‹ Principes de la critique historiqueChapitre 11 sur 146 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

les lumières, sans s'inquiéter des cris de triomphe de rimpiété, toujours si prompte à s'attribuer la victoire, malgré les nombreuses et cruelles leçons que lui a values ce fol empressement. Cette patience sera de tout point, et en particulier pour la sincérité de sa foi et la paix de son âme, bien préférable à Tefifort violent qu'il devrait s'imposer pour méconnaître l'évidence d'un fait qui froisse momentanément des convictions puisées à une source plus haute que la science (1). D'ailleurs

(1) Des idées analogues ont été énoncées par M. Reusch dans son bel ouvrage la Bible et la Nature, à propos de la conciliation des textes sacrés avec les découvertes de la géologie et des autres sciences naturelles : * Lors donc qu'en suivant les règles de Texégèse, nous avons extrait de la Bible une proposition quelconque, qui se trouve être en contradiction avec une autre que le naturaliste nous oppose comme vraie, parce qu'elle découle de ses observations et de ses recherches, nous avons d'avance la certitude que ni la Bible ni la nature ne nous trompent. La contradiction n'est donc qu'apparente et doit être attribuée, soit à une erreur de l'exégète, qui n'a point saisi dans leur véritable sens les paroles de la Bible, soit à une erreur du naturaliste, qui n'a pas convenablement approfondi les faits ou n'a pas su distinguer la réalité de Thypothèse. Aussi im nouvel examen de part et d'autre fera-t-il probablement évanouir cette contradiction. — Cette pensée est surtout propre à conserver au théologien un esprit juste et dégagé de toute prévention, qualité que tout savant, mais principalement le théologien, doit regarder comme essentielle et comme son plus bel ornement. Supposons donc que nous rencontrons ainsi une contradiction entre l'interprétation d'un texte de la Bible que nous regardons comme juste, et une vérité géo-

qu'y a-t-il là de si effroyable? Le philosophe chrétien ne doit-il pas adopter ce parti lorsque sa raison bornée aperçoit dans les dogmes révélés quelque mystère dont elle essaye en vain depuis longtemps de pénétrer le secret? Et si sa foi ne doit pas succomber en présence d'un sem-

lo^que ou autre regardée comme incontestable parle natuliste ; rherméneutique nous défend de donner à la Bible une autre interprétation, et la science prétend que les faits, tels qu'elle les a constatés, et que les lois, telles qu'elle les connaît. Tout conduite nécessairement à ce résultat qu'elle oppose à la Bible: que faire? Avant tout et en toutes circonstances, il faut être loyal, et prendre garde de souiller notre cause si pure et si sainte par des sophismes et des chicanes; il ne faut à aucun prix déguiser ni amoindrir Tobjection, ni épiloguer sur la valeur des paroles de la Bible, ni vouloir faire passer pour défectueuses les propositions que le naturaliste a acquises par la voie d'une véritable science. Le plus grand savant n'a pas à rougir d'avouer, avec le sage de l'antiquité, qu'il ignore encore bien des choses. Donc, dans le cas proposé, nous ne devons pas craindre d'avouer notre impuissance à lever cette conû'adiction apparente, et néanmoins, nous pouvons exprimer la ferme conviction qu'elle n'est qu'apparente et sera résolue tôt ou tard, quoique nous ne puissions y réussir avec les données que nous offire actuellement la science. Un tel aveu doit nous sembler d'autant moins pénible que les sciences sont dans un développement continu....,, (Reusch, ouv, cité^ trad. Xav. Hertel, p. 22-23).

Nous n'avons pas cru devoir supprimer cette note, écrite en 1869, quoique M. Reusch ait donné depuis, en passant au camp des vieux-catholiques, un douleureux démenti aux principes si sages professés dans le livre que nous venons de citer.

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