‹ Principes de la critique historiqueChapitre 102 sur 146 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ment des évêques en première instance aux synodes provinciaux (1), auxquels il avait été jusque-là universellement attribué, et affirmaient audacieusement que tel avait été le droit et la pratique depuis les premiers siècles de l'Église. Assurément un grand nombre d'évêques, en particulier le savant Hincmar de Reims, contemporain de Tapparition des décrétales, et, au siècle suivant, Gerbert, auxquels on opposa ces assertions qui condamnaient si complètement leur conduite, avaient le plus grand intérêt à les contredire. Ils pouvaient d'ailleurs déjà se servir à cet effet de tous les arguments qui prouvent à l'évidence la supposition des lettres éditées par le faux Isidore. Enfin ce n'était pas la crainte de Rome qui les eût empêchés de fournir cette démonstration; car, d'un côté, il est certain que les Papes . ne firent rien pendant près de deux siècles pour établir l'authenticité des fameuses décrétales, et qu'ils manifestèrent au contraire une défiance bien marquée à leur endroit, tandis qu'elles jouissaient d'une autorité incontestée dans les pays de domination franque (2); d'autre part, les évêques

(1) Gomp. La question des fausses décrétâtes en 1866, par le P. L. de Régnon {Études religieuses, 3« série, t. XI}.

(2) Gomp. Tarticle que j'ai publié sur ce sujet (Les fausses décrétales, Vépiscopat franc et la cour de Rome du ix* au xi* siècle), dans les Études religieuses de Paris (juillet 1870), et

francs, et en particulier Hincmar et Gerbert, furent loin de nourrir, à Tégard du siège de Rome, les sentiments de déférence qui auraient dû les empêcher de rejeter un document favorable à sa puissance, s'ils avaient reconnu ou seulement soupçonné que ce document était apocryphe. Eh bien ! sauf xme réserve de Hincmar au sujet des idées émises dans la préface et de la lettre de Damase placée en tête du recueil, personne ne songea à élever la moindre réclamation, et il faut attendre de nouveau jusqu'au xv* siècle pour distinguer une voix discordante au milieu de l'assentiment unamme qui consacra le succès de la fourberie.

Encore une fois donc, de nouvelles conditions doivent être ajoutées à celles que nous avons énoncées au commencement de ce paragraphe. Il faudra supposer de plus que les personnages qui auraient pu contredire la tradition vivaient à une époque où le sens critique était convenablement développé, et qu'ils avaient à leur disposition des moyens d'information suffisants pour s'assurer de la vérité. On observera en outre que la première de ces deux conditions faisait à peu près complètement défaut au moyen âge, et très souvent aussi la seconde (!)•

Hadrien H et les fausses déerétàles, par le R. P. A. Lapôtre dans la Revue des questions historiques (avril 1880). (1) Du reste, notre siècle lui-même, malgré toutes ses

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