CHAPITRE XII
et les pays où elle se trouve d'abord répandue, on ne constate aucun de ces détails merveilleux ou bizarres ni, quant à la plupart des témoignages, la présence d'un intérêt national ou local, qui se rencontrent à peu près toujours dans les traditions fausses ou suspectes.
Mais il y a plus. Parmi les témoins énumérés plus haut, se présente d'abord saint Irénée, mort à un âge avancé en 202, moins de cent quarante ans après le martyre de saint Pierre. L'illustre évêque de Lyon a dû conugatre beaucoup de personnes qui avaient vécu avec les contemporains de l'apôtre ; il était disciple de saint Polycarpe, qui lui-même avait reçu les leçons de saint Jean l'Évangéliste. Nous pouvons donc refaire aisément la chaîne des intermédiaires par lesquels a été transmis à saint Irénée ce qu'il rapporte des temps apostoliques, et certes cette chaîne n'est pas si longue ni si compliquée qu'il ait été difficile à un homme aussi distingué, à qui son séjour en Orient et ensuite dans la Gaule méridionale avait créé des relations très étendues, de se procurer des informations exactes et certaines sur ime particularité qui devait avant tout attirer son attention. Ce n'est donc plus seulement l'autorité d'une tradition orale dont les premiers auteurs et les propagateurs nous sont tout à fait inconnus, c'est celle d'un écrivain dont l'intégrité est au-dessus
de tout soupçon et les moyens de connaissance très sûrs, qui nous garantit la vérité du fait en question.
A côté de saint Irénée, nous pouvons placer Eusèbe, auteur du iv* siècle, il est vrai, mais qui avait entre ses mains une riche collection de documents anciens, et en particulier les mémoires ecclésiastiques écrits au second siècle par le juif converti Hégésippe. Pour composer ces mémoires, Hégésippe avait visité les principales églises d'Orient et d'Occident. Son but était de mettre en pleinç évidence l'accord de la doctrine professée de son temps par les chrétiens avec la doctrine primitive de Jésus-Christ. Il avait donc dû porter tout spécialement son attention sur l'origine de chaque église et sur la succession de ses évoques. Il s'attacha surtout à celle de Rome, où il se rendit sous le pontificat de saint Anicet, c'est-à-dire avant 168, et où il demeura jusqu'au temps de l'empire de Commode. Voilà donc un second témoin assez à même d'être bien informé pour nous inspirer toute confiance.
Nous en possédons un troisième non moins sûr dans l'auteur de la première partie du Catalogue de Libère. Ce précieux document est l'œuvre de saint Hippolyte (1), savant écrivain qui se
(1) C'est ce qu'ont admis sans hésitation M. J.-B. deRossi (Roma Sotterranea, t II, p. m) et le P. V. de Buck {Études