‹ Principes de la critique historiqueChapitre 10 sur 146 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

nité ou qui jette un jour nouveau sur une question obscure, laissez-lui le temps d*en considérer attentivement tous les détails : à mesure que la vérité se manifestera, vous verrez son regard s'illuminer, vous sentirez son cœur battre avec plus de force ; et lorsque le dernier voile sera levé, un cri de joie s'échappera de son âme, oppressée jusque-là par les alternatives de l'espérance et de la crainte, et devant cette précieuse conquête, il oubliera les veilles et les déceptions qu'elle lui a coûtées, pour reprendre, avec une ardeur nouvelle, le cours de ses investigations.

Ce qui peut contribuer à faire une mauvaise réputation au critique sous le rapport des qualités du cœur, c'est l'intrépidité avec laquelle il main- - tient, envers et contre tous, les droits de la vérité. La sacrifier à une affection quelconque est à ses yeux une lâcheté, une trahison qu'il repoussera toujours de toute l'énergie de son âme. Il peut avoir, comme tout autre, et à un haut degré, l'orgueil patriotique ; mais il fera fléchir cet orgueil devant la sentence de l'histoire : rien ne l'empêchera de proclamer les arrêts de ce juge incorruptible, et il affrontera de grand cœur, pour les défendre, les colères du sentiment national. Mais voici un grief plus sérieux* A entendre certains de ses détracteurs, les intérêts mille fois plus sacrés de la religion ne trouveraient pas grâce devant

lui. Il irait jusqu'à mettre sa foi en péril pour rester fidèle à sa prétendue mission. Cette accusation est grave. On nous permettra de nous y arrêter un peu ; nous devons la réfuter solidement pour pouvoir espérer quelque résultat de notre travail auprès de ceux de nos lecteurs que nous tenons surtout à persuader.

Remarquons d'abord que la possibilité d'un sacrifice à exiger en cette matière suppose lar possibilité d'une opposition réelle entre la vérité historique et la vérité révélée. Or cette supposition est tout simplement absurde. Le critique n'a donc pas à s'en effrayer. Il peut arriver, nous l'accordons, qu'un fait affirmé par des documents historiques d'une authenticité incontestable semble à première vue en contradiction avec les enseignements de la foi. Mais alors, en examinant plus attentivement et le fait en question et le point de doctrine auquel on l'oppose, on reconnaîtra bientôt qu'il n'y a aucune difficulté à les concilier, et que la prétendue contradiction résulte seulement» d'une notion trop inexacte de l'un ou de l'autre. Et lors même que tous les essais de conciliation seraient d'abord infructueux et que l'examen le plus approfondi et le plus impartial ne fournirait aucun moyen d'accord, — ce qui n'a encore jamais eu lieu, que nous sachions, — le savant catholique ne devra pas s'en troubler. Il attendra de nouvel-

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