CHAPITRE XIV
lorsqu'il est question d'un détail plus obscur, qui a pu être ignoré ou peu remarqué de la plupart des contemporains, et négligé par les autres ; ni surtout lorsqu'il s'agit d'une époque dont il nous reste peu de monuments et en particulier peu d'écrits historiques. Si, dans cette dernière occurrence, la constatation du silence universel des écrivains pour une période assez longue peut jeter quelque ombre sur la certitude d'im fait, ce sera uniquement parce que nous nous assurons ainsi de l'absence de tout témoignage positif en sa faveur, autre que celui d'une tradition de source incertaine. Mais il faudrait bien se garder alors, après avoir relevé cette circonstance, d'apporter encore le silence des documents comme une preuve de la fausseté du fait. L'argument négatif ferait ici double emploi, ce qui n'est pas de bonne guerre.
La règle que nous venons d'établir ne laisse guère à désirer, nous semble-t-il, sous le rapport de la précision et de l'avantage pratique. Mais son application aux temps anciens offre un écueil qu'il sera bon de signaler.
Dans notre siècle de publicité, il est impossible qu'un événement de quelque importance se passe sur un point quelconque du monde civilisé, sans que la nouvelle en soit aussitôt répandue partout, et les principaux détails connus de manière à ne
pas s'effacer de longtemps de la mémoire de ceux qu'ils intéressent. Il est étonnant de voir avec quelle facilité des écrivains modernes oublient qu'autrefois on se trouvait dans des conditions bien différentes, et s'empressent d'établir un argument négatif, à leur avis inexpugnable, sur la supposition que tel fait éclatant de l'histoire n'a pu être ignoré de tel esprit cultivé, qui a fleuri peu de temps après. Cependant certains traits sont là pour montrer combien la prudence est de saison en cette matière. Nous en citerons deux ou trois empruntés à la vie de saint Augustin. On ne nous accusera pas, à coup sûr, d'avoir choisi un nom et des faits de mince importance. La conclusion n'en sera que plus frappante.
Parmi les actes éclatants de la vie de l'Église chrétienne au iv« siècle, il faut ranger sans contredit le concile de Sardique, tenu en 343, qui réhabilita le grand Athanase et d'autres évêques injustement déposés par les ariens, et porta les célèbres canons par lesquels fut solennellement reconnu le droit d'appel au siège de Rome. Une centaine d'évêques catholiques des différentes églises de la chrétienté, et surtout de l'Occident, s'y trouvèrent réunis sous la présidence d'Osius de Gordoue et de deux autres légats du pape, outre environ quatre-vingts évêques orientaux, partisans de l'arianisme ou ennemis d' Athanase.