INDÉFINI , APPELÉ AUSSI IMPERSONNEL
Pour se convaincre que les idées accessoires exprimées par les Modes du verbe diffèrent enlièrement de celles qui sont marquées par les Temps, il suffit d'analyser les trois formes : laudas, laudes, lauda, etc. Elles marquent évidemment la môme Personne, le môme Nombre et le même Temps ; cependant elles ne s'emploient pas indistinctement Tune pour Tautre ; pourquoi? Sans doute, parce qu'elles diffèrent de valeur aussi bien que de son.
Pour comprendre comment chaque verbe , outre les formes do Personne, de Nombre et de Temps, a pu encore en recevoir d'autres , et pour bien saisir la valeur primitive et fondamentale de celles-ci , examinons ce qui se
passe eu nous à loccasion de chaque jugement que nous I M irions.
Dès que nous avons conscience de nos actes et de notre pensée, Yeooistence du rapport que nous concevons entre deux idées se présente à nous do plusieurs manières différentes :
1" C est un fait pour moi, j'ai la conviction que le soleil est levé dans ce moment, qu'il s^est levé hier et qu'il se lèvera demain. Le rapport de convenance que je convois ainsi entre le soleil et son lever se présente à mon esprit comme réel et certain.
2** Souvent aussi, lorsque nous comparons deux objets, leur rapport nous apparaît comme incertain ou simplement ]X)ssible : au lieu d'une conviction , nous avons le doiUe , ne sachant pas si le rapport que nous concevons existe ou non. Ainsi, d'un homme que je ne connais nullement et qui m'a prêté de l'argent dans le besoin, je dis : qu'il soit riche ou qu'il soit pauvre, il m'a rendu un grand service.
3° Enfin l'existence du rapport peut se présenter à nous ijomme nécessaire en vertu de notre volonté, comme un commandement ou une défense, par exemple : faites votre ouvrage et nepei'dez pas votre temps.
A en juger par la psychologie et par le développement du langage , ce sont là les trois manières les plus générales dont l'existence du rapport entre deux idées s'offre le plus communément h notre esprit ; ce sont donc les trois modifications les plus fréquentes que reçoivent nos connaissan-
ces ou nos jugements, au point de vue de notre conscienco qui les accompagne. Or, comme nous parlons pour communiquer nos connaissances avec toutes leurs modifications, il est arrivé, peu importe de quelle manière, que le verbe a reçu différentes formes pour marquer ces diverses modifications , et ce sont ces formes qui s'appellent les Modes du verbe (modi, iyxliaeig, incUnaliones). On peut donc définir les Modes les diverses formes que reçoit le verbe pour exprimer les affections de notre âme qui accompagnent et modifient rexistcnce du rapport énoncé dans nos connaissances ou nos jugements (1). On les distingue comme suit ;
1° Le mode imlicalif , qui représente rexisîoncc du rapport de convenance ou de disconvenanec comme réelle ou cerlainc ; par exemple : je viens, je suis venu, je ne viendrai pas, etc.
2** Le mode subjonctif, qui marque quelque chose de simplement possible, d'incertain, de douteux : qu'il vienne ou qu'il ne vienne 'pas, je m'en irai, etc.
3° Le mode impératif, qui marque quelque chose de nécessaire an vertu dejiolre volonté ; par exemple: venez ici et n allez pas là, etc. J'ajoute les mots en vertu de notre volonté, pour faire observer au lecteur qu'il ne s'agit pas
(i)D($jà les anciens grammairiens grecs et latins avaient trcs-bicn HaisL la valeur de ces formes, ce Modi snnt diversa) incllnauones nnimi, qu as varia conseqnitar declinatio verbî. ï» Les modes sont les diverses affections de Tâme exprimées par les dififërentes formes da verbe. (Priscien, liv. VIII, p. 821. )
ici de la nécessité du rapport que nous saisissons par notre faculté de connaître et qui constitue en logique les jugements apodidiques , comme dans ces exemples: le cercle est rond ; — Thomme est libre, etc.
Le verbe, dans toutes ses formes , exprime toujours Tune ou l'autre de ces affections de notre âme ; ce serait pourtant une erreur de faire consister la nature du verbe en ce qu il indique une pareille modalité de notre conscience ; en effet, ces idées accessoires de conviction , de doute, de commandement pourraient être exprimées par d'autres mots, par exemple, réellement, peut-être, néces-
sairement, ou tout simplement par laccentualion ; les mots destinés à exprimer l'existence du rapport n'en resteraient pas moins verbes pour cela. Cependant, comme les modes ainsi entendus ne font que préciser l'existence du rapport exprimée par le verbe , il n'est pas étonnant que ce soit le verbe, à l'exclusion de toute autre Partie du discours , qui ait reçu par l'usage différentes formes pour marquer ces diverses modifications.
Le nombre des modes varie beaucoup dans les diverses langues : en bébreu et dans plusieurs langues du Nord , il n'y en a que deux, l'indicatif et l'impératif ; en latin et en allemand , il y en a trois , l'indicatif, l'impératif et le subjonctif ; en grec, il y a de plus l'optatif et, en français
le conditionnel ; en sanscrit, il y en a cinq ou même six , et ainsi des autres langues. Mais si la signiGcation des modes, telle qu elle a été expliquée dans le paragraphe précédent, est la véritable, nous concevons que ceux dont lusage est commun au plus grand nombre de langues , sont rindicatif, l'impératif et le subjonctif ; car les idées qu'ils expriment sont les plus vulgaires et les plus propres il donner naissance à des modifications du verbe.
Ces trois modes, quelque importants qu ils soient pour la concision et la variété du discours , ne sont pourtant j)as absolument nécessaires au langage ; car Tidéc de doute ou d'incertitude pourrait être exprimée par un mot séparé, ou bien par une construction particulière de l'indicatif ; c'est ce qui arrive dans les langues qui n'ont pas de subjonctif. Il en est de même de l'idée de commandement : en français, l'impératif ne diffère guère de l'indicatif que par Iti suppression du pronom.
D'autre part, les idées de conviction , de dotUe^ de commandement sont des idées très-générales : elles peuvent donc recevoir chacune quelque modification, et chacun do nos trois modes principaux est susceptible d'une subdivision. Ainsi, le commandement marqué par l'impératif peut être plus ou moins rigoureux jusqu'à devenir un simple souhait ou même une concession. Pour préciser ces divers degrés d'intensité de notre volonté, chaque langue pourrait sans doute avoir plusieurs formes d'impératif , mais on y supplée ordinairement par les inflexions de la voix, par le geste ou par le ton.
De mùinc la conviction que nous avons de Icxislencc de tel ou tel rapport, n'est pas toujours absolue comme dans C3t exemple : vous aies savant ; mais souvent elle est subordonnée à une condition : vous serez savant , si vous êtes diligent ; ou à une supposition, comme dans ces exemples : vous seriez savant , si vous étiez diligent, ou, i?* vous aviez été diligent. Nous voyons par là que, pour exprimer notre pensée dans toute son exactitude, Tindicalif, outre sa forme ordinaire, pourrait en avoir deux autres qui marqueraient également notre conviction , mais représentée par Tune comme dépendante d'une condition, et par l'autre comme dépendante iVnnc supposition , Il y a s^ns doute bien peu de langues où le verbe ait reçu une forme pailiculière pour marquer ces deux nuances de notre conviction: le latin n'en a aucune des deux ; il emploie tantôt l'indicatif, tantôt le subjonctif ; mais le grec a Yoptatif , et le français le conditionnel, qui marquent, ce me semble, la conviction que nous avons de l'existence du rapport entre deux idées , mais en représentant cette conviction comme dépendante d'une supposition ; aussi pourraient-ils être nommés mode suppositif. Ce mode optatif, conditionnel ou suppositif me paraît donc appartenir par sa naluni il l'indicatif, parce qu'il indique notre conviction , mais il (Ml difi'ère en ce que la conviction n'est pas absolue , mais subordonnée à une supposition.
Il est indispensable de distinguer nettement une condition ou une proposition conditionnelle d'une supposition
ou d^une proposition suppositive, quoiqu en latin, en grec, en français et dans d'autres langues , nous n*ayons pour énoncer Tune et Tautre qu^une seule et même conjonction, «, et, siy etc. La proposition conditionnelle exprime un doute, une complète incertitude, par exemple : si voiu ni aimez f je serai content ; en m'énonçant ainsi, je fais entendre que je ne sais pas si je suis aimé ou si je ne le suis pas, enfin que j*en doute, sans pencher ni pour Taffirmative ni pour la négative. La propi)sition suppositive fait entendre qu'on penche à croire le contraire de ce qu'on énonce ou même qu'on en est convaincu, comme dans ces exemples : si vous ni aimiez, je serais content ; — sivoiis m'aviez aimé, j'aurais été content. Le premier de ces deux exemples indique à mon interlocuteur que je pense n'être point aimé ; et le second lui fait comprendre que j'ai la conviction du défaut de son amour.
En logique, on donne aux jugements exprimés dans les trois exemples que je viens de citer, le nom commun do jugements hypothétiques ; on n'y dislingue pas les jugements qui renferment une condition de ceux qui renferment une supposition ; mais, en grammaire, nous devons les distinguer soigneusement. En effet, ils ont donné lieu à des constructions bien différentes, surtout en grec, où les suivantes méritent toute notre attention :
!• Quand le jugement hypothétique (1) renferme une
(1) Tout jugement liypothétiquo se compose de deux propositions ,
condition, on emploie régulièrement dans la proposition conditionnelle (premier membre, antécédent, îtQÔraaigj le subjonctif avec iav (ijv^ âV), et dans la proposition hypothétique (second membre, conséquent , àrtôâoaig) Tindîcatif , comme dans ces exemples : iàv rjg q)ilofia9i^ç eau noXviia&r^Çy si tu es studieux, tu seras savant (j'ai la conviction que tu seras savant , si tu es studieux , mais voilà ce que je ne sais pas, j'en doute). — èàv ziïx^f doîcrw, si j'ai (pielque chose, je le donnerai. — èavrlg tiva zwv vnaQxoih rœv vofiiav (àï^ xalaHg exeiv jJy^Tat, yqaq>ia&(a^ si quelqu'un désapprouve lune des lois établies , qu'il réclame (1).
d^flîg^ëes en logique par le nom de membres du jugement (si vous êtes diligent , — vous serez savant) : celle qui renferme la conjonction 81, cl, se nommQ premier membre ou antécédent^ itpoxawtç ; et celle qui ost anbordonnëe à lapremiëre, s*appclle second membre, ou conséquent, ànàSovtç, Comme ces dënominatîons sont tir<^es de la place que les propositions occupent dans le jugement , et peuvent donner lieu k la confusion, quand Tordre est interverti (vous serez savant, — si voui êtes diligent), quelques grammairiens donnent au premier membre (si vous êtes diligent) le nom de proposition hypothétique, et au second membre (vous serez savant), celui de propoHÎtion complémentaire. Pour éviter toute confusion et pour bien distinguer les jugements hypothétiques— conditionnels des jugcmjntn hypothétiques— suppositifs, je nommerai, à l'exemple de Silvcstre de Sacy, le premier membre du jugement qui renferme une condition , proposition conditionnelle et le premier membre de celui qui renferme une supposition , proposition suppositive. Le second membre se nommera dans Tun et l'autre va9 proposition hypothétique (fondée sur une hypolhëso, soit condition, soit supposition).
(1) On a fait beaucoup de conjectures sur Torigine et le sens propre de la particule «v. Voyez M. Pott, Etymoioyische Forschungen, 2* édit., t.1, p. 420 et suiv.
Je ne puis m*empêcher de faire remarquer que cette particule a
Remarquons que , dans ces exemples, le fait subordonné à une condition est représenté comme quelque chose de certain (lu seras savant) dans lo cas où la condition (si tu es studieux) se réalise, mais on en doute. L'indicatif ou même l'impératif de la proposition hypothétique ainsi que le subjonctif de la proposition conditionnelle y sont donc très-bien à leur place.
2** Quand le jugement hypothétique renferme une supposition , c'est-à-dire une condition envisagée comme ne devant probablentent point exister et relative à un temps futur, on emploie dans la proposition suppositive la conjonction d suivie de loptatif, et dans la proposition hypothétique également loptatif , mais avec civ ou xe ; par exemple: eï zig tavra tt^ottoi, fiéya in ' av o)q)€ki^a€ie , si quelqu'un faisait cela, il me rendrait un grand service (je penche h croire qu'on ne le fera pas). — eï zig raijra xad- ' aura i^erâaeiei', svQOL ccVf si quelqu'un exaniinaitccs choses en elles-mêmes,
il trouverait que — Taûrd xé oi Teléaaifu fierakX^^avTù
(el fietalli^^ai) xô^oio^ je lui accorderais cela, s'il cessait sa colère (Iliade^ IX, 157).
Le fait dépendant d'une supposition concernant l'avenir se présente à notre esprit comme quelque chose qui pro-
bablement n'aura pas lieu , parce que nous penchons à croire que la supposition ne se réalisera pas : une forme autre que celles de l'indicatif et du subjonctif vient donc
beaucoup de resscmblanco , pour le son et pour la valeur , avec les mots inij am^ an, in, qui sont d'uu usage très-commun dans les langues sémitiques et y ont lo sens des mots latins «i, an^ quod^ certe.
id trè»-à propos dans les deux membi'es du jugement , afin de marquer avec précision cet état intermédiaire entre la conviction et le doute, c est-à-dire la probabilité ou la vraisemblance. Les langues qui ont un optatif ou conditionnel, peu importe le nom ^ sont donc plus parfaites que celles qui en sont dépourvues.
3* Quand le jugement hypothétique renferme une supposition dont on fait dépendre un acte présent ou passé au moment de la parole , on se sert dans la proposition suppositive de la conjonction et suivie de l'indicatif , et dans la proposition hypothétique de l'indicatif mais avec Sv, comme dans ces exemples : el àr^âdv rj^rp^^ èitolouv av tù tijç drjâovoç • el xvxvog , rà zov xvxvov • vuv de Xoyixog sîfiif vfiveîv ^e dël %ov &e6v • zovto fiou ro eQyov ètnlv , si j'étais rossignol, j'agirais comme le rossignol ; si j'étais cygne, j'agirais comme le cygne : mais je suis homme , il me faut donc chanter les louanges de Dieu ; c est là ce que j'ai à faire (j'ai la conviction que je ne suis ni rossignol ni cygne, mais que j'agirais comme eux , si je l'étais ;). — • eÏTt €Î/8v, iâlâov av, s'il avait quelque chose, il le donnerait (mais il n'a rien). — eî èrtelod-r^Vy ovx âv TJçQtiaroWy si j'avais obéi, je ne serais pas malade ; — sï tl ïa^ev eâœxevaVf s'il avait eu quelque chose, il l'aurait donné, etc.
L'emploi de l'indicatif répond ici parfaitement bien à notre pensée, puisque nous avons la conviction d\x contraire de ce qui est énoncé par les propositions suppositives et hypothétiques.
Nous abandonnons à la grammaire spéciale les observations à faire sur d autres constructions grecques moins générales , quoique assez fréquentes. J ajouterai pourtant encore deux remarques pour montrer que les constructions mentionnées plus haut ne sont pas d'une rigoureuse nécessité et comment elles peuvent varier relativement aux modes :
a) Le fait subordonné à une condition , c est-à-dire le second membre ne se présente pas toujoiurs à notre esprit comme certain dans le cas où la condition se réalise ; et réciproquement le fait qui dépend d'une supposition concernant Tavenir peut se présenter comme certain. Nous voyons par là que la proposition conditionnelle n est pas nécessairement suivie d'une proposition hypothétique à l'indicatif » ni la proposition suppositive d'une proposition hypothétique à Toptatif avec orV, mais que le mode de la proposition hypothétique ou du conséquent dépend de ridée de certitude ou de doute que l'ou veut exprimer. C'est d'après ce principe qu'il faut se rendre compte des modes dans les phrases où leur emploi s'écarte des trois (instructions les plus fréquentes. Ainsi, au lieu de dire dans l'exemple cité plus haut : ei' xig ravza nçairoiy fiéya fi*av wq)eh]a€L€^ si quelqu'un faisait cela, il me rendrait (je penche à le croire) un grand service, je pourrais dire : àî tig ravra Ttqontoty fiéya ^e (àcpeXrjaei^ si^quelqu'un faisait cela, il me rendra (j'en ai la conviction) un grand
service. C'est bien cette construction qui se trouve dans ce
ad mêiuauuK
COIIL
OU // vaudru
id très-à propos dans* de marquer ayec pr conviction et bdr semhIaQoe.L0F|
m^if;' .,11 grec et si en français
une condition ou une supposition, niu.
.juvent employées dans le sens de comme, vu
puisque, de manière que les propositions oii elles S8
tfOVLVonl ne sont ni conditionnelles ni suppositives, mais
plutôt causaUves, C'est pour ce motif que d se construit
Jans ce cas avec l'indicatif. Ainsi, en français, dans la
fable du Loup et TAgneau :
Et je sais que de moi tu médis Tan passé. Comment Taurais-je fait, si je n étais pas né 1 Reprit l'Agneau, je tette encore ma mère.
La conjonction 5/ ne marque sans doute ici ni une condition ni une supposition, mais plutôt Fidée de cause. De même dans ces exemples grecs : ei eîaiv fiio/noiy eiaîv xal ^€oly si (puisque) il y a des autels, il y a au^si des dieux. — O'avfiâÇit) ei tovto Ttoveig, je m'étonne que (de ce que) tu fasses cela, etc., la conjonction ei est causale plutôt que conditionnelle, ei se rend très-bien en français i^ar puisque ou comme. Si l'on voulait dans ces exemples exprimer une condition proprement dite, on dirait : iàv waiv et iàr
noifjg. L emploi de la conjonction si en latin dans le sens de vu que, comme, puisque, suivie de l'indicatif , est également très-fréquent ; aussi déjà les anciens grammairiens latins en avaient très-bien constaté la signification., comme nous le voyons dans Priscien, liv. XVIII, de Subjunctivo, où il cite le vers de Virgile, (Enéide, II, 536) : DU, si qua est cœlo pietas, et explique l'emploi de l'indicatif par cette remarque : confirmativeenimpolius quam dubitative dicilur. Il y explique de même le commencement du discours de Cicéion contre Q. Cécilius : Si quis vestrum, judices, aut eorum qui adsunt, foi^te miratur , etc. ; car il ajoute : dixit, non dubitans, sed approbans.
Le premier, à ma connaissance, qui ait établi une bonne différence entre une condition et une supposition , est Silvestrc de Sacy, dans ses Principes de Grammaire générale. Ce qui me paraît avoir conduit cet illustre savant à cette distinction indispensable et si bien fondée, c'est que, dans les langues sémitiques, notre conjonction si se rend par trois mots différents suivant qu'elle marque une condition, une supposition ou une cause.
Dans les quatre Modes susdits, les verbes ont des terminaisons qui marquent les Personnes ; c'est ce qui les a fait appeler par les grammairiens modes personnels, par opposition à deux autres formes , l'infinitif et le participe,
qu'ils ont nommés modes impersatinels , parce que leurs inflexions ne marquent pas les différences de Personnes.
Cette division est évidemment peu philosophique ; car, d*un côté, ridée marquée par les inflexions de Personnes n'a absolument rien de commun avec celle qu'indiquent les modes ; d'autre part, que l'infinitif et le participe n'expriment pas la distinction des Personnes, cela ne nous apprend rien sur la nature du mode de ces formes. En ferons-nouSy pour ce motif, un cinquième mode, ou les rangerons-nous, malgré cela, dans un des quatre modes précédents, et dans lequel ? Ces deux formes ont beaucoup embarrassé les grammairiens, au point que plusieurs ont décidé qu'elles n'appartenaient pas même au verbe, mais que l'infinitif était un pur substantif et le participe un adjectif. U s'agit donc avant tout de voir si ce sont réellement des formes du verbe.
Le verbe est un mot qui exprime Y existence d'un rapport quelconque entre deux idées. Pour savoir si l'infinitif et le participe appartiennent au verbe , il sui&t donc de soumettre à l'analyse logique quelques phrases latines ou françaises. On dit : volo, vis, vult scribere, je veux, tu veux, il veut écrire^ et cela signifie logiquement: je veux,tu veux, il veut être écrivant^ c'est-à-dire il veut qu'il existe entre lui et l'action d'écrire un rapport de convenance. — Corvus residens in arbore^ signifie sans doute : un corbeau qui est ou était perché sur un arbre. — Do
même quand nous disons : un homme courant hors d*haleine, nous voulons évidemment dire : un homme qui court ou est courant hors d'haleine. Ces exemples suffisent pour faire voir comment toutes les formes d'infinitif et de participe sont des formes verbales, parce qu elles renferment et rappellent Tidée de V existence d'un rapport.
Si nous comparons maintenant la valeur de l'infinitif et du participe à celles des autres formes du verbe, nous trouvons que le mot être, l'infinitif du verbe substantif , exprime Vexistence d'un rapport comme indépendante et abstraction faite du sujet et de l'attribut entre lesquels le rapport peut être établi. De même le mot scr ibère, être écrivant, l'infinitif d'un verbe attributif, tout en renfermant l'attribut ou le prédicat, représente également l'existence du rapport comme indépendante et abstraction faite du sujet avec lequel l'attribut écrivant est en rapport. Le même raisonnement s'apphque à tous les infinitifs, qui ne sont en réalité que des verbes employés sub* fltantivement.
L'infinitif de tout verbe attributif est donc un substan* tif en ce qu'il exprime une qualité , à savoir Yeœistence d'un rapport comme indépendante , mais il diffère des autres substantifs abstraits en ce qu'il renferme toujours une seconde idée qui fait la fonction d'attribut , comme aimer f c'est-à-dire être aimant , tandis que les autres substantifs abstraits, tels que amour, blancheur, etc..
marquent tout simplement une qualité comme indépendante, sans y joindre Tidée de Vexistence d\m rapport quelconque.
D autre part, il est évident que Finiinitif ainsi entendu et le substantif abstrait de la même racine , tels que aimer et amoury expriment au fond la même disposition du cœur et ne diffèrent entre eux que par la manière dont cette disposition est représentée ; car que je dise amare meum , mon aimer, c'est-à-dire mon état à'élre aimant , ou que je dise amor meuSy mon amour, c'est-à-dîre ma qualité d'aimant ou d'amant, c'est au fond la même idée. De là vient que les infinitifs sont si souvent employés substantivement {Scire luum nihil esty nisi te scire lioc sciât aller. Perse, I, 25), que plusieurs sont devenus substantifs (le savoir, le toucher, etc.), et qu'enfin il y a des lances qui n'ont pas d'infinitif, parce que les substantifs abstraits en tiennent lieu.
11 arrive aussi très-souvent que nous nous représentons ridée d'existence du rapport, non pas comme indépendante, mais plutôt comme inhérente à un sujet quelconque, de manière à ne faire avec lui qu'une seule idée totale ou un sujet complexe, précisément comme les qualités sont attachées ou inhérentes aux substances et ne font avec elles ([u'un seul tout : dans ce cas, le verbe prend une autre forme, qui s'appelle Participe. Le participe est donc un verbe employé adjectivement ; ainsi dans ces expressions : un homme, étaiit malade ; une femme, courant hors d'ha-
leîne , etc. , Y existence du rapport exprimée par le mot étante et implicitement renfermée dans le mot courant , est représentée comme inhérente à son sujet respectif, précisément comme toute autre qualité. C'est aussi pour ce motif que tout participe est à la fois verbe et adjectif, car il marque Tidée d'existence du rapport et la rejÉésente comme inhérente ou attachée à une substance. C'est aussi en vertu de cette double nature que le participe peut recevoir deux espèces de modiGcations : comme verbe, il peut avoir différents Temps ; comme adjectif , il peut recevoir les inflexions de Genre , de Nombre et de Cas.
L'infinitif et le participe remplacent partout, d'après leur analyse logique, un des quatre modes marqués par les autres formes du verbe, mais tantôt lun, tantôt Tautre, suivant Tensemble de la phrase ; ce sont donc des formes d'un mode indéfini ou indéterminé. Pour se convaincre de cette vérité, on n'a qu'à analyser les phrases qui sont citées dans les Grammaires grecque et latine ; on verra que l'infinitif et le participe y font toujours la fonction de l'indicatif, du subjonctif, de l'optatif ou de l'impératif. Un seul exemple tiré de la langue française suffira pour le prouver. Nous disons : Dieu aidant y la chose a bien réussi, — réussira bien, — réussirait bien, — aurait bien réussi. En grec et en latin, ces phrases peuvent se traduire littéralement en rendant le mot aidant également par le participe ; mais on pourra aussi , dans l'intérêt même de la clarté, employer une conjonction et remplacer le par^
ticipe, tantôt par l'indicatif , tantôt par le subjonctif , et es fi^c par l'optatif. Quoique les phrases où le participe remplace l'impératif soient plus rares , je crois pouvoir citer pour exemples les suivantes : Exponem doce, pour expojie et doce ; — Parcours la ville, criant (et crie) aux armes. Jja même analyse et les mêmes observations s'appliquent à Tinfinitif .