‹ Principes de la critique historiqueChapitre 100 sur 146 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

siasme facile et ardent, et aussi la tendance à particulariser, à reporter sur une seule figure qui a frappé son imagination, tout ce que ses souvenirs lui rappellent de la classe d'hommes à laquelle son héros appartient, sans marchander sur les détails merveilleux, les anachronismes de dates ou de mœurs, la concision bizarre des faits et des personnages. Sésostris, Sémiramis, Gharlemagne et bien d'autres héros populaires ont été ainsi libéralement gratifiés de hauts faits tout autrement nombreux et brillants que ceux dont les monuments historiques ont gardé la mémoire. C'est ainsi encore que, dans certaines parties de l'ancienne Gaule, presque tous les endroits où l'on a retrouvé quelques ruines de constructions militaires attribuées aux Romains ont été décorés du nom de Camp de César ou de Mont-Céaar^ et, ce qui est plus curieux, les débris de monuments celtiques appelées pierres de Brunehaut. Le souvenir du célèbre conquérant est demeuré dans l'esprit des peuples comme la personnification du génie romain, et celui de l'énergique reine d'Austrasie, comme le type du génie barbare.

En voilà assez pour montrer combien est illusoire Ja règle qui suppose toiyours un fond de vérité dans les traditions populaires, et ne permet le doute que sur les détails. Il n'y aurait rien de téméraire à affirmer que les cas où cette règle a

été trouvée en défaut sont beaucoup plus nombreux que ceux où Ton a pu en constater l'exactitude. Car ce qu'on découvre de vrai après examen dans certaines traditions, appartient beaucoup plus aux détails qu'à la substance des faits.

Voici une autre règle, souvent proposée, ou du moins invoquée dans des circonstances particulières. Une tradition devra prudemment être acceptée comme vraie, dès qu'elle réunit ces trois conditions. D'abord, que son objet soit un fait éclatant, public, qui a eu nécessairement un grand nombre de témoins; ensuite, qu'elle ait été universellement admise pendant un laps de temps considérable ; enfin, que pendant tout ce temps il ne se soit élevé contre elle aucune réclamation, même de la part de ceux qui avÊiient tout intérêt à la contredire et qui étaient le plus à même de le faire.

Rien de plus facile que de justifier cette règle par des considérations à priori. Elle pourra même sembler plutôt sévère qu'indulgente. Et cependant, prise dans sa généralité, elle ne peut tenir contre le témoignage de l'histoire. Celle-ci nous montre des faits absolument et évidemment faux, pour lesquels cependant se réunissent toutes les conditions indiquées. Nous n'en rappellerons que deux exemples, assez remarquables, du reste, pour tenir lieu de beaucoup d'autres.

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