CHAPITRE Xn
loin d'avoir les mêmes garanties par rapport aux autres églises qui prétendent ouvrir la liste de leurs évêques par le nom de quelqu'un des apôtres ou de leurs disciples immédiats. Sans vouloir nous prononcer ici sur la question, encore si débattue, de Tapostolicité des églises de France, nous nous permettrons une observation qu'il nous semble important de n'y pas perdre de vue. C'est que, si les principes énoncés dans cette étude méritent quelque considération, il ne suffit pas, pour établir la certitude d'une aussi antique origine, de montrer qu'il existe dans ces églises une tradition remontant au vni®, ou même au vn«ou au VI* siècle, pour se continuer ensuite à travers tout le moyen âge. Et surtout, nous ne voyons pas à quel titre certains écrivains modernes se croient permis d'ériger l'objet d'une pareille tradition en vérité catholique, et de ranger parmi les rationalistes tous ceux qui ne partagent pas leurintrépide assurance à affirmer cette vérité (1). De tels excès de langage sont regrettables à tous égards', et c'est compromettre une thèse, fût-elle excellente
(1) Nous n'exagérons pas, hélas ! Voici ce qu'on lit textuellement dans V Histoire générale de VÉglise de Tabbé Darras, t. X (Paris, Vives, 1867), p. 344 : '^ Les rationalistes " que nous avons jusqu'ici rencontrés sur notre chemin ne •* manquent pas d'opposer à la vérité catholique sur l'apos- • tolicité de nos Églises un texte fort laconique et très-mal ** compris de Sulpice-Sévère. „
d'ailleurs, que de vouloir la défendre avec des armes de cette trempe. Du reste, la vraie science ne se laisse pas effrayer par ces gros mots; elle demande des preuves concluantes. Jusque-là, elle se garde bien d*affirmer ou de nier ; elle suspend son jugement et elle continue ses recherches. S'il est un ordre de faits où cette réserve est particulièrement de rigueur, ce sont assurément ceux qui nous sont transmis par la tradition, surtout lorsque la tradition se manifeste chez un peuple et dans un siècle naturellement disposés à lui faire bon accueil, sans se préoccuper d'examiner de trop près la valeur des titres qui la recommandent à leur attention.