CHAPITRE XII
trouvait à Rome au commencement du m* siècle. L'argumentation de saint Irénée dans le passage que nous avons cité plus haut, celle de Tertullien dans son traité De Prssscriptianibus (1), et toute rtiistoire de la primitive Église, démontrent le prix qu'on devait attacher partout, et principalement dans les grands centres de la doctrine, à la possession du catalogue exact des évêques, dont la succession ininterrompue rattachait les églises particulières aux apôtres ou à leurs fidèles disciples. Nul doute (ju'il n'y eût à Rome im catalogue officiel de ce genre au temps de saint Hippolyte. C'est donc sur un monument si respectable que le célèbre docteur a pu rédiger la liste des papes qu'il a insérée dans sa chronique, et qui s'ouvre par le nom de Pierre.
Inutile d'insister sur la valeur des témoignages de saint Cyprien et de Firmilien de Césarée. Quant aux autres auteurs ecclésiastiques des trois premiers siècles, il n'en est aucun dont le silence puisse être regardé comme un argument contre l'imiversalité de la tradition; car il n'en est aucun pour lequel on puisse démontrer, d'une manière
reliffieuses, 3« série, t. VI, p. 388, note 2), sur les preuves fourmes par M. Mommsen.
(1) Particulièrement au chap. xxxvi.— Migne, P. L. tom. II, col. 49.
tant soit peu plausible, qu'il eût dû être amené à en faire mention, s'il ne l'avait pas ignorée.
En voilà assez pour ne pas laisser de doute prudent sur la vérité historique du grand fait qui nous occupe. Cependant comme ce fait forme la base d'un dogme distinctif du catholicisme, sa certitude entière et inébranlable est d'une telle conséquence pour la sécurité de notre foi et d'un si grand poids dans la controverse avec ceux de nos frères égarés qui cherchent sincèrement la vérité, qu'on ne peut s'empêcher de désirer quelque chose de plus invincible encore que les preuves historiques sur lesquelles elle s'appuie. Ce vœu peut recevoir une entière satisfaction.
D'abord, pour les catholiques, la transmission des prérogatives de Pierre aux évêques de Rome constitue un fait dogmatique, c'est-à-dire un fait tellement connexe avec un dogme de fd que celui-ci ne peut être entièrement certain que si la vérité de celui-là est mise hors de toute contestation. Or un fait semblable appartient évidemment à l'objet de l'infaillibilité de l'Église. II suffit donc qu'il y ait eu, à une époque quelconque, consentement unanime en sa faveur dans la croyance des fidèles et de leurs pasteurs, pour lui donner une certitude à laquelle nulle conclusion scientifique ne saurait prétendre. Dès lors, en présence de la croyance universelle qui s'est certainement mani-
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festée dans TÉglise au moins depuis le m^ siècle, aucune défiance n'est plus permise ici au catholique. Et s'il aime à voir encore le témoignage de la science se joindre à celui de la foi, ce n'est pas qu'il ait besoin de cet appui pour demeurer ferme dans ses convictions religieuses; c'est une satisfaction légitime donnée à son intelligence, qui ne connaît pas de jouissance phis douce que de constater l'hannonie de la science et de la religion.
Mais peut-on fournir une sécurité analogue au protestant qui n'admet pas encore l'autorité infaillible de la tradition religieuse, et qu'il faut amener à reconnsdtre l'autorité suprême du pontife romain ? Oui, pourvu qu'il soit logique et de bonne foi. Remarquons, en effet, la place qu'occupe, dans la démonstration catholique, le fait en question. Il faut évidemment l'établir après avoir prouvé par la Sainte Écriture, d'abord que Jésus- Christ a conféré à saint Pierre la primauté sur le collège apostolique et sur l'Église universelle ; ensuite, que cette primauté n'était pas un privilège personnel et limité à la vie de Pierre, mais qu'elle constituait, dans la pensée du Sauveur, un principe d'unité qui doit subsister dans la véritable Église jusqu'à la fin des siècles. Séparé de ces deux principes, le titre de successeurs de Reire, assuré aux évêques de Rome, perd son importance dans la controverse. Avec eux il forme un faisceau
lumineux d'où jaillit spontanément la vérité dogmatique à démontrer. Supposons maintenant un protestant déjà convaincu de l'institution de la primauté de Pierre comme base de TÉglise établie par Jésus-Christ Mettons-le en présence de la tradition historique qui fait remonter à Pierre la succession des évêques de Rome; faisons-lui remarquer l'absence d'un indice quelconque, qui autoriserait à attribuer les privilèges de Pierre à aucun autre siège de la chrétienté. N'est-il pas manifeste qu'il sera de toute nécessité conduit à une de ces deux conclusions : ou bien la prérogative de la primauté a depuis longtemps péri dans l'Eglise, et par conséquent l'institution solennelle de son divin auteur n'a pas eu son effet, ses promesses sont convaincues de mensonge ; ou bien cette prérogative appartient certamement à l'évêque de Rome? L'esprit qui hésiterait entre ces deux conclusions ne serait évidemment pas encore mûr pour la vérité, et ce ne serait pas en établissant plus clairement par l'histoire le droit des papes à s'appeler les successeurs de Rerre qu'on briserait les obstacles qui s'opposent à sa conversion.
La tradition qui indique saint Pierre comme premier évêque de Rome offre donc, surtout au point de vue religieux, toute la certitude désirable. Nous ne croyons pas devoir dissimuler qu'on est