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un fait momentané , tandis que Fauteur latin la représente comme ayant eu lieu avant le moment de la parole. Aussi, lorsque César est venu dans la Gaule , serait une traduction plus littérale ; et la phrase française lorsque César vint dans la Gaule, se rendrait en latin par quum Caesar veniret. — Il en est de même de l'exemple suivant : Antigonus tter, quod hubehat, omnes celai. Sic paratus , quâ constituerai, proficiscitur . Dimidium fere spatium confecerat , quum ex fuma castrorum ejus suspicio allata est ad Eumenem, liosiem appropiriquare (Aepos, Eumen. Vlil — IX). « Antigoue cacne sa maiche à tout le monde. Après tous les préparatifs , il prend la route qu'il s'était proposée. Il avait déjà fait près de la moitié du chemin lorsque la fumée de son camp fit soupçonner son approche à Eumène. » Cette traduction représentera marche d'Antigone comme étant à moitié achevée dans un certain moment (il avait déjà fait) et le soupçon comme étant venu après ce moment (lorsque la fumée fit soupçonner) ; la phrase latine représente le soupçon , non pas comme étant venu après la marche d'Antigone, mais simplement et vaguement comme antérieur au moment de la parole (allata est). Cependant la phrase latine nous fait comprendre que le soupçon est postérieur à la marche , parce qu'elle nous dit que celle-ci est déjà achevée (confecerat) ; aussi, au lieu du parfait, pourrait-on employer le présent {affertur), ou même l'imparfait (afferebatur) s'il s'agissait d'un fait plusieurs fois répété ; le sens n'eu serait pas moins clair.
Les observations que je viens de faire sur le quum temporale suivi du subjonctif , s'appliquent aussi à d'autres conjonctions , telles que postquam, dum, antCr quam, etc.
|3) La conjonction quum (puisque, comme) sert souvent à exprimer le rapport de causalité entre deux propositions ; employée dans ce sens, elle est ordinairement suivie du subjonctif , comme dans cette phrase : Nam quum solitudOf et vita sine amicis, insidiarum et metus plena sit, ratio ipsa monety amicitias comparare (Cic. de Finit. I, 20). « Puisque la solitude et la vie sans amis sont remplies de pièges et de crainte , la raison elle-même nous avertit de fciire des liaisons d'amitié. »
L'origine de cette signification et de cette construction de quum n'est pas difficile à découvrir, quand on a une fois reconnu et admis qu'après le quum temporale le subjonctif exprimait le rapport de postériorité ; car, remarquons-le bien, le fait exprimé dans un récit avec quum suivi du subjonctif, n'est pas seulement représenté comme ayant eu lieu après un premier , mais aussi comme étant arrivé ou du moins comme ayant commencé avant un troisième , comme dans cet exemple : Primum itaque (Lysander) Delphos corrumpere est conatus. Quum id non potuisset, Dodonam adortus est. Hinc qvoque repulsus , dixit se vota suscepisse^ quae Jovi Ammoni solveret, existimans se Afros faciliu^ corrupturum. Hac spe quum profectus esset in Africam , multum eum antistiies Jovis
fefellerunt (Nepos, Lys. III). Le fait exprimé par les mots quum potuisset n est pas seulement représenté comme ayant eu lieu après conatus est, mais aussi comme étant antérieur à adortus est. De même le voyage en Afrique (quum profectus esset) est à la fois postérieur à dixit et antérieur à fefellerunt. Le même raisonnement s'applique à quum suivi de Timparfait du subjonctif : Intérim in morbum incidit Dionysius ; quo quum graviter couflictaretur, quaesivit a medicis Dion, quemadmodum se haberet* (Nepos, Dion, II). La gravité du mal est postérieure à la maladie et antérieure à la demande de Dion.
S'il en est ainsi , lanalogie entre le fait exprimé dans un récit par le verbe au subjonctif et le fait que nous regardons communément comme la cause d'un autre, est tellement frappante que l'usage ne pouvait guère manquer de les exprimer tous deux par la même construction ; car si nous prenons tel ou tel fait pour la cause de tel autre , c'est que nous les voyons constamment dans leur ordre de succession : l'un précède, l'autre le suit. Aussi, quoiqu'on emploie quelquefois l'indicatif après quum pour marquer le rapport de causalité, le subjonctif comme forme de récit y est pourtant plus propre. En effet, dans le récit , le fait qu'exprime la proposition oîi se trouve quum, est toujours représenté comme suivi d'un autre, tandis que l'indicatif le représente comme antérieur ou simultané à un premier, mais sans marquer aussi nettement qu'il est suivi d'un troisième.
y) L'emploi de quum suivi da subjonctif dans les propositions qui renferment réellement une condition ou une concession est tout à fait conforme à la valeur générale du subjonctif. En effet ces propositions marquent toujours un degré plus ou moins grand d'incertitude de la part de celui qui parle. Pour exemples de cette construction et de cette double signification de quum , je citerai les deux passages suivants : Fide cul alios sublevandos saepe sic usus est, ut possit judicarif omnia ei cum amicis fuisse communia, Nam, quum aut civium suorum aliquis ab hostibus fuisset captus, aut virgo amici nubilis pr opter paupertatem collocari non posset, amicorum comilium habebat, et quantum quisque daret, pro cujusque facultatibus imperabat (Nepos, Epami. III). « Pour soulager les besoins d'autrui, il pouvait disposer de toute la fortune de ses amis ; car lorsqu'un (dans le cas où , toutes les fois que) de ses concitoyens avait été fait prisonnier de guerre, ou lorsqu'un (si quelqu'un) de ses amis ne pouvait établir sa fille nubile, faute dune dot, il les assemblait et taxait chacun suivant ses moyens. » — Ac mihi quidem videntur hominés, quum multis rébus humiliores et infirmiores sint, hac re maxime bestiis praestare, quod loqui possunt (Cdc. de Invent. I, 4). « N'est-ce point la parole qui donne aux hommes une supériorité si marquée sur la brute , bien qu'ils lui soient inférieurs en beaucoup de choses ?
g) Le plus-que-parfait et l'imparfait du subjonctif latin (51 fuisses, si esses) sont assez propres à représenter un
fait comme une supposition : ce fait est regardé comme la cause d'un autre, il est conséquemment très-logique de Texprimer par une forme du verbe qui marque un rapport d'antériorité de temps ; d'autre part, comme il s'agit de faire enter.dre que le même fait n'a pas existé ou n'existera pas, le subjonctif, mode du doute, est assez propre à indiquer cette vue de notre esprit ; car en exprimant avec l'idée accessoire de doute un fait passé, que nous connadtrions positivement s'il avait eu lieu, nous laissons entendre que nous ne croyons pas à sa réalité. La même observation s'applique à nos expressions fût il , eût-il été pour s*il était, s'il avait été, etc.
C. L. Bauer, dans son édition de la Grammaire latine de Sanctius avec les notes de Perizonius (Leipzig , en 1793), termine ses observations sur l'emploi du subjonctif en latin, par la remarque suivante : « quo in génère magna deprehenditur Ciceionis inconstantia , immo summa, nisi vero nos fugit etiam nunc {quod facilius crediderim) interior lingtme romanae indoles. » Le génie de la langue latine est, à mon avis, assez bien connu : si les auteurs latins nous paraissent quelquefois se servir assez indifféremment de rindicatif ou du subjonctif, c'est que le choix du Mode j comme celui du Temps , dépend de la manière dont celui qui parle conçoit sa pensée, et que la même pensée peut être conçue de plusieurs manières, qui parfois sont toutes également naturelles et convenables aux circonstances.