‹ Principes de la critique historiqueChapitre 12 sur 146 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

blant de répugnance métaphysique entre deux vérités également certaines par la révélation, — comme celle, par exemple, qui se trouve dans l'accord de la création libre du monde, résultant d'un acle réel de la volonté de Dieu, avec l'immutabilité absolue de la nature divine, — pourquoi la foi du critique ne serait-elle pas aussi à l'épreuve de certaines difficultés qui pourraient parfois naître pour lui des découvertes de l'histoire? Un seul cas présenterait im danger réel. C'est celui où les documents historiques paraîtraient renverser les faits fondamentaux de la religion, ceux qu'on appelle ses motifs de crédibilité, en sorte que l'ensemble de ces faits n'offrît plus, quant à la vérité de la révélation et de l'institution divine de l'Église, une évidence morale suffisante pour convaincre tout esprit droit et bien disposé. Mais encore une fois cette hypothèse ne se réalisera jamais. La divine Providence ne peut pas permettre un semblable obscurcissement des caractères distinctifs de la vraie religion. Il nous serait facile de justifier cette assertion par des définitions formelles de r%lise.

 la bonne heure, dira-t-on; la foi du savant ne courra aucun danger. Mais en sera-t-il de même pour cette foule d'âmes faibles, ébranlées par la moindre objection, lorsqu'elles entendront les incrédules faire sonner bien haut quelque

prétendue opposition entre les dogmes de la foi ou ce qui s'y rattache plus ou moins étroitement et les découvertes de l'esprit humain, tandis que du côté de l'Église nulle voix ne s'élèvera pour les contredire, et qu'on semblera ainsi n'avoir rien à répondre à leurs arguments si plausibles? En attendant que vous ayez trouvé la solution qui doit tout concilier, bien des gens auront passé à l'ennemi, l'opinion se sera formée ; et lorsque vous sortirez enfin de votre silence pour exposer la vérité tout entière, votre voix se perdra impuissante au milieu des préjugés déjà solidement établis dans les esprits, Ne vaudrait-il pas mieux crier tout d'abord aussi fort que les ennemis de l'Église, lancer au hasard une explication quelconque, prétendre avec intrépidité que les documents produits sont faux, interpolés ou mal interprétés, sauf à revenir plus tard sur ses pas s'il est nécessaire, lorqu'on aura eu le temps de se reconnaître ? On aura du moins réussi de cette manière à arrêter la défection de tant d'intelligences bornées, incapables de juger de choses par elles-mêmes, mais qui veulent cependant ne paraître céder qu'à la force des raisons et se rangent toujours du côté où cette force est affirmée avec la plus imperturbable assurance.

Ce singulier système n'est guère professé aussi franchement, on le conçoit, du moins dans les

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