‹ Principes de la critique historiqueChapitre 13 sur 146 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ouvrages livrés à l'impression. Mais peut-on dire également qu'il n'a jamais été suivi en pratique ? Quoi qu'il en soit, nous ne saurions assez le flétrir. C'est infliger im sanglant afifront à la vérité que d'employer à sa défense les armes du mensonge. C'est de plus lui rendre im bien mauvais service. Sait-on ce que l'on fait lorsqu'on a recours à cette odieuse tactique? On fournit à ses adversaires l'occasion d'ime facile victoire qui leur donnera plus de force. D ne faut pas une bien grande habileté pour renverser une machine dont la construction vicieuse se révèle aussitôt à tout œil tant soit peu exercé. Et la machine renversée, ses débris retomberont sur ceux qui auront voulu se mettre à l'abri derrière elle et ne serviront qu'à rendre leur défaite plus certaine et plus honteuse.

Y a-t-fl rien, en effet, qui confirme davantage dans une opinion que de constater la faiblesse des arguments qu'on lui oppose? Et par conséquent ne doit-on pas craindre, en publiant ces téméraires apologies, d'affermir dans leurs convictions ceux qm ont déjà embrassé le parti de l'erreur et qu'on ne peut ramener qu'en les attirant par les charmes de la vérité ? Quels autres sentiments voulez-vous q[u'ils aient en présence de ces affirmations ou de ces dénégations désespérées, dont il leur est si

facile de voir le peu de fondement, si ce n'est un

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profond mépris pour nous et une confiance plus entière dans la bonté de leur cause ?

Obtiendra-t-on du moins le résultat qu'on a surtout en vue ? Retiendra-t-on dans le camp de la vérité ceux qui auront toujours été fidèles à suivre sa voix ? Oui, si on peut aussi les éloigner toujours de tout contact avec ses adversaires ; parce qu'ils ne seront jamais à même de constater rinanité des moyens de défense opposés à certaines attaques. Mais alors pourquoi ne pas se borner à leur donner l'assurance de l'insuccès définitif de tous les efforts des incrédules ? Cette assurance, qui ne sera jamais démentie, suffira pleinement à leur sécurité. Pourquoi les tromper en leur fournissant. des armes qui ne peuvent les protéger ? N'est-ce pas les exposer gratuitement à la risée de l'eimemi ? Et s'ils vont affronter ses coups, pleins de confiance dans ces armes dont on leur a vanté la solidité à toute épreuve, et qu'au premier choc ils les voient se briser entre leurs mains, quel sera pour eux le résultat de cette déception? Oh! sans doute elle n'empêche pas que la cause de la religion ne soit toujours également bonne et sainte ; mais combien peu savent faire cette s^e distinction entre la cause elle-même et les torts de ses défenseurs f Combien, au contraire, en la voyant si mal soutenue, la croiront perdue sans ressource, se tourneront

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contre elle et la combattront avec un acharnement d'autant plus furieux qu'ils se sentiront plus confus d'avoir été si longtemps, — ainsi qu'ils se le figurent, — les victimes de la sottise et de la déloyauté! Combien d'autres, tout en conservant le trésor de la foi, deviendront timides et lâches pour le défendre, craignant sans cesse de nouvelles défaîtes et, dans cette crainte, laissant le champ libre aux agresseurs !

Enfin, peut-on compter pour rien la tache indélébile que ces réponses précipitées imprimeront au front de la science catholique et dont ses adversaires ne cesseront de se prévaloir pour la vouer à la réprobation ? Voyez ce qui s'est passé à propos de la célèbre condamnation de Galilée. Elle était jetée à la face de l'Église . comme un argument décisif contre sa prétention à rinfaillibilité, et surtout contre la doctrine de l'infaillibilité personnelle du souverain pontife. On voulait y trouver aussi la manifestation d'un esprit d'étroit dogmatisme, inconciliable avec les progrès de la science. En présence de ces attaques, le devoir des catholiques était d'examiner avec calme toutes les pièces de ce grand procès, et en particulier la forme de l'arrêt qui le termina. Ils auraient reconnu alors que ni rinfaillibilité de r%lis6, ni celle du Pape n'étaient en jeu ; car la eondamnation a été prononcée par un tribunal qui ne par-

ticipe pas à cette prérogative (1). On aurait pu facilement faire observer de plus, que ce fait isolé ne suffit pas pour imputer au tribunal du Saint- OfRce lui-même une tendance hostile au progrès de la science, et on eut abouti ainsi à la judicieuse conclusion de M. Th. H. Martin (2) : " La divine Providence a permis que cette faute, réparable et maintenant réparée, fdt commise titie fois poin* qu'elle devînt impossible à l'avenir. .

Ces explications sont de nature à satisfaire tout

(1) Dans Farticle (Études religieuses^ etc., février 1869) reproduit ici, j'avais ajouté : " et par une exception telle- * ment étrange qu'on ne peut se refuser à y reconnaître le ** doigt de Dieu, cette importante sentence n'a pas été sou- " mise à l'approbation du souverain pontife, quoiqu'elle fût ** tout à fait conforme à ses idées et à ses intentions. „ Je ne dois faire aucune difficulté d'avouer que je me suis trompé en voyant là une exception étrange. Le R. P. Grisar, professeur d'histoire ecclésiastique à l'Université d'Inspruck, a parfaitement établi qu'il n'y a là aucune exception, les décrets de la Congrégation de l'Index n'ayant commencé à être soumis régulièrement à l'approbation papale qu'au XVIII* siècle. Voir i>t6r^»mt«cA€n Cangregationsdecrete in der Angélegenheit des Copemicanischen Systems historisch und theologisch erMert (dans le Zeitschrift fur Katholische Théologie, 1878) et Galileistudien: Historisch-theolog, Tintersuchungen Hber die Urtheile der rômischen CongregcUionen im Galileiprocess (Ratisbonne, Pustet, 1882, gr. în-8®). Le P. Grisar s'est appliqué, dans ce double travail, à déterminer nettement le vrai sens et la portée du décret de la condamnation de Galilée.

(2) Galilée, les droits de la science et la méthode des . science physiques (Paris, Didier, 1868), p. 156.

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