CHAPITRE XIII
de même pour les convictions spéculatives. Ici la conclusion doit répondre rigoureusement aux prémisses. Rien ne nous oblige donc à abandonner ce que nous avons admis plus haut quant à l'autorité de la tradition orale. D n'y a pas à se mettre en peine des réclamations de l'école de Laimoy, dont les rangs, du reste, s'éclaircissent de plus en plus, à mesure qu'on se préoccupe davantage, dans les recherches scientifiques, de l'importance d'ime méthode sûre et rigoureuse, et qu'on est moins impatient d'obtenir des résultats immédiats.
C'est sans doute pour prévenir les abus que pouvait engendrer la règle de Launoy que le sage Mabillon y a ajouté plusieurs conditions qui en restreignent singulièrement l'application. ** Pour
* ne pas se tromper dans l'usage de l'argument
* purement négatif, dit cet éminent critique, il est
* nécessaire, non seulement d'avoir lu tous les
* auteurs, du silence desquels on tire cet argu-
* ment, mais même il faut être assuré que nous ". n'en ayons perdu aucun de ceux qui ont vécu
* de leur temps. Car il se pourrait faire qu'un
* auteur, dont les écrits ne sont pas venus jusqu'à
* nous, aurait fait mention d'une chose qui aurait " été omise par les autres. Il faut être même en ** quelque façon assuré, par quelque bonne raison, *• que rien de ce qui s'est passé en la matière dont
' il s'agit, n'ait échappé à la diligence des écri- '^ vains qui nous restent de ces temps-là „ (1).
A la bonne heure! Avec des précautions semblables, il n'y a pas d'excès à craindre dans l'emploi de l'argument négatif^ Si nous sommes assurés que rien de ce qui s'est passé en la matière dont il s'agit n'a échappé à la diligence des écrivains du temps, la tradition orale n'a que faire pour suppléer au silence des livres, et si nous sommes également sûrs de posséder tous les ouvrages de tous ces écrivains, le témoignage d'un auteur vivant plus de deux cents ans plus tard ne peut nous apporter aucune lumière nouvelle, et par conséquent ne mérite pas d'arrêter notre attention.
Seulement il reste une difficulté, et il faut avouer qu'elle n'est pas mince. Comment arriver à se donner la double assurance qui est censée nécessaire pour légitimer le recours à l'argument négatif? Mabillon n'a pas songé à nous le dire; et personne, que nous sachions, ne s'est chargé depuis de combler cette lacune. Peut-être, en y regardant de près, faudrait-il reconnaître que la chose est impossible. Mais dès lors, on ne peut se le dissimuler, la règle de l'illustre bénédictin revient à enlever toute valeur à l'argument néga-
(1) Traité des études monastiques, U^ partie, ch. xui.