de manière que lair sonore ne sort que par les narines , ou s'il n'est fermé qu'en partie par l'abaissement du voile palatin, de manière que l'air sonore, poussé d'abord en grande partie vers les fosses nasales , ne sort par la bouche qu'après ce détour , le son', dans

l'un et lautre cas , reçoit dans les fosses nasales ou dans le pharynx un certain timbre ou retentissement qu on désigne par le nom de fiascUité ou nasonnement. Les voix ou voyelles qui se distinguent par celte résonnance particulière portent le nom de voyelles nasales.

On conçoit que ce timbre de la voix est assez propre à varier les sons et à augmenter ainsi le nombre des mots , précisément comme le ton ou toute autre qualité du son. Aussi l'emploi des voyelles nasales est sans doute trèsancien dans le langage, car en sanscrit elles sont déjà marquées par un signe particulier. Dans la vieille écriture des langues sémitiques , il n'y a pas de signe destiné spécialement à représenter les voyelles nasales ; il est pourtant probable que dans ces langues aussi bien qu'en grec et en latin , les lettres m et n ne faisaient souvent avec la voyelle précédente qu'une voyelle nasale , comme dans nos langues modernes.

Les grammairiens français ont beaucoup disputé sur la question de savoir si dans les terminaisons eu on , an , in , un , etc., par exemple , bon , brun, etc., la lettre n était une véritable consonne , ou ne faisait qu'un son pur et simple avec la voyelle précédente. Sans doute, dans l'écriture la lettre n est le signe d'une consonne ; mais quand il s'agit de distinguer les voyelles des consonnes , il faut évidemment en juger d'après l'oreille et non d'après les yeux ou l'écriture. « La preuve indubitable , dit l'abbé Régnier dans sa grammaire , que ces sons in , en ,

aUj on, utiy sont des sons simples équivalents à de pures voyelles , est que dans la musique on ne peut faire aucune modulation , aucun tremblement , aucune tenue , aucun port de voix que sur une pure voyelle. Or, on peut faire des modulations et des tenues sur tous les sons qu on vient de marquer , de même que sur quelque voyelle que ce soit. » Aussi aujourd'hui les grammairiens s accordent à prendre toutes ces terminaisons pour de pures voyelles nasales y quoique dans Técriture , faute d*un seul signe , elles soient représentées par deux ou plusieurs caractères. L'académie est du même avis.

M. Kersten croit qu'on a tort d'appeler celte qualité particulière du son de notre voix nasalité , nasonnementy nasale , parce qu'elle ne vient pas du nez mais du pharynx. Ce savant propose conséquemment de substituer au nom de voyelles nasales celui de voyelles pharyngiennes (1).

Plusieurs motifs me déterminent à ne pas adopter cettv nouvelle dénomination. D'abord le terme de voyelle nasaJe est généralement reçu ; il en dit beaucoup à l'esprit sur la nature de la chose nommée , eu assimilant cette qualité de la voix à celle qu'elle reçoit , quand nous chantons du nez avec la bouche entièrement fermée ; ensuite le nom de pliarynœ n'est guère connu que des ana omistes, de manière que les dérivés , pliarynyien , pharyngismCy

(1) ËBsai surractivitë du principe pen^jAiit , vol. II. pag. 235 et 250.

pharyngiseff sont absolument muets pour les personnes qui s'occupent de voyelles et de consonnes ; enfin , on peut douter que la voix reçoive la qualité dont il s'agit , dans le pharynx plutôt que dans les fosses nasales , avec lesquelles il est en communication. « Les voyelles à timbre nasal » dit J. Mûller , ne dépendent que du rétrécissement du voile du palais et du soulèvement du larynx (1). >

(1) Physiologie do système nerveax , traduite par M. Jourdain, pag. 213 et 219.

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