‹ Principes de la critique historiqueChapitre 112 sur 146 · CHAPITRE XUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUI

tif. Lui-même ne semble pas fort éloigné d'admettre cette conclusion, lorsqu'il insiste tant sur les dangers qu'offre ce genre d'arçument chaque fois qu'à sa partie négative ne se joint pas un élément plus solide. Car ** il faut observer que l'on peut

* distinguer deux sortes d'arguments négatifs;

* les uns sont purement négatifs, et les autres

* ont quelque chose de réel et de positif... C'est

* un argument négatif joint à un positif, de dire :

* Aucun auteur avant Martin le Polonais n'a

* fait mention de Jeanne la papesse; et tous les " auteurs contemporains, et ceux qui les ont suivis ** jusqu'à ce Martin, placent immédiatement après ** Léon IV le pape Benoît III, et non pas Jeanne.

* Donc cette prétendue papesse est une fable

* inventée par ce Martin. Ce qu'il y a de négatif " dans cet argument est qu'aucun auteur n'a fait ** mention de cette prétendue papesse avant Mar- " tin; ce qu'il y a de positif est que tous les autres

* auteurs mettent Benoît III à sa place immédiate- ** ment après Léon IV. Or, il est bien plus facile de " faire un faux raisonnement dans le premier genre

* que dans le second... A l'égard de la seconde

* espèce, il y a bien moins sujet de craindre l'er- " reur et la surprise, d'autant que ce qu'il y a de " positif dans cette sorte d'argument fortifie ce

* qui est négatif. „ Sans doute; mais dès lors nous sommes hors de la question. L'élément positif

nous met en présence d'un fait précis en opposition avec le fait dont il s'agit de constater la vérité. L'argument négatif n'a plus guère de rôle à remplir ici; restreindre sa valeur à ces sortes de cas, encore une fois c'est, ou peu s'en faut, la détruire complètement.

C'est bien ainsi que l'ont entendu Noël Alexandre et presque tous les défenseurs de traditions plus ou moins suspectes ; quitte à se mettre parfois en contradiction avec eux-mêmes, lorsqu'ils avaient à combattre des traditions qui leur étaient déss^éables. Aux objections tirées du silence des auteurs anciens, ils répondent à peu près invariablement par cette fin de non-recevoir : l'argument est purement négatif; impossible d'en rien conclure contre l'autorité des témoignages positifs dont nous pouvons nous prévaloir.

Bien peu cependant ont eu l'intrépidité d'aller jusqu'au bout et de poser en principe, avec un autre Sorboniste, J.-B. Thiers, l'ardent contradicteur de Launoy, qu'il faut toujours se rendre au témoignage d'un homme docte et grave, quelque moderne qu'il soit par rapport au fait dont il se porte garant, à moins qu'on ne puisse lui opposer d'autres témoignages positifs et contraires (1).

(1) * Tune, ut mea fert opinio, nullum habebit robur abnuiivum argumentum, ex omtiium licet antiquorum auctorum srilentio gênerai! coufectum, quando ipsdiis conclusioni vel

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