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DU PARTICIPE

Le participe (§ 96) est à la fois verbe et adjectif : il esl verbe, parce qu'il renferme toujours l'idée de lexistenci» d'un rapport entre un sujet et un attribut , et qu'il peut , pour ce motif, se décomposer par un mode personnel et une conjonction ; il est adjectif, parce que l'idée qu'il exprime est toujours représentée comme une qualité inbélente à un sujet quelconque , précisément comme toute autre qualité marquée par un adjectif, et c'est par là qu'il se distingue de l'infinitif. Ainsi , amatus^ a, urn, {ayant ^téaimé) est un participe, parce que l'idée exprimée par ce mot est représenté comme une qualité, tandis que amari (être aimé) est un infinitif, parce que la même idée est représentée comme indépendante, à la manière d'une substance»

Déjà les anciens grammairiens grecs et latins avaient reconnu que le participe tenait à la fois du verbe et du nom ou plutôt de Tadjectif , et de là vient le nom qu'ils lui ont donné ; mais comme, dans leurs langues synthétiques, Texistence du rapport et lattribut ne sont ordinairement exprimés que par im seul mot, il leur était difficile de saisir, dans toute son exactitude, le caractère distinctif du participe ; aussi la définition qu'ils nous en ont laissée, ne parait fondée que sur les variations que les mots de cette espèce éprouvent dans leur élément matériel (1).

Ce double caractère du participe une fois établi, on en peut déduire les conséquences suivantes :

à) Le participe, qui renferme Tidée de l'existence, prend naturellement diverses formes pour marquer la circonstance de temps. S'il en a moins que le verbe à l'indicatif, cela vient de ce que l'ensemble de la phrase supplée facilement aux autres formes destinées à mieux préciser le temps de l'existence du rapport. Dans les langues en général, le participe a tout au plus trois formes temporelles, qui marquent les trois époques principales, comme en

(1) Voici la définition de Denys lo Thrace, §. 19: Mcrox^ tvrc iiÇcç /icréxovva t»Î« toSv prifiitùiTt xai r^ç twv oyo/jtxTotv iSiàriiroi. Uapingxxt ik oLvn^ roLÙxà à xal x& pit/iart xclI râ ovô/iart , ^ix« vpoaéticotv rt xac s>/xÀi> ffcuv, c'est an mot qui participe à la fois de la nature dcM verbes et do celle des noms. II éprouve les mêmes accidents qu'eux , excepté la distinction de personne et de mode. — Priscien dit la même chose : ce Participium est igitur pars orationis , quss pro verbo accipitur, ex quo et derivatur naturaliter ,genu8 et casum habens ad similitudinem nominis , et accidcntia verbo absque discretione personarum et modorum, » (Putsoh, p. 914.)

latin : precans, priant ; precatuSy ayant prié ; precaturm, devant prier ; en grec pourtant il en a une quatrième , celle de Taoriste, qui répond à notre prétérit défini.

b) Rien ne s oppose à ce que le participe d'un verbe attributif se construise avec le même Cas que les autres modes ; car le Cas dépend de la nature de l'attribut, qui reste partout le même ; par exemple : serviens Deo, amans litteras, ulens lihris, etc.

c) Les participes se changent quelquefois en adjectifs , parce que nous faisons facilement abstraction de l'idée d'existence et qu'ainsi l'attribut devient un simple qualificatif, par exemple • sapiens, potenSy etc. ; car un homme, ^wi e5^ sage, r/We5^ puissant, présente au fond la môme idée totale qu'un homme sage, puissant, et la différence de l'une à l'autre expression ne se fait guère sentir aux oreilles du peuple.

Pour bien distinguer le participe de Tadjectif qui a la même terminaison , remarquez que celui-ci exprime une manière d'être permanente et constante, tandis que le participe, en conséquence du verbe être qu'il renferme, rappelle toujours une circonstance de temps, et pour ce motif présente l'attribut comme limité par le temps , c'est-à-dire comme une action ou un état, une manière d'être passagère. C'est par là que nous devons distinguer en français les participes en ant, et qui sont invariables, des adjectifs qui ont la même terminaison, mais qui sont variables. ^ Tout à coup elle aperçut les débris d'un navire,... un

gouvernail, un màt, des cordages floUarU sur la c6te. • (Fénélon, Télém.y liv. I, alin. 2.) — « Enfin, les vente commencërent à s'apaiser ; et la mer, mugissant^ ressemblait à une personne qui, ayant été longtemps irritée, n* a plus qu'un reste de trouble et d'émotion. » (/6w/., liv. VI, alin. 22.) Les mots flottant, mugissant, sont ici de vrais participes, parce qu'ils présentent les idées qu'ils expriment, comme une action ou un état qui se borne à un temps donné ; aussi les analysons-nous par l'imparfait : qui flottaient, qui mugissait , et non par qui étaient flottants^ qui était mugissante ; en effet l'imparfait marque exactement la circonstance de temps que nous avons en vue , tandis que les périphrases qui étaient flottants, qui était mugissante, exprimeraient des qualités ou des états permanents. Mais dans les expressions suivantes : des yeux perçants, une créature parlante, des animaux bourdonnants, etc., ces mots terminés en ant sont aujourd'hui de véritables adjectifs, parce qu'ils expriment une qualité, c'est-à-dire un état permanent. En effet, ils ne signifient pas que cette créature parle, que ces animaux bourdonnent dans un temps plutôt que dans un autre, mais que c'est là une des qualités qui constituent leur nature.

d) Les participes, à cause de leur caractère d'adjectifs , sont souvent, à la manière de ceux-ci , employés substantivement ou deviennent même des substantifs. Cette transformation des participes en substantifs, ou du moins leur emploi comme tels nous fait comprendre comment le par-

ticîpe lalin peut être suivi du génitif , taudis que le verbe se construit avec l'accusatif , par exemple : amans litterarum , patiens fn'goris, inediae, etc.

Les grammairiens français ont beaucoup discuté la question de savoir s'il y a un gérondif en français. Les uns ont pris la terminaison des verbes en ant^ partout où elle se trouve, pour un gérondif ; d'autres, au contraire, pour un participe ; d'autres, plus modernes, la prennent pour un gérondif partout où elle est précédée ou du moins peut être précédée de la préposition en ; dans tout autre cas, ils la regardent comme im participe ou un adjectif verbal.

Pour nous former une opinion sur ce point de la grammaire française, rappelons-nous d'abord que la forme du verbe, appelée gérondif en latin, est partout et toujours un ttrme abstrait^ qui désigne, soit une action (amandi^ do, dum), soit une manière d'être (florendi, do, dum), considérées en elles-mêmes et hors de tout sujet, tandis que le participe est toujours un terme concret , qui désigne un état comme inhérent à un sujet. Aussi le français rend le gérondif latin en do, avec une grande exactitude, par rinfinitif précédé de la préposition à ; par exemple : « Il se délassait le soir à écouter des hommes savants. » (Fénélon, Télém. II, alin. 12.) — « Là, je passais les nuits à déplorer mon malheur. » (Ibid., 21.) — « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. » (Corneille.) Si, dans ces exemples , nous remplaçons les mots à écouler ^

à déplorer, à vaincre, par ces autres en écoulant, tn déplorant, en vainquant, dirons-nous que ceux-ci répondent aussi exactement au gérondif latin ? Pour qu'il en fut ainsi, ces dernières expressions devraient aussi présenter ces actions connue des termes abstraits , et les terminaisons ant , précédées de en , devraient avoir la même valeur que celles de Tinfinitif : or il me semble contraire à l'analogie qui domine dans toute la langue, de prendre aujourd'hui la terminaison ant , quelle qu en soit d'ailleurs l'origine, comme signe d'un nom abstrait ; elle présente, si je ne me trompe, le mot qu'elle affecte comme un nom concret ou comme un adjectif pris substantivement (1) ; les expressions en écoutant, en déplorant, en vainquant, etc., sont donc des partidpes plutôt que des gérondifs. Cette opinion a pour appui lautorité de l'Académie , qui n'admet pas le gérondif en français (2).

La cause principale qui a fait admettre aux grammairiens français un gérondif , c'est la préposition en, qui, prise dans son sens ordinaire , se concilie en effet difficilement avec le participe quelle accompagne ; mais la difficulté disparait, en lui assignant le sens qu'elle a dans cas expressions: « en ami, en critique sévère, je vous avertis, » où elle signifie en qualité de,.., en état de... ; en sorte que

(1) Cette propriëtë de la, termiuaison ant se fait assez bi<;n sentir, ce me semble, dons les yerbes]jt)ilL la formj terminée par ant diffère beaucoup de Tinfinitif: en finissant, en faisant, en disant, en sachant, etc.

(2) Voy. le Dictionnaire , aux mots En, Gérondif.

nos expressions en écoutant^ en déplorant , en vainquant^ signifient littéralement : en qualité ou en état d'écoutant^ de déplorant, de vainquant, c'est-à-dire de quelqv!un qui écoute, ou si, pendant que^ lorsque, parce qu'on écoute.

Je terminerai ce paragraphe en faisant observer que, pour le sens comme pour la construction, il est de la plus grande importance de bien préciser la conjonction dont la

suppression a donné lieu à l'emploi du participe. Cette conjonction peut être et, si, quoique, quand, lorsque, parce que, après que, etc.; le sens exact du participe en dépend, et elle est ordinairement indiquée par l'ensemble de la phrase ; si elle ne l'est pas , il faut éviter ce genre de coustruction.

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