‹ Principes de grammaire générale, ou, Exposition raisonnée des éléments du langageChapitre 6 sur 45 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES CO!«SO>'.MES. — DU NOMBRE DES CO.XSOXXES ; DE LEUR DIVISION , CT DB

LEOH PERMUTATION.

Nous avons vu précédemment (§ 10) que les consonnes sont les signes ou les lettres qui représentent les articulations , c'est- à-dire les modifications que le son reçoit par Faction momentanée , par le mouvement subit de Tune des parties mobiles de la boucbe , qui sont au nombre de quatre: i"" les lèvres; 2'' Y arcade dentaire inférieure; 3** la langue; 4*" le voile du palais. Ce sont pour àîrisi dire les touclies delà voix.

La plupart de nos consonnes sont communes à toutes les langues , sans y avoir pourtant toujours la même netteté , la même précision y la même franchise, et il en est bien peu qui soient exclusivement propres à telle langue , ou qui manquent complètement à telle autre. L'articulation représentée par la consonne appelée a'in est propre aux

langues sémitiques ; et les consonnes w et j, comme on les prononce en allemand , n'existent guère en français. En chinois» il n y a pas dV , et en zend il n y a pas d7. Les habitants de quelques îles visitées par le capitaine Cook , ne pouvant pas prononcer la lettre k ou gh , appelaient ce célèbre navigateur ToiUe.

Les causes de ces faits se présentent pour ainsi dire d elles-mêmes.

D'abord , les oi^anes qui concourent à la formation des consonnes , sont essentiellement les mêmes chez tous les peuples. En outre, chacun d'eux ne peut produire qu'un petit nombre d'articulations assez distinctes les unes dés autres, pour transformer une même voix ou voyelle en plusieurs sons, propres a servir de signes bien caractérisés à des idées différentes. Toutefois parmi ces articulations communes à la plupart des langues , il peut s'en rencontrer qui reçoivent quelque modification sensible pour une oreille exercée : elles pourront dans ce cas êlre représentées chez telle nation par d'autres signes , par des consonnes particulières à la langue de cette nation. Ainsi , en français , dans les mots maison, conseil , etc. , la même lettre s exprime deux articulations qui diffèrent pourtant à peu près autant que 6 et p ; rien n'empêcherait de leur donner deux signes différents , et d'introduire dans récriture une consonne de plus. Il en est de même de toutes les consonnes dont la prononciation varie sensiblement d'un mot à Tautrê.

Ëntin nos organes vocaux étant une fois plus ou moins déliés et assouplis par lexercice , le mouvement simultané de deux de ces organes nous permet de former quelques articulations comj)osées ou complexes , qui sont à l'égard des consonnes ce que sont les diphthongues à Tégard des voyelles , et qui peuvent être représentées par un seul signe. Telle est sans doute l'origine do plusieurs consonnes doubles en grec et de Yx tant en latin qu'en français , où il représente toujours une articulation double , es dans aanomc , gz dans examen , etc. De mùme nous pourrions avoir une seule lettre pour remplacer les deux consonnes gn dans le mot Allemagne et plusieurs autres. Je reviendrai sur ce sujet à l'occasion de l'Orthographe.

Mon dessein n'est pas d'entrer ici dans un examen détaillé des divers mouvements de notre appareil vocal qui correspondent aux diverses articulations (i). Je me contenterai de ranger les consonnes en quatre classes d'après les parties mobiles de la bouche qui concourent le plus efficacement à leur formation (2).

(1) J. Mûller et M. Kersten , dans les ouvrages dëjà cités , ont traite ce sujet dans toute son étendue et avec toute Texaotitude que comportent des observations si délicates

(2) C^est dans le traité de Denys d'Halicamasse, intitulé de r Arrangement des moiSj que nous rencontrons pour la première fois la classification des consonnes en labialeet dentaleê et ffuttwftUeê qui sont

i" Les labiales : jo, 6, f, v, te y m.

2*» Les dentales : tj rf, Sy c, js, /, (ge), che, œ.

3** Les linguales : l, n, r.

4** Les gutturales : k, c (ca), g (gu), q, h, cIl (prononcé coDimc A*, ou comme x ^^ S^^^ ^^ ^'^ allemand) , j (en allemand et en flamand où il se prononce comme notre y dans yatagan).

Quoique le nombre des linguales soit très-restreint , il est à remarquer que la langue, soit par sa pose , soit par quelque mouvement subftl , prend pourtant une part plus ou moins grande à la formation de la plupart des consonnes 5 et surtout des dentales , qu il serait peut-être préférable d'appeler linguo-deniales. C'est probablement aussi pour ce motif que lensemble des sons de la parole est désigné en générîil par le nom de langue. Il est possible que dans une haute antiquité on ait employé dans le miême sens le mot de lèvre ; car nous lisons dans la Genèse rcbap. XI, V. 1 : Eratautem terra /a6//unius.

lobdiriMées en/oWet (^ddé, mincef») , douces (xotvsc moyennes) et atpirées {iaaia^ épaisses).

Cotte subdiTÎsion des grammairiens grecs est fondée sar la qaantitë do sonfHe (iryr&/««), avec lequel ces consonnes se prononcent. Les mots fài, iavia , sons-entondu 9Te(X«î« , signifient proprement : éléments miaeeê (de souffle), éléments épais (de souffla*) ; et ils sont employés figaréraent poar indiquer les différents degrés à^aspirtUion, Eu effet , les consonnes aspirées sont accompagpiées d'an certain souffle produit par la compression brusque dus poumons et qui les distingue de toute aotre.

Notre expression, consonnes forteêf qui signifie littéraleiiient.le contraire du grec ^iXà et dn latin /eni»«jr , est relative à l'action dei organes pour former ces consonne*^.

Comme il est assez difficile d observer les mouvements de la bouche correspondant aux gutturales ^ j'ajouterai que l'entrée de la bouche du côlé du pharynx s'ouvre, s'élargit, se rétrécit, se ferme au moyen du voile palatin et du dos de la langue, et que ce sont principalement ces deux parties qui forment les gutturales, à la manière des lèvres qui forment les labiales. Ainsi, pour prononcer ca , nous commençons par fermer entièrement l'isthme du pharynx, en baissant le voile palatin et en appuyant le dos de la langue contre le palais; puis, par l'ouverture subite, Tair sonore produit une certaine explosion, qui imprime à la voyelle a cette modification ou articulation que nous représentons par la consonne c. Le même procédé a lieu pour prononcer ac ; mais ici nous produisons d'abord le son a , puis nous fermons brusquement Tisthme du pharynx.

Les grammairiens ont longuement discuté la question de savoir si le h aspiré , comme dans le Ivasard , le héros , etc., est une véritable consonne et de la même nature que les autres. L oreille seule , ce me semble, suffit pour lever ce doute. Les sons ha, hé y bien articulés dans les mots hasard, héros ^ diffèrent sans contredit très-sensiblement des pures voix ou voyelles a et é, au point que personne n'est tenté d'écrire Yhasard, Yhéros. En quoi consiste la différence ? L'oreille nous le dit ; c'est que les sons a et ^ dans les mots cités sont accompagnés d'une certaine explosion, expiration ou aspiration de l'air sonore qui modifie ces

voyelles autant et de la même manière que les autres consonnes. L'articulation de la lettre h est aussi tres-sensible dans le corps des mots: dehors, souhait , appréhender, etc.

Quant à sa formation , le h aspiré est peut-être seul de son espèce ; il ne semble pas être dû à l'action de quelque partie mobile de la bouche ; on dirait plutôt qu'il est leffet d une compression brusque des poumons, qui fait que Tair en est chassé d'un seul coup et en plus grande quantité que dans l'expiration ordinaire ; ce serait donc cette sortie brusque et abondante de l'air qui donnerait au son la modification marquée par le h aspiré. M. Kersten croit pourtant avoir observé que l'arrière-bouche^ou l'isthme du pharynx prend, par son resserrement, une part très-active à la formation de cette consonne (1).

Le célèbre physiologiste de Berlin, J. Millier, désapprouve la classification des consonnes en labiales, dentales, gutturales et linguales.

« C'est, dit-il , à la physiologie qu'il appartient de rapporter les sons de la parole à un système naturel. Les tentatives des grammairiens à cet égard ont échoué, parce qu'ils avaient établi leurs classifications sur des qualités qui ne sont point essentielles. En effet , la distinction des sons de la langue parlée d'après les organes qui sont censés les produire, est vicieuse, parce qu'elle en réunit qui différent totalement les uns des autres suivant les principes de la

(1) Voy. Essai sur ractivitë da principe pensant , vol. II , pag. 283 et SUIT.

physiologie, et parce que plusieurs parties de la bouche concourent à la production de la plupart d entre eux. C'est le défaut qu on peut reprocher à la division en sons labiaux y dentaux , gutturaux et linguaux , à celle même, beaucoup plus simple , en sons oraux et nasaux (1). >

Âpres cette critique de notre classification qui est celle des meilleurs grammairiens , J. Millier en étabUt une autre , en consonnes muettes et en consonnes avec intonation delà voix. Elle est au fond identique à celle des anciens grammairiens grecs et latins qui divisaient les consonnes en muettes yPyb,c (k, q), g^t, rf...., et en detni-voyelleSy fy /, m, n, r, Sy œ...., parmi lesquelles quatre étaient appelées liquides (2) . Et comme dans la doctrine de ces gram-

(1) Voy. Physiologie du système nerreux , traduite par M, Jourdain, pag. 210.

(2) Les plus anciens grammairiens grecs et après eux les latins ont donne , comme on le sait , aux voyelles le nom de fàtvi/ttvrx , vocalet , «ous-entendu ypifiiiaxa, titterae (lettres sonnante»), parce que ces lettres expriment de pures voix , snns aucune articulation sensible ; ils ont appelë lc8 consonnes av/c^uva , consonantes ( lettres sonnant avec une autre ) , purce que ces lettres ne pi-uvent être prononcëes à hante voix que jointes & une voyrlle. En outre, ils remarquèrent qu'en prononçant k haute voix ap, oc, etc., on ne fait entendre après ces consonnes aucun bruit, aucun sifflement, la bouche ëtant entièrement fermée, «oit h sa sortie , soit k son cntrtfe ; tandis que af ^ al , am, etc., font •encore entendre après elles un petit bruit , la bouche nVtant pas entièrement fermée , ou Tair étant chassé par le canal nasal. C'est pourquoi ils donnèrent , paraît il , aux six premières consonnes le nom de muette» (àf wvc, eon$onante9 mutœ) et aux sept autres celui de demivoyelleê (^/u'f Mva, «emt-voca/ét), en regardant ce bmit comme une demie Toyelle et comme une partie de la consonne. Enfin parmi les demi- ToyclSes ils en distinguèrent quatre l ,myn,r , qui se lient très-facilement arec d'autres consonnes pour ne former qu'ufie consonne com-

mairiens on ne saisit pas bien la différence entre les voyelles proprement dites , i, é, a, o, ow, et les demi-voyelles , f, ly m^ n, r, s y œ, de même en examinant bien le système de J. Millier, il est facile d'y découvrir une confusion entre le son articulé et la pure articulation ou consonne ; car , suivant lui , il y a une classe de consonnes qui peuvent être prononcées à haute voix avec intonation , avec résonnance de la voix ; et ce sont précisément les demi-voyelles des anciens. Mais une consonne prononcée avec intonatioriy avec résonnance de la voix , n'est évidemment plus une simple consonne, mais un son articulé , une voix articulée.

Pour faire toucher du doigt l'erreur des anciens grammairiens et de J. Millier, j'observerai qu'il faut bien se pénétrer de ce principe que toutes les consonnes sont absolument muettes de leur nature : aucune ne peut être prononcée à haute voix que jointe à une voyelle. Le bruit ou le sifflement de la bouche dont quelques-unes sont

plexe ; par exemple : Jlumen , iMuo , gnafui , tmeais , etc. ; ils les appelèrent pour ce motif ûy^x, liquides, coulantes; et comme cette même aptitude les rend moins sujettes k dos changements dans les déclinaisons et les conjagaisons, elles furent appelées aussi àfitripola , invariables.

Sur la nature et le nombre des demi-voyelles d^aprës la doctrine des anciens grammairiens, qui d^ailleurs ne sont guëre d'acoorl entre eux, Tojez Denys le Thraco , chap. 7 ; — Denys d^Halicamasse, chap. 14; •— Priscien , ëdit. de Putsch, pag. 540 et sulv. — Donatus , éiit. do Putsch, pag. 1801. — Isidori hispalensLS Orig., lib. I, eap. 4. — Yossii Àrist. I, 14 et sair.

accompagnées ne changent i^en à leur mutisme ; ce sifflement n a rien de vocal , rien d'un son laryngien, c'est un simple bruit conune celui que nous faisons avec les lèvres pour appeler un animal. Les consonnes ne représentent que les formes imprimées au son laryngien par Faction subite et momentanée de quelque partie mobile de la bouche. L'erreur des anciens grammairiens consiste eu ce qu'ils ont regardé le bruit de la bouche ou de toute autre partie de l'appareil vocal, comme une demie voyelle et comme une partie de la consonne , qui n'est elle même que la forme d'une voyelle ou d'un bruit , quel qu'il soit. J. Millier n'a pas assez nettement distingué le son et sa forme ; il a regardé comme partie de la consonne le son laryngien qui lui est nécessaire pour être prononcée à haute voix., tandis que ce son et la consonne sont deux éléments bien différents , dont la réunion forme , non plus une consonne , mais un son articulé.

Quant aux objections élevées par J. Millier contre la classification des grammairiens , à savoir qu'ils réunissent des consonnes qui différent totalement les unes des autres, et que la plupart des consonnes sont formées par l'action simultanée de plusieurs parties de la bouche, je n'y trouve pas un motif suffisant pour faire rejeter la division adoptée par les grammairiens. D'abord, si les grammairiens se trompent en assignant aux lèvres , par exemple , telle consonne qui , d'après la physiologie , appartient plutôt à un autre organe , c'est une simple erreur de

détail , facile à corriger. Ensuite , en admettant aussi que plusieurs parties de la bouche concourent à la production de la plupart des consonnes , il n en est pas moins vi*ai que nous formons les consonnes labiales principalement avec les lèvres et les consonnes gutturales principalement avec le gosier , et ainsi des autres. La classification générale des grammairiens repose donc sur un fondement bien solide et naturel , c est-à-dire sur lorgane dont les mouvements contribuent le plus eilicacement à la production des consonnes de chaque classe. Tout ce qu on pourrait faire , ce serait de subdiviser les consonnes de chaque catégorie d'après l'organe qui intervient accessoirement dans leur formation. Mais une pareille subdivision, est-elle bien nécessaire? Je ne le pense pas.

Je ne trouve , pour la grammaire , aucun avantage dans la division que fait J. Millier dos articulations dans la parole à haute voix, en consonnes muettes et en consonnes avec intonation de la voix , pas plus que dans celle des anciens grammairiens en musettes et demi-voyelles. Mais comme beaucoup de phénomènes grammaticaux se produisent et s'expliquent par la seule raison que telles et telles consonnes se forment principalement par tel ou tel orçane, le grammairien éprouve le besoin de classer les consonnes d'après leurs principaux organes. De cette façon il embrasse d'un seul regard la cause de plusieurs phénomènes , et désigne par un seul mot toutes les consonnes auxquelles le même phénomène est commun.

Les consonnes d'une même classe ont entre elles une grande affinité, soit pour l'impression que fait le son articulé sur l'ouïe de celui qui écoute, soit pour les mouvements que fait la partie mobile de la bouche. Ainsi les labiales b etp ont beaucoup d'afSnité tant^pour le son que pour le mouvement des lèvres ; mais les dentales dei tne ressemblent aucunement , pour le son , à la sifflante s , tandis qu'elles en différent bien peu par rapport à Faction de la langue et à la pose des dents ; aussi les sons articulés dt et ti se changent bien souvent en si. La même ressemblance , quant à leur formation , se trouve entre s et nos consonnes marquées par /, ge, che, schiy ox)mme dans les mots jour y génie, cheval, schisme , et qui s'appellent consonnes chuchotantes ou chuintantes (1).

(!) L'articulation marquée par nos consonnes j (ge) et che porte cli'-z les grammairiens indiens et arabes le nom de consonne sijiante j'olalale. Court do Gebelin Ta nommëe consonne chuintante (toI. II, p. 1 19, 123), et plusieurs grammairiens après lui se sont servis de la même déiiominntiou. M. Kersten donne à notre/ (g doux) le nom de iiow^^nwm chuchotante douce^ et au che celui de consonne chuchotante forte. Cette nouvelle dénomination qui vient du latin suêurrare, me paraît être très-bien choisie. Voy. M. Kersten , vol. IT, pag. 801 et suiv,

11 est à remarquer qu'aucune de ces deux consonnes ne se rencontre ni en grec ni en latin. Elles se trouvent pourtant soit toutes deux soit Tune ou Tautre dans la plupart des autres langues , quel qu^en soit le tîgnc dans Tëcriturc.

C'est sans doute dans cette double affinité des consonnes du même organe ou de la même classe qu'il faut chercher la cause principale de leur fréquente permutation , soit dans le même idiome, soit dans leur passage d'un idiome à un autre (1). Je vais citer quelques exemples qui suffisent , sans commentaire , pour constater les lois qui gouvernent ces échanges. Ces lois ont , pour le grammairien, d atitdnt plus d'intérêt qu'elles forment évidemment la base de toute recherche étymologique, et servent en même temps à nous rendre compte de bien des changementa que les mots éprouvent flans les décUnaisons et les conjugaisons de la même langue.

(1) Je dis la cause ^principale , parce qu^il y en a quelques autren, dont Taction est également bien constatée, mais qui sont plus variables dans leurs effets, et, pour ce motif, plus difficiles h, ramener k une loi commune. C*est d*abord le climat et son influence sur toutes les parlies de notre appareil vocal: les consonnes deTidiome d*nne première colonie d'émigrés peuvent devenir ponr les générations suivantes plus difficiles à former ; des lors elles seront remplacées par d'autres ; avec le temps et les distances parcourues, cet idiome primitif peut devenir méconnaissable.

Après le climat vient Yhahitude de la prononciation dans les mots familiers de la langue maternelle. Cette habitude qui nous rend la formation de certains sons plus commode et plus prompte , nous les fait rechercher , et changer, d'après leur modèle, ceux dont la formation serait plus difficile pour notre appareil vocal et qui seraient par là même plus durs à entendre. Ainsi , sans parler des Chinois qui changeront la consonne r de tocs les mots importés par eux , la forte aspiration sera supprimée ou du moins adoucie dans tous les mots étrangers qui passeront désormais dans la langue française. C'est probablement aussi par l'habitude du langage jounialier que le nom primitif du grand Apôtre , SaiÀly fut changé en celui de Paul , qui était très-usité chez les Romains, tandis que le premier leur était complètement incoimu.

I. Exemples de permutation des consonnes labiales (1) : Populus, publicus ; pelo, bitten en allemand ; piscis, Fisch en allemand ; pecu^ Vieh en allemand ; cuprum, cuivre ; sapere, savoir; rapere, ravir ; c(yrvm . corbpau ; cîirvus, courbe; fiovloftai, volo^ wollen en allemand; PQifiù), fremOy frémir; bellus, melior; turba, turma, Dorf en allemand ; habere, avoir ; ab-ante , avant ; — provulgare y promulgare; dvis, bis; dvellum, bellvm (2); — marmor^ marbre ;Tà fiijla, bêla en vieux latin. — Pad en sanscrit, novç, peSy Fuss en allemand, voet en flamand, foot en anglais, pied; — prus en sanscrit, tvvq, com-buroen latin (3), febrisy Februarius, Février y brûler (perurerc ? ). Si nous avons aujourd'hui en français plusieurs mots que nous écrivons et prononçons avec la consonne guttu-

(1) En présentant en regard les ting des autres les moto qui vont suivre, je n'ai voulu qu'attester leur origine commune et la permutation des consonnes du même organe , sans établir aucune priorité. Les personnes qui désirent un plus grand nombre d^exemples peuvent consulter : Court de Gcbelin, Monde primitif, origine du langage, pag. 152 et suiv. — Ëichbuff, Parallèle des langues , Paris, 1836. — Fcrd. Becker, Das Wort , etc. Francfort, 1833. — E. Jftkel, der germanische Ursprung der lateinischen Spracbe. Breslau , 1830. — G. F. Bnrguy, grammaire de la langue d*Oïl , tomel"', Berlin, 1853. — Fr. Diez, Etyniologiscbes Wor.erbucb der romanischen Spracben, Bonn, 1853. — Fr. Pott, Etymologische Forscbungen, 2* ëdît Lemgo, ]8ô9-l8ôt.

(2) Dans les motsdi^t* et dvellum^ le d a disparu et le v 8*est cliangë eu h.

(3) Je cite ce mot à dessein pour faire remarquer qne la racine commune ù (ilusicurs langues ne se conserve quelquefois ou du moina ne se fait bien sentir que dans des mots composes ou dérivés ; par exemple • angen (dire en allemand), prœêagire, prœiagium, pré$age.

raie ga, gu, tandis que les mêmes mots s écrivent en latin avec la consonne labiale v , comme vespa^ gvêpe , vastare, gâter ; vagina^ gaine ^ etc., ou dans d'autres langues avec un double to, conmie Werra et Walthar en vieil allemand, guerre^ Gauthier en français, et Wilhelm en allemand, Guillaume en français (1), etc., il ne faut pas conclure de ce fait qu une consonne labiale se change facilement en une consonne gutturale. Pour nous rendre raison de cette permutation, remarquons d'abord que les Romains n avalent qu une seule lettre , un seul et même signe v pour marquer notre voyelle ou et notre consonne v ou le double w dans d autres langues. Cette voyelle v (pu) était souvent précédée d'une consonne gutturale assez fortement articulée , comme dans les mots qviSy qvalis , gvstus, etc., où la consonne gutturale est marquée par q et ^, et conservée dans les mots français qui y quel, goût , etc. Mais il y avait aussi , ce me semble, des mots où la voyelle v était précédée d'un g ou d'un h très-peu sensibles et à cause de cela négligés dans l'écriture , de manière que les mots vespa, vasto sonnaient probablement comme houespa hoih asto, ovLsouespa, gouasto. Aussi le ^c^ceaneçog et le latin vespei' sont évidemment de la même racine. Dans la suite , quand ces mots ont passé dans les langues néo-latines , l'articulation gutturale qui était très-faible et qui n'était pas indiquée , s'est renforcée et a été marquée par

(l) Voy. A. W. de Schlegeî, Observations sur la langue et la littérature provençale». Paris, f 818, pag. 97.

noire gutturale plus forte, les lettres gu ; les mots houespa, houastOy se sont changés en gouespa , gouasto , ave<; un g fortement articulé , comme vulpes en goupil ; puis la rapidité de la prononciation ayant supprimé la voyelle ou , il en est résulté les mots : guespUy guêpe et gosier, gâter. Ce n'est donc pas, à proprement parler, la consonne labiale v, qui s est changée en gu, mais la gutturale g on h faiblement articulée a été renforcée. Cette prononciation de la consonne v avec une faible articulation gutturale ou aspirée pourrait bien servir à nous faire comprendre comment nivis peut dériver de nix et vixi de vivo. On n aurait qu'à supposer que dans nivis la gutturale renfermée dans niœ est adoucie, et que dans viœi celle qui accompagnait le second v s est renforcée. Mais il paraît préférable d'admettre que nivis ne vient pas immédiatement de nix, ni vian de vivo j mais que nivis nest autre chose que l'ancienne forme ningvis , le n et le gr ayant disparu , et que vixi est formé de l'ancien vigo pour vigeo.

II. Exemples de permutation des consonnes dentales , ou plutôt Unguo^entales :

Metallum, médaille ; réXog, Ziel en allemand ; x>e6sy deus, Zêvçy gen. Jt6g\ modus, Maas en allemand, metiri, mesure ; dens , Zahn en allemand ; fiéaùç , médius, Mittel en allemand ; coudre, cornant ;pendere, pensare, peser , penser ; lez (proche de), lotus (côté) ; mixius, mistus ; Sextius, Sestius ; sifr en arabe, Ziffer en allemand, chiffre ; Schamuel en hébreu, Samuel, elc.

Comme nos deux consonnes / et che , qui sont mises ici au nombre des linguo-dentales à cause de leur formation , ne se trouvent ni en grec ni en latin, ces deux langues ne peuvent nous fournir aucun exemple de permutation de ces consonnes avec une autre de la même classe. Les exemples d*une pareille permutation ne manquent pourtant pas, surtout dans les langues sémitiques. Je me bornerai à faire remarquer que dans les mots français, empruntés aux langues orientales, \ej et le che remplacent le plus souvQpt la même articulation des mots dans ces langues, par exemple, Gibraltar y cheik, etc., et que dans les mots français tirés du latin et du grec, ces deux consonnes se substituent ordinairement aux gutturales j, c et y, X- Les nombreux exemples de cette substitution rendent toute citation superflue.

IIL Exemples de permutation des c(»nsonnes linguales :

Lusciniolu , rossignol ; ulmus, orme ; epistola , épître ; flagellum, ^Quyékliov, fragello en italien , fléau ; âfôQov , donum, don; orphanus, orphelin; Messana, Messala ; peregrinus j pellegrino en italien, Pilger en allemand, pèlerin ; Latiaris , iMialis ; stlis en vieux latin pour lis, en aUemand Streit ?; saturare, satullare ; de là notre mot soûl , etc.

Comme les lettres dentales , à cause de Faction de la langue dans leur production, ne font pour ainsi dire qu'une seule et même classe avec les linguales , elles se substituent souvent les unes aux autres; exemples : arbor,

arbos ; honor, honos ; quaero , quaeso ; dingua en vieux latin, lingiuiy eu suédois tunga et en allemand Zunge ; dacryma en vieux latin, lacryma ; medidies , meridies ; ^Odvaaevg^ Ulysses ; Lewes, Lares; ValesiU Valeriiy etc.

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