‹ Principes de la critique historiqueChapitre 109 sur 146 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

dans certains cas? VoUà les questions à résoudre. La première, on le voit, a une connexion intime avec celle de la valeur de la tradition orale, ou plutôt c'est identiquement la même, prise par un autre bout. Si elle est résolue par l'affirmative, l'argument tiré de la tradition doit disparaître à tout jamais.

n y a des critiques qui ne se sont pas laissé effrayer par cette conséquence. Ds ont bravement déclaré que, si le silence des auteurs anciens est général, de manière qu'on ne puisse signaler aucune exception, c'en est assez pour regarder comme non avenues toutes les relations postérieures.

 la tête de ces hardis contempteurs de la tradition se trouve, qui le croirait ? le cardinal Bàronius. Au début de ses Annales, pour écarter le témoignage de Clément d'Alexandrie, suivant lequel un temple de la Paix aurait été bâti à Rome par Numa, et celui d'un auteur anonyme, qui attribuait cette construction à Romulus,le savant cardinal n'hésite pas à établir en axiome général

* qu'on ne doit faire aucun cas de ce qui est rap-

* porté par un auteur moderne sur des événe-

* ments aussi éloignés, s'il ne produit pas l'auto-

* rite d'un témoin plus ancien (1). „

(1) Quod enim a recentiore auctore de rébus adeo antiquis sine alicujus vetustioris auctoritate profertur, contemnitur. Annal, ad an. 1, n. 12.

Cette règle donne lieu à plus d'une objection. D'abord, elle est tout à fait arbitraire ; car enfin rien ne prouve que, même à la distance de huit ou neuf cents ans, un auteur ne puisse pas rapporter une tradition vraie, dont il ne reste aucune trace dans les livres anciens parvenus jusqu'à nous. Ensuite, elle a encore le grave défaut d'être très vague. Que faut-il entendre par un auteur moderne ? Suffira-t-il qu'il se soit écoulé, depuis l'époque où le fait a dû se passer, deux ou trois siècles, pour qualifier ainsi celui qui le raconte? ou bien faudra-t-il compter jusqu'à quatre, cinq, six siècles, ou davantage encore? A moins de devoir adopter cette dernière interprétation, on sera en droit d'opposer la pratique de Baronius à sa théorie, et cela à l'endroit même où celle-ci est énoncée. En effet, immédiatement avant le passage indiqué plus haut, il rapporte, bien entendu en y ajoutant, foi, des traditions relatives aux circonstances de la nativité de Jésus-Christ, sans autres témoignages à l'appui que ceux d'écrivains du w% du v, ou même du vu® siècle.

Ces deux reproches ne peuvent pas être adressés au célèbre docteur de Sorbonne, Jean de Launoy. Sa règle est formulée avec une précision qui ne laisse rien à désirer. ** Si un fait, dit-il, qui ** n'est pas sans importance, a été passé sous ** silence par tous les écrivains, et qu'il ne subsiste

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