CHAPITRE XIV
miiiée depuis avec plus desoin; ilse serait aperçu, coiame Ta judicieusement observé Mgr Hefele (1), qu'il y eut réellement im concile catholique de Sardique, dont la lettre du conciliabule arien fait assez clairement mention. Nous pouvons ajouter qu'il résulte du passage cité du traité contre Cresconius, que plusieurs ouvrages de saint Athanase,et notamment la seconde apologie contre les ariens et l'histoire des ariens adressée aux moines d'Egypte, furent également inconnus au grand évêque d'Hippone ; car il y aurait trouvé fort au long l'histoire du véritable concile de Sardique, et en particulier sa lettre synodale, suivie des signatures de deux cent quatre-vingt-quatre évêques. Qu'il eût autrement accablé son adversaire, s'il avait pu lui opposer cette lettre, où la conduite des amis de Donat est si énergiquement flétri^! Voici im autre trait du même genre, mais plus frappant encore. On sait le retentissement qu'eut au iv® siècle le concile œcuménique de Nicée, et la vénération avec laquelle ses décisions furent accueillies dans le monde catholique, et surtout en Occident. Il ne devait pas être bien difficile d'ailleurs de se procurer une copie de ces décisions ; car le symbole de foi, la sentence dogmatique et les vingt canons disciplinaires tiennent
(1) Histoire des Conciles, § 67 extr.
facilement en deux ou trois pages, et Téglise d'Afrique en possédait un exemplaire authentique, rapporté de Nicée par Tévêque de Carthage Cécilien, et qui fut produit (1) au concile de Carthage tenu en 418. Comment croire, encore une fois, qu'au iv« siècle même, un personnage important de cette église pût ignorer quelqu'un des canons de Nicée? Et cependant ce fut le cas de saint Augustin. Lui-même nous atteste qu'à l'époque où il fut ordonné évêque, il ne connaissait pas celui de ces canons (la fin du vra") qui défendait qu'il y eût deux évêques dans la même ville, et que le vieil évêque d'Hippone, Valérius, l'ignorait également. Voici les propres paroles du saint docteur : * J'ai été ordonné évêque du vivant du
* saint vieillard Valérius, mon père et mon évêque,
* et j'ai occupé avec lui le siège épiscopal. Je ne
* savais pas alors qu'un tel partage avait été
* défendu par le concile de Nicée, et lui-même ne " le savait pas non plus „ (2).
On voit par là qu'il ne sufiBt pas, pour rejeter résolument un fait ou un document ancien, de faire ressortir, d'un côté son importance majeure,
(1) Gomp. Mgr Hefele, ouv. cit., § 120.
(2) ** Adhuc in corpore posito beatœ memoriœ paire et
* episcopo meo sene Valerio, episcopus ordinatus sum, et
* sedi cum illo : quod concilio Nicœno prohibitum fuisse
* nesciebam; nec ipse sciebat. „ Epist 213 (al. 110), n. 4.
GHAPriBE XIV 237
de l'autre le silence gardé à son sm'et par un saint Augustin, un saint Jérôme ou tout autre Père de l'Église, lors même qu'ils manifestent par ce silence qu'ils ne le connaissaient en aucune façon, n est nécessaire de montrer en outre, que les circonstances dans lesqueOes ont vécu ces Pères, rendent cette ignorance inexplicable: alors seulement la preuve pourra être concluante. Peut-être se verra-t-on obligé, par suite, de reconnaître qu'on s'est trop hâté, pour certains cas, d'admettre la valeur de l'argument négatif. Nous avouons, par exemple, ne pas le trouver suffisamment décisif lorsqu'ilest seul invoqué contre l'authenticité des œuvres attribuées à saint Denis l'Âréopagite.