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IV. Exemples de permutation des consonnes giUturaies

Kalafiog , calamuSj cvlmus^ Halm en allemand, chaume ; causa, chose ; xeq>ah} , ca/m^, -Kop/* et ^at</>^ en allemand, hoofd en flamand, head en anglais, cap et chef en français ; cen/um, quingenti ; xaçâia , cor, Herz en allemand, ccpwr ; nec'legoy negligo, négliger ; seco, segmentum ; 0^0, oc^ti^; aquila, aigle ; ^uum, cum, comme; quadragesimm, carême ; anticus, antiquus ; sequor^ secundus ; veho, veçoi, vectum (veha ou via , Weg en allemand , uxiy en anglais , voie en français) ; traJiOy traœi, tractum ; hostis, Gast en allemand , hôte ; x^^Q^^S» horlus, Garten en allemand , jardin y etc.

Si les consonnes d une classe se substituent quelquefois à celles dune autre, c'est presque toujours à cause de quelque analogie dans leui* formation ; ainsi m et n appartiennent bien à deux organes différents, cependant ces deux consonnes se changent souvent lune en Tautre , parce que , pour les former, lair sonore est également refoulé vers le nez , la sortie de la bouche étant fermée au moyen des lèvres pour Ym , et au moyen de la langue pour Yn. D'autres fois cette substitution est plus apparente que réelle, parce que nous ne connaisscms plus exacte-

ment lancienne prononciation du mot radical. Ainsi , en comparant les mots e ^, sex; iTtra, septeni; alg, sal; eâoç, sedes, siège ; eçTcexog , serpens, etc., on est porté à croire que laspiration marquée par lesprit rude ou la lettre h est changée en s , surtout quand on regarde le latin comme dérivé du grec. Mais les plus anciennes langues tant sémitiques qu indo-européennes nous montrent que la lettre s appartient à la racine, et se prononçait probablement avec une certaine dureté ou aspiration (sh)y conmie notre $ après une consonne , de manière qu'en grec , c'est la partie sifflante qui a disparu et Taspiration qui est restée ; le contraire a eu lieu en latin. Aussi, dans Homère, le mot avg, gén. avoç est plus fréquent que vg^ gén. v6g. La même observation s applique à la consonne f (ph ) changée en h. On sait que les mots hordeum, hircus^ hœdus , etc. viennent du vieux latin fordeum, fircus^ fœdus , et nos mots hors^ habler, etc., du latin foras, fabulari. La partie labiale de la consonne f{ph) a disparu et il en est resté l'aspiration .

fl y a pourtant des exemples de permutation où évidemment les articulations de deux organes différents ont été substituées Tune & l'autre. Ainsi , les Grecs prononçaient devant toutes les voyelles leur consonne cappa (x) comme tin k ; de même les Romains, tant qu'a duré l'empire id'Occident, paraissent avoir prononcé leur consonne^c devant toutes les voyelles comme un k, de manière quHIs Çtononçaient WÂfcro, etc.; a était donc pour eux une àt-

iiculation ffuUui*uIe, qui s*est changée dans les langues néo-latines en articulation linguo-dentale , comme dans d'autres mots les gutturales /et c, y et x ont été remplacées parnos chuchotantes j et che. De même en russe on dit featr^ feologua, etc. ; c est la dentale aspirée (théâtre, théologie) qui est changée en labiale. Ces permutations, quoique nombreuses, ne sont pourtant pas communes aux langues en général et varient d'un idiome à un autre. Elles sont dues à des influences locales , à des habitudes de prononciation ou à d autres causes qui échappent à nos recherches.

La diversité des consonnes quant à leur formation nous fait comprendre , pourquoi une labiale et une gutturale bien articulées ne peuvent guère s'associer assez étroitement pour se fondre en une consonne complexe ou double, tandis que les dentales et les linguales s*unissent facilement entre elles , et se lient , surtout les linguales , sans gène et sans effort tant aux labiales qu'aux gutturales. Ainsi , nous ne pouvons guère prononcer à haute voix pka, kma, gfUy etc., de manière à bien faire entendre les p, k et y , sans y joindre un son sourd , une voyelle informe ou un e miiet ; tandis que nous n'avons nul besoin de ce secours pour articuler très-distinctement pra^ kra, sta, gna, etc. Cela vient sans doute de ce que les mouvements des lèvres et du gosier diffèrent trop , sont trop éloignés les uns des autres pour se faire simultanément et modifier ainsi un seul et même son , la même voyelle ; au contraire, les

mouvements de la langue, organe très-flexible , se font aisément en même temps que ceux de tout autre organe. Il est presque superflu de faire remarquer que la facilité avec laquelle se transforment par une action simultanée des organes, deux ou trois consonnes en une seule consonne double ou même en une consonne triple , dépend beaucoup de Tordre dans lequel se présentent les articulations simples, et de la place qu'occupe le son ou la voyelle. Ainsi, nous prononçons irbS'hiea fleuve, golfe, stirps, etc., mais il n'en est pas de même de Ifeuoe, rpsi, etc., à moins d'insérer un bruit sourd, un e muet entre / et /', r et p.

C'est également pour faciliter la parole ou pour la rendre plus agréable à l'oreille, que l'homme a natureUement recoiu's à différents procédés qui font subir aux mots divers changements appelés Métaplasmes QtstaTtlaafiog, transformalion), ou figures de diction, parce que les mots ' prennent par là une autre figure, une autre forme. Ces changements ou métaplasmes proviennent de l'addition , de la suppression, de la transposition ou de la transforma* tion d'une ou de plusieurs lettres. Je me bornerai à mentionner ceux qui se rapportent spécialement aux consonnes, dont il s'agit ici. Leur nom seul, accompagné de quelques exemples , suffira pour en faire connaître la nature.

1** La Prosthèse ( addition faite au commencement) : eS'prit de spiritus; es-pèce de spedes ; es-pine^ épine , épingle de spina , spinvla ; grenouille de ranula ou ranuncth Itis ; Kartoffel en allemaijd de Erdapfel , etc.

Les mots formés ainsi par Tadditiou d'une lettre destinée à faciliter leur prononciation , ne sont pas nombreux dans les langues en général, et encore beaucoup moins lorsque cette lettre est une consonne ; car le besoin d'un pareil changement , on le conçoit, ne se fait sentir que trèsrarement. Le latin terra, terre, paraît pourtant appartenir aussi à celte classe de mots ; car dans toutes les autres vieilles langues , tant sémitiques qu'indo européennes , nous le rencontrons sans t , et même en grec dans l'adverbe è'itaÇe^ à terre.

2*» h'Epenthèse (insertion) : àvrjQ, gén. dvâpôg ; ab , absque; genei\ gendre; numerus, nombre; domitare, dompter; crescere, croître; venir, je viendrai; vouloir, je voudrai ; thésaurus, trésor, etc.

3** UAphérèse (soustraclion faite au commencement) : yvoioxo}, nosco; gnatus, natus; dvis, bis; dvellum, bellum; glis, gén. gliris, loir ; historia , storia en italien , slory en anglais , etc.

V La Syncope (retranchement dans Tintérieur d'un mot) : d(}àxyrj, aranea ; audivi, audii ; rideo, risi ; parco, parsi ; mitto,misi ; cado, sup. casum; trans-do, trado ; ago, agmen, examen; jv{jum,jumentum ; ffi/ges, frumentum ; — fidere, se fier ; plaga, plaie ; man^io, maison ; insula, isola en italien, île ; masculus, mâle ; aller, autre ; altare , autel ; gallus, gaulois ; aliquis-unus , aucun ; — ait, Gold, /fo/js en allemand, oud.goud, hout en flamand, etc.

Remarquons que c est à cause de leur faible articulation que les consonnes se perdent facilement , surtout lorsqu'une prononciation lente et traînante allonge ou rend plus sourde la voyelle dont elles sont précédées. La consoime / des mots alter, galluSy etc. n est donc pas changée en la voyelle ou la lettre u ; mais le son bref de a est changé en au , et la consonne / s^est perdue.

S*» IS Apocope (retranchement à la fin dun mot) : nXÔTiav^ Plato ; U(avy leo ; amalm, amed eu vieux français, aimé ; cheval y chevaux ; maU tnauœ, etc.

6** La Métathèse (transposition) : nçà . pro , var en allemand , por en espagnol, pour en français; neqaeipovtj^ Proserpina ; Trasimenus. Tarsimcnus ; temperare, tremper ; turbarcy troubler , etc.

7** L'Assimilation ou ï Attraction : yQÛifo), yQ<ififia; cedo, ccssi;jubeOy jussi; premo, pressi ; uro, ujssi; puer (jmervr lus, puerlus\puella; caper(caperulus, caperlus) capella; liber (liberuluSy liber lus) , libellus ; supimus , summus ; aptus, doctuSy scriptor, atto, dotto, scrittore en italien , etc.

C'est aussi par Association que la consonne finale de plusieurs prépositions se change en d autres consonnes dans la formation de mots composés. Aux nombreux exemples cités dans les grammaires particulières, je n en ajouterai qu'un seul , le mot officium , qui est sans doute composé de ob et facere, et signifie littéralement ce qui se fait à regard de quelqu'un , envers quelqu'un.

L'Association étend même son influence sur les conson-

nés suivant qu elles sont douces^ fortes ou aspirées^ c est-àdire suivant qu elles sont rcffct dun mouvement plus ou moins accusé du même organe, comme dans ces exemples : yçâqxoy yQaîiTOÇy ygà^drjv ; nléxcOy 7iXe%d^eig ; vvx^ *'Shjv; scribo , scriptum ; rego , rectum^ etc.

Les exemples où la seconde consonne s'assimile à la première, sont rares et encore incertains. Le mot vellem , Imparfait de velim^ conséquemment pour velerem parait appartenir à cette classe.

8* La Dissimilation. Le changement de la consonne indiqué par ce terme nouvellement introduit dans le langage grammatical par M. Pott, a pour but d'éviter une certaine uniformité de son qui déplaît à loreille. Ainsi les Grecs n aimaient pas à commencer deux syllabes consécutives par une consonne aspirée , et au lieu de ^pi^xôg^ gén. de ^ç/|, ^çiycti, q>E(plXrixa^ etc., ils disaient rçe^o^» TQegxoy 7têq>ilf;xa. De même les Romains n'employaient pas indifféremment les terminaisons aris et alis poiu* former des noms dérivés , quoiqu'elles eussent, sans aucun doute, la même signification : lorsque le mot radical se terminait par un / , ils lui donnaient la terminaison ariSy par exemple, singularis, soIariSy ocvlaris, etc. ; mais ils disaient pluralisy muraliSy regalis, hiemaliSy annalis, etc.

Tous ces métaplasmes ou changements , bien que , eu égard au nombre, les exemples en varient beaucoup d'une langue à l'autre, peuvent pourtant être considérés comme l'expression d'autant de lois suivies dans le langage

en général , et qui sont dues aux exigences de l'euphonie. Ils sont difficiles à expliquer, parce qu'ils dépendent d'une foule de circonstances que nous ne connaissons pas. On peut les appeler changements par euphonie.

Ces observations sur les premiers éléments du langage me paraissent suffire. J'abandonne au lecteur le soin de les compléter par beaucoup d'autres que j'aurais pu y ajouter, mais qu'il trouvera de lui-même. Si j'ai consacré tant de pages aux voyelles et aux consonnes , c'est que l'étude comparée des langues n'est pas possible sans la connaissance de ces premiers éléments : soit dans les recherches étymologiques , soit dans la décomposition des mots dont on analyse le sens , c'est toujours là qu'il faut en revenir (1).

(1) Pour avoir plus de dëtaiU sur les changements qu^ëprourent lef voyelles et les consonnes , ou peut consulter : K. L. Schneider , Auifûhrliche Gravimatik der lateinischen Sprache, Berlin, 1819.— Fr. Diez , Grammatik der romanUchen Sprachen, Bonn, 1856. ^ M. Edëlestand du Mëril, JSssai philoiophique asr la formation de la langue française , Paris, 1852. — Fr. Bopp, Veiyleichendeg Accentua' tiona êystem^ etc., Berlin, 1854. «^ K. W. L. Ueyse, System der SprachvUsenschaftj publie par Dr. H. Steinthal, Berlin. 1856.

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